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L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle)

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Amelia Bones

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COTÉ DU BIEN
On n'emporte avec soi que le bien qu'on a fait.

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MessageSujet: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptySam 3 Oct 2020 - 10:19

Ses pieds claquaient sur le pavé des rues menant à l'appartement de Soyle Hoover. Elle se demandait pourquoi ils l'avaient conduit ici. Elle ignorait complètement ce qu'elle dirait ou ferait. Elle était dans le flou artistique et ce depuis la mort de son père. Apprendre que sa mère ne rentrerait jamais la maison avait déjà été bien difficile. Découvrir le cadavre son paternel avait manifestement effacé la limite entre désespoir et colère au point où chacun de ses mouvements était totalement irraisonné et logique. On était très loin de la Amelia Bones que les gens connaissaient. La lettre de son ancienne professeure avait sans doute été le déclencheur de cette décision impulsive et incertaine. Elle regardait ses pieds et ne faisait pas attention aux bruits qu'elle pouvait entendre. Des rires. Des mots doux. Des soupirs. De la joie. De l'amour. De la chaleur humaine. Quelque chose auquel elle n'était plus réellement familière depuis quelques jours, des semaines (?). Elle avait perdu la notion du temps et ne voyait plus personne - à l'exception de ses frères - depuis un certain moment. Elle avait rencontré Aurora, mais n'avait pas su quoi lui raconter. Juste des banalités. Marlene aussi. Mais même elle et sa bonne humeur n'avaient pas été capables de lui donner le sourire. Pas même un brin. Rien. Nada. A croire qu'elle ne saurait plus jamais faire ça. L'école supérieure de magie et Harpile Poil avaient accepté qu'elle arrête de travailler ou de suivre des cours. Comme si le deuil lui autorisait à ne rien faire. Puis les regards de pitié, elle n'en voulait pas. Ne les supportait pas. Les détestait plus qu'autre chose. Mais ça elle se gardait bien de le dire. Depuis la mort de son père, elle n'avait plus été capable de vivre dans la grande maison à colombages de Tinworth. Comme si ce n'était plus sa maison. Elle avait trouvé refuge dans une auberge moldue avec son boursouflet - et son chat avait décidé de se faire très discret comme s'il voulait respecter son deuil. Au moins, les moldus ne la connaissaient pas et ne la jugeaient pas. Ils portaient sur elle un regard neutre, sans compassion, sans mépris, sans peine, sans pitié. Juste un peu de normalité.

Mais Soyle... Soyle, elle lui avait toujours rappelé sa mère, maintenant qu'elle y pensait. Pas qu'elles se ressemblent. Elles étaient aussi différentes que le jour et la nuit. Une blonde, l'autre rousse. Même en âges, elles étaient loin l'une de l'autre. Mais il y avait quelque chose en Soyle qui lui rappelait sa mère. Cet instinct maternel. Ce besoin de materner tout le monde. Le fait qu'elles aient beaucoup en commun mine de rien. Et peut-être... peut-être que voir Soyle démarrer une nouvelle vie, une nouvelle affaire, bâtissant sa famille était quelque chose dont elle avait besoin. Pour comprendre que la vie ne s'était pas arrêtée, que la mort n'était pas la fin de tout. Encore fallait-il qu'elle assimile tout cela. Mais au fond, c'était peut-être cela qu'elle cherchait : de la familiarité.

Elle serra son écharpe contre sa poitrine - un ouvrage de sa mère évidemment - et inspira profondément quand il fut temps de cliquer sur la sonnette. Il lui avait fallu une bonne heure pour venir là. Son boursouflet s'était caché sous sa manche - allez savoir pourquoi, mais Amelia elle n'essayait plus - et pendant une fraction de secondes, elle se demanda ce que la future mère penserait d'elle. Les yeux rougis - non par les pleurs, mais par la fatigue et la colère - des cernes profondes et saillantes, son teint de mort - ironique ! - les traits tirés par la fatigue et les cheveux à peine coiffés. Des vêtements somme toute ordinaires à l'exception de cette écharpe d'une grande qualité. Sa mère aurait pu être styliste. Si elle... Cette pensée même la rendit triste et elle la rejeta sans crainte. Et alors, elle sonna. Qu'allait-elle faire ? Que ferait Soyle ? Elle n'en savait rien. Mais dans le fond, elle ne savait plus grand-chose. Alors à quoi bon ? “ Bonjour. ” C'est moi qu'elle dit presque. Moi ? Qui ? Le voisin ? “ Amelia... ” Sa lèvre tremblait alors que le nom de famille Bones lui brûlait la langue. Mais par respect pour ses défunts parents, elle ne le prononça pas. “ Je ne te dérange pas ? ” Elle avait toujours l'impression de déranger. Car voyez-vous une personne venant de perdre quelqu'un était une pestiférée. Les gens avaient peur de la mort, de la tristesse... d'elle.     
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Soyle Hoover

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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptySam 3 Oct 2020 - 19:51

L’ouverture de la crèche s’était plutôt bien passée, ou en out cas Soyle le pensait. Elle avait chaque jours de nombreux enfants pour venir prendre place dans les différentes salles qu’elle avait faites préparer pour eux, pour accueillir leurs jeux et leur bonne humeur, et surtout soulager les parents qui semblaient apprécier l’endroit finalement. Toujours souriante et prenant au sérieux sa place de directrice, la rouquine espérait continuer à faire bonne impression et surtout arriver à mener son équipe correctement. Pour le moment les choses se passaient très bien, c’était une très bonne chose. Fort heureusement, elle pouvait toujours compter sur Andromeda pour l’aider. Si en temps normal elle serait sans doute apte à tout gérer par elle-même, il fallait avouer qu’elle se sentait maintenant assez souvent prise de petites fatigues passagères. C’était tout à fait normal d’après son médicomage, mais assez embêtant dans une vie professionnelle si active. Sa nouvelle amie et directrice adjointe était donc une aide très précieuse pour elle.

