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Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus

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Thalie Jones



SERDAIGLE
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MessageSujet: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptyJeu 9 Mai 2019 - 22:39

Un jour de match comme un autre. Tous les élèves s’étaient réunis dans le hall du château en attendant l’heure de la confrontation à l’abri de la pluie torrentielle. Thalie était appuyée contre une colonne, le nez plongé dans un bouquin. Elle aussi attendait. Que la foule se disperse pour qu’elle puisse aller se promener au bord du lac. Que tout ce brouhaha se décide enfin à cesser de bourdonner dans ses oreilles. Elle aimait le clapotis de la pluie sur l’onde tranquille du lac, sans tous les élèves qui piaillaient autour. Elle ferma les yeux.

« Sang-de-bourbe. »

Son sang, justement, ne fit qu’un tour. Elle rouvrit aussitôt les paupières. Son regard balaya la pièce, rapide, analytique, froid. L’insulte avait été murmurée, tout près de son oreille, presque dans un souffle qui l’avait glacée jusqu’à la moelle. Mais le hall était bondé, difficile de savoir qui aurait pu la prononcer. Son nez se fronça naturellement. Ce n’était pas la première fois qu’elle entendait ces mots mais cette fois-ci, elle avait senti son coeur se serrer et manquer un battement dans sa cage thoracique qui avait sursauté, accompagnant le souffle de celui qui avait avait parlé. Ses phalanges blanchissaient à mesure que ses poings, incontrôlables, se serraient. Probablement que le fait qu’elle n’ait rien pu rétorquer y était pour beaucoup. Elle était exaspérée. Epuisée de subir des insultes qui, techniquement, ne pouvaient même pas lui être adressées.

Elle repoussa la mèche rebelle qui tombait devant ses yeux et la reglissa dans son chignon mal ajusté, tout autant que l’était son esprit en cet instant. Puis, se faufilant à travers la foule, Thalie prit la direction de sa salle commune désertée pour s’y réfugier. En gravissant les escaliers, elle repensait à ces trois pauvres mots. Elle se trouvait pathétique de s’être sentie aussi touchée. Mais elle avait lu assez de livres pour savoir l’énorme impact que pouvaient avoir les mots sur les gens.

Comme elle pouvait s’en douter un jour de match, la salle commune était complètement vide. Elle donnait l’impression qu’il y avait eu un drame et que tous les élèves avaient dû la quitter précipitamment. Des livres ouverts. Une partie d’échec laissée telle quelle. Des paquets de chocogrenouille à moitié déballés. Elle se pencha sur l’un d’eux et en sortit la carte. Circé. Alors qu’elle défaisait le nœud de sa cravate, sa gorge se nouait. L’Odyssée. Un de ses livres moldus préférés.

Thalie était complètement bouleversée. D’un côté, elle avait grandi auprès des moldus, connaissait tout, ou presque, d’eux. Mais de l’autre, ce monde la rebutait de plus en plus. Elle sentait que les sorciers étaient en train de basculer dans quelque chose qui l’effrayait. Et qu’elle devrait tôt ou tard choisir sa préférence et l’affirmer. Oui, Thalie était effrayée.

Elle se sentait coupable de rejeter à ce point les moldus qui l’avaient accueillie mais elle ressentait de plus en plus sur ses épaules le poids de son attachement pour eux. Elle ne pouvait plus subir tout ça. Elle savait que, pendant quelques temps du moins, elle serait à l’abri de toutes ces insultes si elle révélait sa véritable identité. Mais sa culpabilité était encore plus grande. Elle ne voulait pas être comme ses parents et accepter ces idéaux. Chaque jour, un peu plus, pourtant, elle se détachait du monde moldu car elle savait que c’était la seule issue. Ce monde lui faisait peur et elle commençait à l’exécrer car il la tiraillait entre son devoir de faire mieux que ses géniteurs et celui de se protéger elle-même. Personne d’autre ne le ferait pour elle. Pas même les moldus qu’elle avait tant défendus. Elle perdait foi en leur monde. Sa plus grande crainte : tant s’en détacher qu’elle finirait par donner raison au sang qui coulait dans ses veines. Sans vraiment qu’elle s’en aperçoive, ses yeux, eux-aussi apeurés, laissèrent tomber sur sa joue une douce perle salée qui, plus lente que la pluie contre les vitres du château, roula le long de sa peau claire.