Pour cette fois Soyle faisait face à ses nouveaux changements physique en s’étant confortablement installée dans son canapé, une douce chaleur régnant dans son appartement alors que le temps s’était rafraîchi dehors. Plongée dans un livre, une tisane posée à ses côtés sur la table basse, elle avait même pris cette nouvelle habitude de reposer son livre sur son ventre pour le lire, profitant du fait qu’il se faisait maintenant bien rond et même plutôt encombrant. Expliquant au passage cette robe qu’elle qualifiait facilement de “toile de tente” tant par sa forme que ses coloris. Mais à défaut elle avait le mérite d’être confortable et chaude. C’était donc étendue ainsi qu’elle profitait d’un bon repos.

Même sa fidèle Isis avait pris place sur un coussin dans un coin du canapé, dormant en boule, on aurait presque dit qu’elle souriait de bonheur. Soyle aussi souriait d’ailleurs, plongée dans sa lecture. Ce fut avec une grande surprise qu’on avait sonné à la porte. John était rentré dernièrement, certes, mais il avait aussi dit à sa douce qu’il ne rentrerait pas avant le lendemain. Il était donc exclu que ce soit lui. Mis à part lui, elle n’attendait personne. Pour le coup, c’était avec une certaine méfiance qu’elle avait approché la porte, ayant même pris en main sa baguette. Juste au cas où. Après tout, John avait été clair, elle restait une très bonne cible. Et elle ne pouvait pas complètement lui donner tord. Surtout en ce moment. Elle avait donc pris place derrière la porte en interrogeant celui qui avait sonné sur son identité.

-Bonjour. Amelia...

Bien que tremblante et peu habituelle, Soyle avait reconnu cette voix. Et c’était assez inquiétant. Mais pas pour elle cette fois. La jeune Amelia Bones était l’une de ses petites protégées, de ces élèves qu’elle gardait en mémoire et qu’elle appréciait recroiser à l’occasion. Seulement la pauvre jeune fille avait connu récemment de très dures épreuves. La pauvre venait de perdre ses deux parents à quelques jours d’intervalle. Une douleur intense que la rouquine connaissait pour l’avoir connue il y a quelques années déjà. Forcément, elle avait écrit quelques lignes à la jeune femme pour essayer de lui donner un peu de réconfort ou à défaut l’assurer de son soutien. Elle ne s’était cependant pas attendu à une visite de sa part.

-Amelia?!

La directrice avait ouvert la porte avec vivacité pour se retrouver face à une jeune femme visiblement au plus mal. Pauvre petite. Ses traits étaient tirés, ses yeux rouges, elle avait l’air épuisée. Soyle ne put ainsi pas s’empêcher d’avoir de grands yeux ronds d’inquiétude.

-Je ne te dérange pas ?

Il fallut un très court instant à Soyle pour reprendre ses esprit et être en mesure de lui répondre. Le choc de voir Amelia dans cet état. Oh elle aurait bien deviné seule que la pauvre jeune femme devait avoir quelques traces des catastrophiques évènements récents. Elle-même n’avait pas été bien brillante sur le moment. Mais elle ne s’était pas attendue à le constater directement, pensant Amelia plus à l’aise auprès de ses frères qu’avec son ancien professeur. C’était en tout cas une pensé très logique que la rouquine avait eu. Visiblement à tord.

-Non non, pas du tout, tu ne me dérange pas du tout.

Le froid, la fatigue, en tout cas Amelia n’avait pas l’air bien, presque tremblante, tenant contre elle son écharpe, repliée sur elle-même. Hors de question de la laisser comme ça. Soyle ouvrit donc la porte plus largement en venant prendre Amelia par le bras avec délicatesse et douceur.

-Ne reste pas dehors, entre, viens t’asseoir.

Accompagner son déplacement une main douce dans son dos, la faisant passer devant elle (non sans une certaine contorsion à cause de l’espace disponible qui se réduisait à ce niveau) pour la guider jusqu’au salon où Isis se contenta de lever la tête et bailler avant de se rendormir sans broncher à leur arrivée. Soyle avait débarrassé Amelia comme on le ferait avec un enfant, sans doute par habitude, la poussant ensuite avec une grande douceur à s’installer dans le canapé.

-Tu veux boire quelque chose? Tu n’as pas trop froid?

Faisant en fonction de ses réponses, Soyle s’était ensuite assise à ses côtés, hésitant entre l’envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter de la seule façon que son coeur savait le faire de façon sûre, et lui laisser un espace qu’elle désirait peut-être conserver. Dans le doute la rousse avait donc gardé un petit espace entre elle, tentant de lui sourire avec douceur.

-Qu’est-ce que je peux faire pour toi Amelia? Raconte-moi, dis-moi…

Soyle n’avait pas résisté finalement et avait posé une main sur la sienne pour la caresser doucement. Sa main était froide, pauvre petite.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 4 Oct 2020 - 0:13

Assurément qu'elle remarqua que le ventre de Soyle s'était considérablement arrondi depuis la dernière qu'elle l'avait vu. Ou peut-être pas tant que ça. Elle ne se souvenait plus très bien. Elle n'était pas exactement certaine de pouvoir se fier à sa mémoire ces derniers temps. Le temps s'était comme arrêté après la mort de son père. Sa vie avait tant changé qu'elle ne savait pas quoi faire tout ça. Elle entra mécaniquement dans l'appartement tout en glissant un merci au passage. Elle demeura muette, évitant de croiser directement le regard de l'ancienne enseignante. Elle avait peur d'y voir la même chose que dans celui de tous les autres. Elle enleva sa veste avec l'aide de Soyle et son écharpe aussi... mais la garda dans en main. Son boursouflet s'y logea comme pour s'y cacher de peur qu'on vienne le papouiller. Il n'aimait pas vraiment cela, d'autant plus que sa propriétaire ne semblait pas particulièrement heureuse, ni vraiment elle-même. Elle ne comprit pas de suite ce que Soyle lui demanda. L'information monta difficilement au cerveau. “ Un café. J'aimerais bien un café. ” Cela la tenait éveillée, car quand elle dormait, elle voyait le corps de son père, la gorge tranchée. Il n'était pas difficile de deviner le cadavre de sa mère également, puisqu'elle était morte de manière. Un diffindo à la gorge. Comme si ses parents n'avaient été que des animaux.

Le contact de Soyle sur sa main la fit sursauter. Elle avait froid, terriblement froid. Non pas seulement à cause de la fraicheur qui se levait en septembre. Mais aussi parce que les meurtres de ses parents l'avaient rendue froide à l'intérieur. Elle releva les yeux afin de plonger son regard dans celui de la directrice de la crèche. Elle aurait aimé savoir quoi lui répondre. Elle aurait aimé lui être utile et lui dire ce qu'elle voulait entendre.  “ Je ne sais pas. ” Qu'elle murmura la lèvre inférieure tremblante. Elle ne pleurait pas pourtant. Toutes les larmes que son corps pouvait produire en 24 heures avaient déjà coulé la nuit dernière. “ Je ne sais même pas ce que je fais là. Je ne sais plus... ” Ce qu'elle devrait faire. Préparer l'enterrement ? Ses frères le faisaient si bien. Le notaire avait évidemment expliqué qu'il fallait qu'il les voit. Parce que voyez-vous les Bones avaient tout préparé. Tout. Comme s'ils avaient prévu qu'une telle chose leur arriverait et que leurs enfants seraient forcés de leur survivre. “ Est-ce que... ” Elle ne savait pas tellement ce qu'elle voulait demander. En fait, si elle savait parfaitement, les mots ne voulaient juste pas passer la barrière de ses lèvres. Cela sonnerait sans doute absolument ridicule. “ Est-ce que vous pouvez me prendre dans vos bras ? ” Comme un parent le faire. Comme une mère. Amelia était orpheline de père et de mère. Et elle ne pouvait pas demander cela à n'importe qui. Pas à ses frères. Pas à Aurora ou Svetlana. Cela n'aurait pas l'effet qu'elle recherchait. “ Enfin si ça ne vous dérange pas. ” Car elle dérangeait tout le monde de toute façon. Les gens s'affairaient toujours auprès d'elle pour lui proposer des choses compliquées. Des plats. Des fleurs aussi. Des trucs qui n'avaient aucun sens, aucune saveur à ses yeux. Tout se ressemblait pour elle. Elle l'avait écrit dans une lettre à ses parents.

Sans doute devrait-elle aller voir Nora, sa psychomage, plutôt qu'une ancienne enseignante enceinte jusqu'aux yeux et probablement exténuée à cause de l'ouverture de sa crèche. Une femme qui n'avait pas l'expérience ou les compétences pour gérer son traumatisme. Ses doigts glissèrent dans l'écharpe et la fourrure de son boursouflet comme si c'était supposé la réchauffer. Elle aurait sans doute besoin d'une bonne nuit de sommeil. Elle pourrait certainement prendre une potion sans sommeil. Quelque chose qui lui permettrait de dormir convenablement. Mais elle était angoissée à l'idée même de fermer les yeux, alors à quoi bon ? Cela ne lui apporterait que douleurs supplémentaires. Avec la moldue de l'auberge, elle pouvait parler normalement de choses ordinaires sans craindre d'aborder le sujet sensible : ses parents. Oh bien sûr, la vieille femme n'était pas stupide. Elle avait compris que la gosse qui dormait sous son toit était dans un piètre état. Et peut-être quelque part... Le fait qu'elle ne l'interroge pas était une manœuvre à elle de lui rendre la vie plus facile. Amelia n'essayait pas de comprendre cela. Elle la remerciait seulement silencieusement chaque jour.
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Soyle Hoover

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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 4 Oct 2020 - 16:46

Il y avait quelque chose qui n’allait pas chez elle. Et c’était très évident. Il n’était pas du tout difficile de savoir quoi, c’était l’évidence même. Mais tout dans l’attitude d’Amelia reflétait un profond malêtre et c’était bien entendu très difficile à voir pour l’ancien professeur. Soyle s’était attaché à elle avec le temps, elle le lui avait déjà dit très honnêtement. La voir aussi mal ne lui plaisait évidemment pas et tordait son petit coeur déjà facilement perturbable en ce moment. Soyle pourtant ne dit rien de précis, la bouche très légèrement ouverte sous la surprise. Il faut dire qu’elle ne s’était vraiment pas attendu à retrouver la jeune femme chez elle ce jour-là. Elle pensait la recroiser plus tard, bien plus tard, ou au mieux recevoir une petite lettre en réponse à la sienne. Mais elle la pensait occupée par bien d’autres choses, des choses bien peu joyeuses malheureusement.

La rouquine ne mit pas bien longtemps à la faire entrer tout de même l’accueillant chez elle le plus naturellement du monde. Enfin presque. Elle était nerveuse et craignait de faire un impair. Amelia avait l’air déjà si perturbée, elle espérait ne pas aggraver les choses. Elle se retrouvait donc entre le grand soin et une forme de très léger détachement.

-Un café. J'aimerais bien un café.

Jusque-là c’était parfaitement faisable. Soyle indiqua donc à Amelia de ne pas bouger, la laissant sur le canapé quelques instants pour essayer de trouver le café dans les placards. John et elle n’avaient vraiment pas la même façon de ranger les choses. Et le café, ce n’était pas sa boisson à elle… La rouquine finit par le trouver et revint rapidement avec une tasse de café bien chaud. Un coup de baguette et le sucrier se posait sur la table à ses côtés. Elle s’était assise près de la jeune femme, essayant de savoir un peu ce qui l’avait poussé jusqu’à elle dans un si triste état. Comment? Et bien elle lui avait simplement demandé. Après tout pourquoi pas…

-Je ne sais pas.

On aurait dit qu’elle était au bord des larmes. Si Soyle savait par expérience qu’un regard plein de pitié ne serait assurément en rien agréable à sentir sur elle, la directrice de crèche ne pouvait s’empêcher de porter sur sa petite protégée un regard un peu triste et sincèrement compatissant. Sans s’en sentir un réel droit, Soyle était bel et bien impliquée émotionnellement dans ce triste passage de la vie de la jeune femme. Elle avait ainsi posé une main sur la sienne, aussi froide qu’elle puisse être. Pauvre petite.

-Je ne sais même pas ce que je fais là. Je ne sais plus...

Son regard semblait s’accrocher au sien, d’une façon si triste, y cherchant quelque chose. Soyle ne savait pas encore exactement quoi, mais elle ne la lâchait plus. Ni physiquement, laissant sa main contre la sienne, ni par le regard qu’elle gardait droit dans le sien. Amelia avait l’air perdue, tremblante et Soyle cherchait encore la meilleur façon de réagir à son état.