Un bruit dans son dos. Quelqu’un venait de répondre à l’énigme du heurtoir. Elle se retourna aussi rapidement que le permettait le corps humain. Sa main balaya sa joue légèrement mouillée à la recherche de la preuve de son bouleversement pour l’effacer quand son regard croisa celui de Marcus.
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Marcus Barksdale



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MessageSujet: Re: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptyVen 10 Mai 2019 - 0:25

Son drapeau, il avait oublié son drapeau dans son dortoir. Son attirail du parfait supporter des bleus et bronzes n’était pas complet et Marcus ne pouvait se résigner à assister à un match sans son drapeau. Il aurait l’impression de n’être qu’à moitié habillé. « Allez-y, je vous rejoindrais, j’ai oublié un truc au dortoir ! » fit-il à ses amis alors qu’il prenait déjà le chemin de la tour des Serdaigles. Alors qu’il tentait de progresser dans le sens inverse de la foule qui se ruait au terrain de Quidditch, Marcus eut l’impression de nager à contrecourant. A Poudlard, le Quidditch faisait foi et lors des jours de match, tous les élèves se déplaçaient comme un seul homme vers le terrain. En tentant d’aller contre la mouvance générale, le jeune homme tentait de passer au travers d’un mur. Par moments, il crut ressentir des coups de coudes lorsqu’il passa au travers d’un groupe, mais il ne s’en formalisa pas, trop occupé sur le chemin à emprunter pour se rendre le plus rapidement possible à son dortoir.

Mais la marée humaine d’élèves n’était pas ce qu’appréhendait le plus Marcus, parce qu’au-delà de cette épreuve de force se trouvait une épreuve qu’il redoutait plus encore, l’énigme du heurtoir. Passer le test de l’énigme était un moment qu’il redoutait et qu’il évitait le plus possible. La plupart du temps, il se contentait de passer la porte avec un autre élève, quelqu’un de plus apte que lui à se triturer les méninges pour des énigmes qui n’ont ni queue ni tête. Mais aujourd’hui, rien, une énigme facile et Marcus fut le premier surpris de la réponse qu’il donna.

Il entra dans son dortoir en portant un rapide coup d’œil à l’heure sur son poignet. S’il se dépêchait, il ne raterait que les premières minutes du match. Il pressa le pas dans la salle commune, chaque seconde comptait. Mais un détail attira son attention, une tâche dans le coin de son œil, une tâche blonde. Il tourna la tête et ne put retenir un grimace surprise en apercevant Thalie, « Hey Thalie, t’es pas au match ? » lanca-t-il rapidement avant de s’enfoncer dans sa partie du dortoir pour en ressortir quelques secondes plus tard avec un drapeau à l’effigie des Serdaigles, « J’avais oublié mon drapeau, tu viens ? » . Marcus prit la direction de la sortie mais s’arrêta en constatant que la jeune femme ne le suivait pas. Il pivota, portant à nouveau son attention sur elle. En la détaillant, il ne put que remarquer l’expression sur le visage de sa camarade. « Thalie ? Ca ne va pas ? » demanda alors le Serdaigle en se rapprochant de la blonde.

Il prit place à ses côtés. Lorsqu’il s’assit, son regard fila vers la fenêtre derrière Thalie. La pluie s’était légèrement intensifiée et son battement contre la paroi de la vitre se faisait de plus en plus régulier et bruyant. Il ne put s’empêcher d’avoir une pensée pour ses camarades assistant au match. D’un côté, il les enviait de pouvoir regarder la confrontation du jour, mais de l’autre, il se réjouissait de ne pas avoir à subir le courroux du temps. Cela ne lui couterait rien d’attendre un peu, au chaud, que la météo se calme. Son regard retomba alors sur Thalie à ses côtés, portant ses iris dans ceux de la jeune femme.
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MessageSujet: Re: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptySam 11 Mai 2019 - 0:16

Par Merlin il ne l’avait pas vue. Si ce n’était pas de la chance qu’elle avait, elle ne savait pas ce que c’était. Elle aurait eu envie de crier de bonheur, elle ne voulait pas que quelqu’un la voie dans un tel état de faiblesse, même Marcus. Elle recula doucement dans l’obscurité de la pièce. Il se retourna vers elle. Elle maudit sa chevelure d’or qui la rendait un peu trop voyante à son goût, surtout dans le ciel gris de l’Angleterre qu’offrait la fenêtre derrière elle. Il fallait faire comme si de rien n’était. Surtout, ne rien laisser paraître.