-Prends ton temps, ce n’est pas grave.

Elles avaient tout leur temps. Soyle voulait laisser à la jeune femme le temps de réagir, le temps de remettre ses idées en place, le temps de se rendre compte des choses. Ne pas la brusquer, ne pas la secouer outre mesure, ce n’était pas utile. La rouquine gardait donc une voix la plus douce possible, attentive à ce qu’exprimait Amelia.

-Est-ce que... Est-ce que vous pouvez me prendre dans vos bras ?

La pauvre jeune fille était perdue et il devenait maintenant clair qu’elle était venue ici chercher un peu de réconfort. Pourquoi auprès d’une femme qui n’avait été qu’une enseignante puis une fréquentation lointaine? Aucune idée. Est-ce que c’était important? Absolument pas. Il n’avait jamais été dans les habitudes de Soyle de repousser ce genre de sentiments ou de demandes. Amelia cherchait son aide, et si c’était surprenant, elle n’entendait pas lui refuser. Touchée, elle avait commencé par passer une main dans les cheveux de la jeune fille dans une caresse. Elle était si troublée qu’elle en oubliait même de la tutoyer comme c’était maintenant leur habitude.

-Oh Amelia…

Soyle compatissait sincèrement à sa douleur. Elle avait donc accédé à sa requête dans hésiter, s’approchant d’elle pour la prendre doucement dans ses bras, plaçant un bras dans son dos, l’autre plaquant le visage de la jeune femme contre sa poitrine, sans pour autant trop forcer, simplement pour la rassurer. Elle avait ensuite entamé une série de caresse dans ses cheveux.

-Je sais que c’est dur, mais tu vas y arriver, je te le promet. Tu vas y arriver ma grande…

Soyle chuchotait presque, mais elle le pensait. Si elle-même avait réussi à accepter le décès brutal de ses parents, Amelia saurait en faire autant, avec un peu plus de temps. Avec un peu d’aide aussi sans doute. La sienne? Peut-être. Elle était prête à lui accorder en tout cas. Soyle la gardait ainsi contre elle pour le moment, imprimant un léger mouvement de balancier, presque pour la bercer.

-Tu veux rester ici ce soir? Tu veux prévenir quelqu’un?

La belle la tenait contre elle avec douceur et bienveillance, cherchant à bien faire sans la brusquer. Mais perdue comme elle était, ses frères ne savaient peut-être même pas qu’elle était là et pourraient facilement s’inquiéter avec les récents évènements. Et en même temps elle ne pouvait pas la ramener près d’eux et l’abandonner juste ainsi, pas après ce qu’elle lui disait, après ce qu’elle lui demandait. Presque par réflexe, Soyle avait même ponctué ses demande d’un doux baiser dans les cheveux de la jeune femme.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyMer 7 Oct 2020 - 0:11

Concrètement, Amelia ne savait pas bien ce qu'elle faisait là. Et pourtant, lorsque la directrice de la crèche lui posait des questions, la Bones parvenait à y répondre après une assez courte réflexion. Peut-être qu'elle avait besoin d'être guidée pour mieux se comprendre elle-même. La future mère se leva pour lui ramener une tasse de café qu'Amelia attrapa à pleine main et accueilli avec un soupir d'apaisement. Le simple fait de toucher l'objet brûlant et de sentir l'odeur forte du sombre et amère breuvage la réchauffait. Elle glissa un merci à voix basse alors que son regard se perdait dans le vide. Elle ne but pas de café, pas tout de suite. Elle voulait assurément se réchauffer à l'intérieur. Mais ses doigts glacés en avaient peut-être plus besoin. Son boursouflet se cacha à nouveau dans sa manche, remontant le long de son bras jusque dans sa nuque. Elle essayait de ne pas pleurer - le pouvait-elle seulement ? - tout en essayant de formuler des phrases cohérentes ou tout du moins qui avaient un sens aussi bien dans sa tête qu'à l'oral. Soyle se montra patiente et compréhensive, ne la pressa pas et essaya même de la rassurer, et de l'encourager à prendre son temps. Réfléchir... S'exprimer convenablement. Ne pas forcer les paroles qui sortiraient de sa bouche. Elle se répétait ces choses dans son esprit, et pourtant le cœur prit le pas sur la raison - comme cela arrivait assez rarement chez elle - et posa la question la plus humaine du monde, mais aussi et peut-être d'un ridicule absolument. La Amelia analytique, froide et logique aurait sans doute trouvé quelque chose à redire à cela. Mais la Amelia brisée, perdue et en mille morceaux n'avait pas honte de l'avoir dite. Juste, elle craignait la réponse... Et pourtant, ce ne fut pas du rejet auquel elle se retrouva confrontée, mais bien plutôt de la compassion.

Elle se retrouva alors dans les bras de Soyle quelques instants après. Et celle-ci lui caressait les cheveux tout en prononçant toujours quelques mots. Des mots qui se voulaient rassurants et optimistes. Y arriver ? Mais comment ? Comment pourrait-elle survivre à cela alors qu'elle n'arrivait même pas à imaginer sa vie sans eux ? Les questions étaient sur ses lèvres mais ne parvenaient pas à sortir... Car si elle les verbalisait, cela signifiait que c'était réel. Son père ne reviendrait jamais. Sa mère ne l'aiderait plus jamais dans sa couture, ses dessins ou certains de ses devoirs. Toutes ces choses qu'elle associait à ses parents ne se reproduiraient plus jamais : réconfort, repas de familles, vacances ou week-end en famille dans la maison des Bones ou quelque part dans le Royaume Uni. Des rencontres avec les familles Jones et Diggory. Elle pouvait mettre une croix sur tout cela. Cependant, la bienveillance de son ancienne professeure l'aidait quelque part. Sa respiration saccadée avait ralenti et le rythme de son cœur se faisait plus régulier, plus ordinaire. Il y avait bel et bien quelque chose dans ce geste qui lui rappelait sa mère. Et cela avait un effet berceur, reposant. Elle s'en trouvait plus calme... paisible ne serait pas le mot approprié, mais sans doute l'utiliserait, car dans le fond, depuis la mort de ses parents, elle n'avait jamais atteint un tel état d'accalmie. Et pourtant, elle n'était pas tout à fait bien... juste un peu mieux.