Il allait retourner avec le reste des élèves voir ce match bidon et dans quelques jours, tout cela serait oublié et elle reprendrait sa petite vie solitaire bien tranquille. Mais Marcus la connaissait assez bien pour identifier l’air dans le regard de la blonde quand leurs yeux se croisèrent. Elle mordit sa lèvres pour retenir une seconde larme de dégringoler sur sa joue. Ce qu’elle détestait paraître faible.

Elle savait qu’elle ne pouvait plus reculer. Elle en avait laissé trop voir à son camarade pour ne pas tout lui avouer. Mais comment faire ? Elle n’avait aucune idée de comment s’y prendre pour dire ce genre de choses. C’était une éventualité qu’elle n’avait pas envisagée. Et pourtant, l’aiglonne envisageait tout. Dans les moindres détails. Elle calculait toutes les situations. Prévoyait l’imprévisible. Mais là. Elle séchait.

En plus, elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance. Certes, il avait toujours plus ou moins toujours été à ses côtés. Mais de là à lui annoncer de but en blanc « Au fait, tu sais, toute cette histoire que je vous ai racontée en arrivant ? Ben c’est faux. En fait mes parents sont des putains de tueurs de nés moldus. ». Et puis elle ne savait pas comment il réagirait. Tout le monde, ces derniers temps, était perturbé par la tournure que prenaient les choses et il aurait pu mal interpréter ce qu’elle lui disait. Et s’il lui venait l’idée de raconter ça aux autres. Non pas qu’elle s’en souciait vraiment. Mais prendre le risque de subir encore pire pendant deux ans prenait le dessus sur tout.

En bref, elle avait une sacrée trouille. Elle voyait bien que le regard du brun cherchait le sien. Ses sourcils se fronçaient, elle appréhendait. Il fallait à tout prix qu’elle gagne du temps. Enfoncée tout au fond de son fauteuil, son esprit fusait à une allure folle, elle cherchait un prétexte. N’importe lequel. Qui lui permettrait de gagner quelques secondes qui lui redonneraient le dessus sur la situation. Mais rien ne vint.

Elle défit son chignon et passa une main dans ses cheveux emmêlés. Derrière elle, la pluie tambourinait contre la vitre et ricochait jusque dans sa poitrine, lui faisait un mal de chien. Elle n’arrivait plus à penser correctement ce qui la mettait hors d’elle. Elle avait besoin d’air frais. Un terrible besoin d’air frais. Elle lui sourit. De ce sourire poli qu’elle affichait tout le temps pour garder toutes ses émotions en son for intérieur. Mais elle savait que ce ne serait pas suffisant. Elle se leva, et ouvrit la fenêtre.

Le vent et la pluie fouettaient son visage violemment, ses cheveux volaient derrière elle. Elle prenait de grandes inspirations, comme si l’air frais pouvait lui insuffler la réponse à donner à Marcus derrière elle qui devait se demander ce que cette Française bizarre pouvait bien encore fabriquer.

Elle ferma les yeux. Sa voix couvrait à peine celle du temps qui se déchaînait dehors lorsqu’elle lâcha d’une traite, balayant tout ce petit mythe qu’elle avait méticuleusement construit depuis cinq ans :

« On m’a traitée de Sang-de-bourbe. Le problème c’est que j’ai menti, aucun de mes parents n’est moldu, en fait. »
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Marcus Barksdale



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MessageSujet: Re: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptySam 11 Mai 2019 - 19:37

Lorsqu’elle ouvrit la fenêtre, un ou deux courants d’air s’infiltrent entre les murs de la salle commune. Marcus se senti frissonner, le poil sur ses avant-bras s’était hérissé. Les flammes dans l’âtre de la cheminée se courbèrent sous le passage du vent, et ce dernier emporta à quelques pas du foyer des dizaines d’étincelles qui ne tardèrent pas à disparaître, consumées d’elles-mêmes telles des étoiles à la fin de leur existence. Marcus fronça les sourcils, peinant à trouver une justification aux gestes de la blonde. A l’autre bout du dortoir, plus loin des murs du château alloués aux bleus et bronzes, une porte claqua sous l’impulsion du courant d’air.