Elle releva finalement la tête lorsque Soyle lui proposa de rester ce soir. Elle se dit qu'elle aurait sans doute un endroit sûr, avec quelqu'un qu'elle connaissait. C'était juste une personne. Une personne qu'elle n'était pas forcée de voir régulièrement à cause du travail ou l'école supérieure de magie ou même de sa famille. Non, si elle acceptait, ce serait de son propre fait. Ses yeux allaient de gauche à droite comme si elle essayait de suivre le regard de son interlocutrice. Prévenir quelqu'un ? Sa lèvre inférieur tremblait légèrement à cette idée. Samuel et Edgar ne savaient pas réellement où elle se trouvait de toute façon. Mais peut-être qu'elle devrait faire un effort pour eux. Ne serait-ce que pour se remettre dans la réalité d'une manière pas trop brutale. “ Je vais écrire une lettre à mes frères pour leur dire que je suis en sécurité. ” Il valait mieux peut-être qu'ils en sachent pas trop pour le moment. Si elle avait la force et le courage d'affronter leurs regards, peut-être qu'elle leur dirait où elle se trouvait. Mais elle avait peur qu'ils viennent. Ou peut-être qu'ils lui laisseraient l'espace nécessaire. Elle aurait aimé être capable de leur apporter plus de soutien, de se tenir avec eux pour traverser tous les obstacles, toutes les difficultés qui allaient se mettre sur leur chemin. Mais elle ne se sentait pas capable de tout cela. “ Mais pas tout de suite.  Je... ” Elle essayait simplement de gagner du temps. Mais elle supposait que c'était mieux de ne pas se forcer. Elle ne serait pas capable de rédiger quoique ce soit. “ Je voudrais boire mon café avant. ” Excuse bidon et qui pourtant faisait sens quelque part. Elle avait besoin d'un remontant. Le café avait toujours eu le don de la réveiller au petit matin. Sur ce, elle s'installa à nouveau à sa place afin de boire une gorgée de cette boisson chaude.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 11 Oct 2020 - 17:55

Les grands évènements d’une vie, on aimait les partager avec d’autres. Si ils étaient heureux, c’était pour pouvoir exprimer sa joie et la partager avec des proches. Lorsqu’ils ne l’étaient pas, on aimait trouver du soutien. Restait à savoir choisir les personnes pour s’entourer. Soyle se sentait rarement seule, s’attachant facilement à beaucoup de personnes différentes. Elle avait donc généralement une réponse positive lorsqu’elle recherchait l’attention voire l’intervention de quelqu’un. Amelia en revanche avait fait un choix assez surprenant. La rouquine savait son ancienne élève bien entourée également, ayant quelques bonnes amies, un petit ami, et des frères. Face à un évènement aussi atroce que la perte coup sur coup de sa mère puis son père, Soyle aurait donc naturellement pensé qu’elle aurait cherché une autre présence que la sienne.

C’était pourtant bien chez elle que la jeune Amelia avait atterri, visiblement sans trop savoir pourquoi non plus. Il était pourtant hors de question que Soyle la repousse ou la renvoie chez elle pour ce simple prétexte. Au contraire, si Amelia cherchait sa compagnie ou son réconfort, elle espérait pouvoir lui donner ce qu’elle espérait. Il faut dire que la situation la touchait aussi, elle faisait écho à son propre passé qui l’avait privée elle aussi de ses parents. C’était peut-être une tord, mais elle se sentait forcément touchée par l’appel de sa petite protégée.

La rouquine avait pris le plus naturellement du monde la jeune femme contre elle, la réconfortant du mieux qu’elle le pouvait, la gardant contre elle comme elle le ferait avec un enfant, au creux de ses bras. Doucement, elle sentait la respiration de la jeune femme se calmait, elle semblait retrouver un peu ses esprits. Il semblerait que ses geste doux avaient un bon effet sur elle. Soyle continuait donc, lui glissant quelques mots en cherchant à la rassurer. C’était tout aussi naturellement et voyant son état qu’elle avait proposé à la petite blonde de rester pour la soirée voire la nuit (voire même plus pourquoi pas). Si elle trouvait l’endroit rassurant pourquoi pas? Si sa présence lui apportait une forme de réconfort elle n’était pas contre la laisser en profiter encore un peu. Néanmoins, elle n’oubliait pas la potentielle inquiétude de sa famille. Ne sachant visiblement pas forcément pourquoi elle en était venue là, avait-elle seulement prévenu ses frères de son absence? Dans le doute, Soyle préférait vérifier.

-Je vais écrire une lettre à mes frères pour leur dire que je suis en sécurité

C’était le plus prudent sans doute oui. Soyle sourit en retour à cette réponse. Pas même un sourire de satisfaction en fait. De ces sourires amicaux, plein de bons sentiments, qui avaient cette tendance à vous remonter un peu. Pas sûr que cela suffise à aider Amelia, peu probable même, mais Soyle restait fondamentalement encourageante. Et elle trouvait définitivement que c’était une bonne idée que de prévenir les frères Bones.

-Ils seront sans doute rassurés pour toi, c’est probablement le mieux.

La pauvre jeune femme avait l’air complètement perdue, désemparée, semblant avoir du mal à savoir ce qu’elle devait faire ou comment. Elle le comprenait bien. En son temps elle n’avait pas non plus été bien brillante. Il était donc hors de question de la bousculer ou la brusquer. Elles avaient tout leur temps, la rouquine couvant presque du regard son invitée. Soyle aurait aimé avoir le pouvoir de l’aider efficacement, de la libérer de cette douleur, de faire simplement passer tout ça comme un mauvais souvenir. C’était bien entendu impossible. Alors à défaut elle la garderait à ses côtés et tenterait de l’aider à passer cette étape.

-Mais pas tout de suite. Je...

Elle pouvait être beaucoup de choses. Il était clair qu’elle cherchait à repousser un peu le moment délicat. Mais ce n’était pas grave, si il le fallait Soyle s’en chargerait elle-même pour ne pas perturber trop fortement la jeune femme.