Il fixa la crinière de Thalie danser contre le vent. La Serdaigle, prostrée contre le rebord de la fenêtre, avait des airs de « Jeune femme sur un balcon ». Il n’avait aucun moyen de savoir si le regard de sa camarade fixait un point précis dans le paysage ou si, au contraire, son regard se perdait dans cette vaste étendue. Interdit, Barksdale attendait une réponse. Il ne dit rien de peur de la brusquer. Il était rare qu’il la voit comme ça et il ne voulait pas gâcher l’un des rares moments de conversation sérieuse qu’ils avaient.

Lorsqu’elle ouvrit la bouche et que ses paroles fusèrent jusqu’à Marcus, ce dernier resta un court instant sans intervenir ; il essayait de comprendre ce qui la tracassait tant. « Tout le monde se fait plus ou moins traiter de sang-de-bourbe » , commenta-t-il en accompagnant ses paroles d’un hochement d’épaule. Lui n’avait pas eu ce soucis-là, mais il n’était pas sans savoir que ces derniers temps, ce genre d’insulte était gratuit pour les nés moldus. Mais apparemment, Thalie n’était pas une née moldu. Si la révélation ne le toucha pas plus que ça – parce que pour lui, né moldu ou non, c’était du pareil au même – il avait du mal à saisir la démarche de la Serdaigle. « Mais pourquoi ça te tracasse si justement, tu n’es pas née moldu ? Tu ne devrais pas t’en moquer, non ? On t’insulte d’un truc qui ne te concerne pas … » . Il se retint de continuer, sa curiosité l’invitait à en demander plus, notamment sur les secrets qu’elle avait voulu garder.

Quelque chose en suspens flottait dans l’air, un non-dit, un secret qui attendait devant la porte que quelqu’un veuille bien lui ouvrir. Marcus regarda le drapeau des Serdaigles qu’il tenait toujours en main, puis le posa sur la table basse, presque résolu de ne pas assister au match de Quidditch. Heureusement qu’il pleuvait, pensa-t-il, il aura ainsi moins de regrets à ne pas être dans les tribunes pour soutenir les Aigles.

« Mais euh, au final, pourquoi avoir menti ? » , dit-il juste avant de regretter d’avoir posé cette question. Marcus s’était ravisé sur sa volonté de ne pas vouloir en savoir davantage, à contre cœur. Il avait l’impression de devenir un voyeur, de pénétrer dans l’intimité de Thalie. Il s’en voulait. Mais sans réellement savoir pourquoi, il s’était senti de poser cette question. Elle crèverait les abcès, elle libérerait les paroles. Peut-être que sa question ferait du bien à la jeune femme, qui sait.
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MessageSujet: Re: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptyMer 5 Juin 2019 - 23:26

Les yeux de la jeune femme s’ouvrirent lentement, presque à contre-coeur. Elle s’était construit un petit monde dans ses pensées qui n’appartenait qu’à elle et son camarade essayait d’y rentrer à grands coups de boutoir fait de questions et de remarques. Ses sourcils se froncèrent d’agacement, de façon presque imperceptible. Elle trouvait sa remarque particulièrement idiote. Pleine de bonne volonté, certes. Mais idiote. Bien sûr que cela ne devait pas affecter Thalie mais il pouvait bien voir que ce n’était pas le cas. Que, toujours les poings de la Serdaigle se serraient au contact cinglant de ces mots. Oui, elle ne devait pas se sentir touchée, mais elle l’était. Et cela l’agaçait encore plus.

Elle ne savait pas d’où venait cette étrange tristesse qui la submergeait quand on lui reprochait son sang. Etait-ce là une façon d’exprimer son impuissance à démontrer leur ignorance, sa rage, même de ne pas pouvoir leur lâcher ces mots qui irritaient sa gorge et lui brûlaient les lèvres ? Ou alors, était-ce tout simplement lié au fait que, élevée chez les moldus, elle se sentait proche de ces « sang-de-bourbe » ? Ou alors, et c’est ce qu’elle craignait le plus mais qui était pourtant le plus probable, était-elle en train de développer une « molduphobie » ? Certes, elle avait grandi auprès d’une mère moldue, mais cette mentalité coulait dans ses veines quoi qu’elle y fasse. Et elle avait tant subi pour avoir fréquenté les moldus qu’elle craignait d'en avoir été dégoûtée. Mais le simple fait de s’en inquiéter, se disait-elle, n’était-il pas déjà une preuve qu’elle n’avait pas encore basculer ?

C’est perdue dans ses tortueuses et profondes pensées que Thalie entendit vaguement la voix de Marcus un peu insistante. Elle lui semblait lointaine, comme s’ils étaient de part et d’autres d’un mur épais du château. Elle leva les yeux vers lui, elle qui fixait le tapis depuis déjà un bon moment sans s’en rendre compte. À la question du jeune homme, qui la poussait inconsciemment à une forme de choix entre se renfrogner comme elle l’avait toujours fait ou prendre le risque qu’un des seuls élèves capables de la supporter se mette à se méfier d’elle, quelques vers de Racine lui revinrent en tête, martelant son esprit « Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur, et bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur »

Non, Thalie n’allait certes pas avouer son amour à un Marcus en lieu et place d’Hippolyte, mais l’issue, en revanche, pouvait s’avérer toute aussi sanglante. Bien sûr, elle savait que, pour une fois, elle avait trop parlé. La curiosité d’un sorcier, elle l’avait remarqué au cours de ses années à Poudlard, est encore plus dure à combattre que celle d’un moldu. La curiosité est l’essence même du sorcier, il veut comprendre le monde dans lequel il vit pour mieux le maîtriser là où un moldu, lui, ne fait que le subir. Et voilà qu’elle recommençait avec ses pensées dont elle ne voulait pas qu’elles l’envahissent. Et si…

Une larme roula sur sa joue sans même qu’elle parvienne à formuler cette question à elle-même. Tout était en train de vriller, elle devait absolument se ressaisir si elle ne voulait pas complètement flancher, et sombrer. Pourtant elle devait parler. Car elle en avait besoin. Cette mascarade devait cesser. Elle en était épuisée. Elle sentait en elle quelque chose grossir. Pousser contre sa poitrine. Remonter sinueusement le long de sa gorge. Caresser le bout de sa langue, la courbe de ses lèvres.

« Mes parents étaient.. comme qui dirait, des mangemorts avant l’heure. »

D’aucun dirait qu’elle marqua une pause pour apprécier son effet. En réalité, elle devait contenir le flot de sanglots qui remontait dans tout son être sans qu'elle n'en saisisse la raison. Ses yeux semblaient vouloir fuir, cherchaient un point d'accroche désespérément dans toute la pièce. Le seul qui leur convinrent et sur lequel ils acceptèrent de se fixer était les yeux de Marcus. Comme si une étrange attraction les en empêchait, ils ne purent rompre le contact. Son regard plongé dans le sien, elle sentait qu'une multitude d'émotions traversait ses yeux clairs pour aller se réfugier dans ceux de Marcus. Elle était émue et sentait que, d'une certaine façon, le garçon ressentait son émotion. Jamais elle ne s'était sentie aussi fragile, aussi ouverte à quelqu'un, qu'en ce soir de pluie torrentielle. Elle pouvait voir que le Serdaigle percevait toute sa sincérité, mais aussi sa fragilité presque enfantine, ce qui la poussa à poursuivre sans crainte.

"Ils étaient de grands admirateurs de Grindelwald dont ils voulaient poursuivre l'oeuvre. Ils ont torturé à mort des dizaines de nés moldus. Ils se plaisaient à vérifier et démontrer l'impureté de leur sang. C'est ce qui rythmait nos repas de famille, je crois, les cris de douleur agonisants de ces hommes et ces femmes."

Une nouvelle pause. Elle ne voyait pas la réaction qu'il avait, mais la ressentait lorsque le regard du garçon se voila de compassion et de terreur. Pour elle ? Pour les victimes de ses parents ? Ils n'avaient certes pas eu besoin de se parler pour se comprendre mais Thalie culpabilisait tant qu'elle ne pouvait accepter que son camarade ne la juge pas. Elle puisa les dernières forces nécessaires dans les yeux bruns qui n'avaient jamais lâché les siens depuis le début de sa phrase.