-Je voudrais boire mon café avant

Sur ces mots Amelia avait quitté ses bras, allant reprendre sa place et sa tasse, la tenant fermement entre ses mains. Comme pour l’accompagner, Soyle avait récupéré sa tasse de tisane pour en prendre quelques gorgés également. Comme pour tenter de remettre une forme de normalité dans la situation.

-Bois tranquillement, prends ton temps chérie.

Soyle essayait de garder le sourire et de la soutenir par des réactions simples et rassurantes. Un peu comme quand elles se voyaient déjà à Poudlard ou durant l’été. Le surnom? En fait il était un peu sorti tout seul. Réaction à sa compassion sincère pour elle. Un peu osé pour certains, mais Amelia ne s’en formaliserait sans doute pas. Mais une nouvelle question lui venait tout de même. Là encore, souvenir de son propre passage difficile. Soyle avait pris une voix douce, essayant de ne pas y laisser voir son inquiétude, juste pour ne pas l’accabler outre mesure.

-Tu as réussi à manger quelque chose aujourd’hui? Tu as peut-être envie de quelque chose en particulier? En ce moment je suis branchée jus de citrouille à la coriandre, rien ne me surprendra!

Lui partager son envie de femme enceinte du moment n’avait pas pour but de simplement lui apprendre sa teneur. Mais pour essayer de la détendre, de la rassurer, de lui montrer qu’elle ne serait pas surprise de grand chose non plus. Pour tout dire, elle serait même prête à se mettre en cuisine pour lui préparer quelque chose de particulier si elle en faisait la demande. Elle espérait surtout qu’Amelia avait bien quelque chose dans le ventre.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyMer 14 Oct 2020 - 17:31

Oh ses frères, elle les voyait souvent. En fait, ils auraient bien aimé qu'elle vienne s'installer chez eux pour le moment. Elle n'avait pas voulu s'imposer chez Edgar. Et Samuel, elle avait préféré ne pas l'embêter non plus. En fait, elle avait l'impression d'embêter tout le monde, mais cela semblait différent avec Soyle. Elle ne savait pas trop pourquoi. Elle se contenta d'un hochement de tête lorsqu'elle affirma que ses frères seraient "rassurés". Sans doute avait-elle raison. Son cerveau fonctionnait très probablement mieux que le sien, et son empathie aussi certainement. Elle avait toutefois accepté d'écrire une lettre à ses frères pour leur assurer qu'elle était en sécurité. Elle ne comprenait pas trop ce que les gens avaient avec la sécurité. Gauwain, ses frères, Soyle... les gens en général. Un lieu sûr, ça n'existait pas. Ca elle en était à peu près certaine. Pourtant, elle n'avait pas la force, ni le courage d'expliquer tout cela à la nouvelle directrice de crèche. Ouvrir une crèche, ça c'était un super projet. Pas comme vouloir changer un système judiciaire corrompu. Parce que quand quelque chose était corrompu, cela lui semblait tout à fait impossible de le changer. Mais il n'en restait pas moins qu'il fallait tout casser.  

Elle trouva en son café un intérêt tout particulier. Elle l'observa avec attention et ne tiqua pas un seul instant sur le surnom que son hôte avait prononcé. Elle ne l'entendit même pas. Ses doigts se réchauffaient doucement, mais le café semblait se rafraichir. Comme si sa peau avait pris toute la chaleur de la tasse et du breuvage. Ce qui la convainquit de boire la boisson amère et forte, car si elle avait appris quelque chose ces derniers jours, c'était qu'elle détestait le café froid. Elle en avala une gorgée, puis une seconde. Et alors qu'elle allait boire une troisième, Soyle lui posa une question assez basique et pourtant essentielle. Cela lui rappela sa rencontre avec Freya au début de l'été. Etait-elle réellement dans un état aussi inquiétant ? Elle se rappelait la crainte et la peine qu'elle avait ressenti pour la pauvre femme, la colère qu'elle avait eu à l'encontre de Nora sans se vraiment l'expliquer. Et elle remarqua qu'en fait, elle était dans un état assez similaire à son ancienne professeure. Elle était exténuée, ne mangeait pas beaucoup et ne dormait pas. Certes, elle ne se droguait pas. Mais si elle se regardait dans un miroir, peut-être qu'elle aurait aussi peur que quand elle avait vu Freya ce soir-là. Elle ferma les yeux pour visualiser ce qu'elle avait bien pu avaler dans la journée. Triste constat des faits ? Pas grand-chose.   “ Ce matin... l'aubergiste m'a préparé des toasts. ” Elle lui en avait fait tellement qu'Amelia ne les avait pas compté. L'aubergiste, Louize, elle avait été gentille. Elle avait bien vu que sa nouvelle pensionnaire n'allait pas bien et ne s'alimentait pas. Alors, de sa cuisine, elle la surveillait de près. “ Je ne sais même pas pourquoi... parce que je ne la paye pas pour le petit déjeuner, juste la chambre. ” Elle avait bien fait attention la première fois qu'elle n'avait pas acheté un supplément. Mais non, le repas du matin n'était pas inscrit dans le forfait. “ J'ai mangé trois toasts je crois... et elle m'a donné une pomme, il parait que son fournisseur lui fait une réduction. Elle... ” Elle ne savait pas trop ce qu'elle devait ajouter. Quelque chose pour combler le silence... Certainement. “ Elle prépare son propre jus de pomme. C'est une moldue, vous savez ? Ca doit lui prendre des heures, sans magie. ” Elle pouvait le dire à Soyle. C'était une ancienne enseignante d'étude des moldus. Elle ne la jugerait pas. Elle ou l'aubergiste. Et le lieu lui-même. Elle ne voulait plus qu'on la juge. Alors, elle faisait attention à ce qu'elle disait.