"Je crois seulement parce qu'en réalité, j'ai été séparée d'eux très jeune. Elevée par une moldue. Douce ironie de l'histoire qui me blesse donc quand on insulte leur fille qui se fait passer pour ce qu'ils haïssaient tant. Ces insultes me rappellent à eux. Je crois qu'ils m'auraient reniée, détestée. J'ai honte de ce qu'ils ont été. Et ce qu'ils ont été fait partie de ce que je suis."
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Marcus Barksdale



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MessageSujet: Re: Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus Le claquement de la pluie contre les vitres - Marcus  EmptyVen 7 Juin 2019 - 18:43

Marcus était un idiot. A grands coups de naïveté et d’idiotie, le jeune homme avait fait irruption dans l’intimité bien gardée de la serdaigle tel un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il se sentait mal et commençait à ressentir sur son cœur le poids de son manque de tact. Son estomac se faisait de plus en plus lourd, au même titre que sa culpabilité qui ne cessait de croitre dans ses entrailles. Impuissant, il assistait immobile et passif, aux premières révélations de la jeune femme. La nouvelle passa comme un courant d’air et il fallut attendre quelque seconde avant d’observer sur le visage de Marcus les premiers signes d’une compréhension tardive. « Des ? » répéta-t-il incrédule, comme s’il n’avait pas saisi ce qu’on venait de lui dire. Ses yeux clignèrent simplement pour souligner ses lacunes, mais ils s’éclaircirent lorsque se posèrent sur eux les iris de la blonde. Le garçon déglutit alors, ravalant sa salive. Il ressentit sur lui l’assaut des émotions de sa camarade et du prendre sur lui pour ne pas fondre en excuses. « Je … » commença Marcus avant de se raviser, constatant qu’il n’avait finalement rien à dire.

Mais la suite des confidences de Thalie eut raison du jeune homme. Machinalement, il détourna les yeux et plia face à l’intensité du regard de la bleue et bronze. Il porta son attention sur les flammes dansantes dans la cheminée, portant sur elles la naïveté de penser qu’elles pourraient faire fondre ses émotions. Instinctivement, il ne put s’empêcher de penser à sa mère assassinée par des mangemorts il y a de ça presque deux mois. La gorge du serdaigle se resserra alors que ses émotions devinrent aussi confuses et agitée qu’une mer en pleine tempête. Puis la nausée, l’incompréhension. Il faut beau retourner la question dans sa tête, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi cela le mettait dans de tels états. Les enfants ne sont pas responsables des erreurs commises par leurs parents, il le savait bien, mais alors pourquoi cette boule dans sa gorge ?

« Tes parents … étaient d’horribles personnes » , dit Marcus sans réellement penser à ce qu’il disait. En soit, ce qu’il disait était vrai, mais cela manquait cruellement de tact. « Ma mère est décédée, assassinée par des mangemorts … » . La jeune femme le savait sûrement. La nouvelle avait été révélée dans la Gazette du Sorcier et elle fut l’objet de quelques rumeurs au mois de Mars. Il faut dire que la soudaine disparition de Marcus des dortoirs Serdaigles avait fait parlé d’elle. Il laissa ses paroles en suspens, bercé par l’idée que s’il ne terminait pas sa phrase, sa mère existait encore, là, quelque part entre elle et lui, entre deux mots. Il avala cependant sa salive avant de continuer. Mais tu n’es pas ce que tes parents étaient … Comment pouvait-il en être sûr ? Ce n’est pas comme s’il connaissait réellement Thalie. Depuis leurs arrivées respectives à Poudlard, ils n’avaient été que de bonnes connaissances, presque amis mais sans pour autant franchir la ligne. Il remua ses pensées, cherchant quelque chose de constructif à dire. Si parler sans réfléchir les avait amené à ce genre de moments, il valait mieux qu’à présent, il prenne le temps de penser.

« Enfin … si, t’es « un peu » de tes parents … Ils t’ont forcément inculqué quelque chose » ajouta le Serdaigle en grimaçant, plantant alors son regard dans celui de sa camarade. « Je veux dire que ton passé t’as influencé, c’est sûr, mais ça ne veut pas dire qu’il te définit entièrement » . Il faisait référence à l’idée que le passé influençait le présent, que les rencontres, les chemins empruntés jouaient un rôle dans le genre de personne que la jeune femme était à ce jour. « Et c’est normal que t’ai honte mais sois celle que tu veux être » . Ses paroles étaient englobés d’un nappage niais et mielleux, presque innocent alors qu’ils n’étaient pourtant plus des enfants. Le regard du garçon se voulait compréhensif et bienveillant, même s’il ne pouvait totalement comprendre ce qu’elle ressentait.
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