Si elle avait faim ? Elle ne savait pas trop. Elle pourrait peut-être se forcer ? Pour rassurer Soyle. Comme Freya l'avait fait pour elle. Peut-être qu'elle devrait faire ça. “ Vous avez des tranches de pain, du beurre et de la confiture ? ” A vrai dire, elle ne demandait pas grand-chose. Des basiques. Toujours. Elle pourrait bien manger une tranche de pain avec du beurre et si elle en avait l'énergie se ferait une deuxième avec de la confiture. “ J'aime bien le pain avec mon café. ” Il lui arrivait de tremper ses toasts dans sa tasse le matin. Elle avait découvert ça un peu par hasard. Sans trop savoir pourquoi, elle avait tenté l'expérience. Quand on avait rien d'autre à faire, on faisait tout ce qui nous passait par la tête, elle supposait. Elle ne voyait pas trop d'intérêt dans la lecture ou la couture ou le dessin. Même écrire des lettres lui demandait des efforts surhumains. Elle avait écrit des faire part tout à fait ordinaires, d'une manière automatique.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyMer 21 Oct 2020 - 19:54

Les raisons qui avaient conduit Amelia jusqu’ici étaient encore mystérieuses. Il faut dire que Soyle ne lui poserait pas une question aussi directe dans l’immédiat. Elle semblait déjà avoir du mal à aligner ses pensées, la rousse ne voudrait pas la brusquer. Amelia avait l’air si fragile, si perdue, cela brisait le coeur de son ancienne enseignante. On aurait dit qu’elle avait traversé les rues au hasard pour arriver ici sans trop savoir ni pourquoi ni comment. Pauvre petite. Soyle avait donc naturellement eu envie de la réconforter, de la prendre contre elle, de faire ce qu’elle avait voulu qu’on lui fasse lorsqu’elle s’était retrouvée dans la même situation il y a une dizaine d’années.

La prendre contre elle, lui offrir une étreinte, ce n’était pas grand chose. Mais Soyle trouvait que c’était un bon début. Inutile de se presser de toute façon. Elles avaient tout le temps devant elles pour échanger sagement, aussi bien sur les sujets délicats que les plus basiques. Cela serait surtout en fonction des envies de la jeune fille. Et pour le moment, elle avait envie de se concentrer sur ce café. Mais c’était un peu léger aux yeux de la directrice de crèche. Soyle avait donc légèrement poussé ses investigations. Elle n’aimerait pas savoir sa petite protégée avec le ventre vide.

- Ce matin... l'aubergiste m'a préparé des toasts

L’aubergiste? Amelia avait décidé de vivre à l’auberge? C’était à la fois surprenant et finalement assez compréhensible. Et finalement peut-être aussi pourquoi elle était là. Si Amelia ne se sentait pas apte à tenir la compagnie de ses frères, elle avait peut-être eu besoin de tout de même d’un visage connu. Bon, il faut admettre que d’instinct Soyle n’aurait pas parié sur elle, mais si c’était ce que voulait Amelia elle n’irait pas contre. La rouquine sourit à cette réponse. Elle choisit de supposer si elle lui disait cela qu’elle avait mangé un peu de ces fameux toasts.

-Je ne sais même pas pourquoi... parce que je ne la paye pas pour le petit déjeuner, juste la chambre.

Soyle accorda quelques caresses douces dans le dos de sa petite protégée, lui laissant tout de même un espace raisonnable pour lui éviter de se sentir étouffée.

-Sans doute parce qu’elle t’apprécie. Je ne peux pas dire que j’en suis surprise.

Amelia était une jeune femme charmante, douce, pleine de gentillesse. Même dans un état assez triste elle restait une personne qu’on avait envie d’apprécier. La différence était simplement qu’en ce moment on pouvait avoir envie de l’aider. En tout cas c’était le cas de Soyle qui se voyait très mal la voir repartir dans cet état de chez elle.

-J'ai mangé trois toasts je crois... et elle m'a donné une pomme, il parait que son fournisseur lui fait une réduction. Elle... Elle prépare son propre jus de pomme. C'est une moldue, vous savez ? Ca doit lui prendre des heures, sans magie.

Est-ce qu’elle pensait à voix haute? Cherchait à meubler? Ou tenait réellement à lui donner ces informations? Parce qu’elle avait enseigné l’étude des moldus? Parce qu’elle pensait nécessaire de lui préciser? En tout cas Amelia lui racontait ces petites détails et Soyle l’écoutait sagement, un sourire bienveillant sur les lèvres.

-En effet, ça doit lui prendre un moment. Mais il doit être délicieux. Il faudra que tu m’emmène y goûter.

Planifier des choses, penser plus loin, cela lui ferait peut-être du bien. Soyle espérait l’amener à penser que la vie allait se poursuivre malgré tout, sans lui faire entrer qu’elle serait la même. De toute façon cela serait faux. La vie serait différente. Très différente. Mais elle serait là tout de même et se poursuivrait.

-Vous avez des tranches de pain, du beurre et de la confiture ? J'aime bien le pain avec mon café.

Voilà une demande bien simple. Soyle lui sourit plus franchement, heureuse de voir qu’elle était prête à faire cet effort. Elle s’était ainsi un peu redressé pour y réfléchir, prête à se lever pour aller chercher ce dont elle avait besoin.

-Malheureusement je ne crois pas avoir encore du pain. Par contre j’ai de la brioche. Avec du beurre si tu veux, et de la confiture de griottes. Est-ce que ça te va?

Soyle cette fois s’était levée pour aller chercher tout le nécessaire. La brioche bien emballée pour ne pas qu’elle sèche, un couteau dentelé pour la couper, le beurre, la confiture, des couverts et une petite assiette. Le tout fut mis sur un petit plateau pour être apporté sur la table de la salle à manger qui était en fait plus simplement l’autre partie de la pièce qui abritait le salon. La rouquine invité donc Amelia à la rejoindre sur cette table avec son café alors qu’elle-même récupérait sa tisane encore chaude. Elles s’installèrent et Soyle l’invita à se servir.

-Je n’ai pas de jus de pommes maison mais j’ai fait la confiture et la brioche, ce n’est pas si mal déjà, n’est-ce pas?
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptySam 24 Oct 2020 - 15:48

Elle ne savait pas elle-même pourquoi elle lui racontait tout ça, mais toutes ces paroles lui venaient assez naturellement. Elles lui traversaient l'esprit et les sons roulaient sur sa langue comme sur du papier à musique. Elle avait passé quelques jours dans une auberge des Cornouailles et elle appréciait la propriétaire des lieux... Chaleureuse avec le sens des affaires, débrouillarde et surtout indépendante. Elle s'arrêta de parler lorsque l'ancienne enseignante lui fit une réponse tout à fait raisonnable qui correspondait à l'image qu'elle avait de Louize... Louize avec un "z". Amelia avait été surprise de cette orthographe. “ C'est possible. Elle est gentille. ” C'était sans doute le plus simple. A quoi bon se prendre la tête ? Elle avait d'autres choses à penser, à enregistrer, à traiter, à décider. Et son cerveau ressemblait à un ensemble de confettis qu'il fallait réunir ensemble afin de recréer quelque chose de logique, terriblement logique. Il lui semblait loin le temps où sa tête fonctionnait, carburait à cent à l'heure. Mais à croire que cette machine avait simplement activé le mode "off" et décidé de l'abandonner. Heureusement, son système nerveux lui avait quand-même l'usage de la parole et la possibilité de se déplacer sans trop de soucis selon ses "besoins". Elle avait tout de même gardé certains automatismes qui lui permettaient de demeurer en vie et de ne surtout pas être en surchauffe émotionnelle. Se haïr et détester tout le monde, c'était épuisant. Le sentiment de culpabilité, ça lui pompait une énergie folle. “ Je crois que vous l'apprécieriez. Elle a le sens des affaires tout en restant polie et aimable. Puis elle a bon gout. ” Des petites tables joliment décorées qui donnaient presque envie à Amelia de rester autour d'un thé. Des chambres confortables qui n'étaient ni trop chargées, ni trop vides. Des chambres visiblement avec des ambiances différentes. Et elle s'amusait aussi à deviner quelle chambre conviendrait à tel client. Elle, Amelia avait été relativement satisfaite. Pas trop dépaysée, mais tout de même.  “ Elle s'appelle Louize. Avec un z. ” Elle avait tenu à le dire sans trop savoir pourquoi.

Pas de pain, mais de la brioche ? Elle hocha la tête doucement. Ca la changerait sans vraiment... faire de grande différence. La matière serait différente, le gout, mais peut-être pas tellement la sensation. Une tranche avec de la confiture de griottes, ça devait être bon. Suffisamment pour qu'elle le remarque, que ce soit meilleur que les autres choses qu'elle se mettait sous la dent des fois. Lorsque Soyle revint avec un plateau, elle se leva automatiquement avec sa tasse de café pour s'installer en face d'elle. “ J'aime tout ce qui est fait maison. ” Ah bon ? Ce n'était pas un mensonge, mais les raisons de cette vérité - sa vérité - ne lui apparurent pas de suite. Il lui fallut prendre la cuillère et ouvrit le pot pour se rappeler. Cela avait un gout différent, plus naturel, plus "vrai", plus authentique. Comme si le fait de faire soi-même rendait forcément la qualité meilleure. “ J'aime quand la brioche n'est pas uniforme. C'est plus agréable. ” Qu'elle dit en coupant un morceau. Elle était curieuse de savoir comment Soyle s'y était prise pour faire cette confiture. Où avait-elle trouvé les fruits ? Le sucre ? Pourquoi ces fruits ? S'intéresser aux choses les plus simples lui était moins difficile que pour ses parents, ou ses frères. Le deuil, c'était trop complexe pour sa petite tête. “ Vous... ” Tout à coup, quelque chose fit "clic" dans son esprit. L'avait-elle vouvoyé tout le long ? Depuis le début de cette conversation ? Elle se rappela qu'à un moment donné, elles en étaient passées au tutoiement. Et elle choisit de faire l'effort de reprendre cette habitude... pour... elle ne savait pas trop. Elle voulait juste essayer. “ Fais-tu de la confiture avec d'autres produits que les griottes ? ” Ce n'était pas tellement la question qu'elle avait eu en tête. Mais ce n'était pas trop éloigné quand-même. Cela pouvait lancer un sujet de conversation. Quelque part. Peut-être. “ Ma mère les faisait à la rhubarbe. ” Familier, mais pas tellement. N'était-ce pas pour cette raison qu'elle était venue en même temps ? Parce que Soyle lui rappelait sa mère... un peu.

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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyJeu 29 Oct 2020 - 21:44

Les drames de la vie ne touchaient jamais de la même manière. Soyle avait essuyé la difficile épreuve de perdre ses parents à un très jeune âge. Elle ne prétendait pourtant pas pouvoir parfaitement savoir comment devait penser Amelia à l’heure actuelle. La jeune femme était très certainement prise d’une douleur intense, ce qui se comprenait facilement. La rousse ne saurait pourtant pas prédire quelles seraient les réactions de son ancienne élève. elle n’aurait déjà pas su dire ce qu’elle faisait dans son salon ni ce qui lui avait fait demander une telle étreinte d’une femme qui n’était pourtant pas vraiment une personne proche d’elle. Mais Amelia était bien là et lui déroulait un enchaînement de paroles sans grand intérêt finalement. Peut-être en avait-il pour Amelia, mais la directrice en doutait un peu. Non, la jeune femme devait vouloir détourner l’attention ou son propre esprit. En tout cas l’aubergiste qui lui louait son toit actuel semblait tout à fait charmante. Soyle entretenait donc la conversation à ses côtés et laissait Amelia la mener.

-C'est possible. Elle est gentille.

Echanger des banalités, une conversation presque ridiculement simple, mais pourquoi pas? Est-ce que ces deux femmes avaient réellement besoin de toujours tenir des conversations poussées? Il est vrai qu’elles avaient souvent apprécié le faire, mais ce n’était sans doute pas la meilleure idée actuellement. Ou pas la plus adaptée. Sans compter que ce manège ne dérangeait en rien la rouquine. Soyle avait toujours été patiente et douce. Cela ne la perturbait pas franchement de tenir ce rôle si Amelia en avait besoin.

-Je crois que vous l'apprécieriez. Elle a le sens des affaires tout en restant polie et aimable. Puis elle a bon gout.

Il était assez étonnant de voir qu’en ce moment délicat Amelia avait pour réflexe de se remettre à vouvoyer son ancien professeur. Soyle ne lui en ferait pas la remarque, ce n’était ni utile, ni pertinent, ni même forcément agréable. Mais c’était à noter tout de même selon elle. Peut-être un peu triste cela dit, mais ce n’était pas volontaire sans doute.

-Peut-être oui, elle a l’air sympathique. Et de bons goûts sont importants dans son domaine il me semble. Tu ne crois pas?

On aurait dit qu’elle parlait à une enfant quelque part. Soyle préférait peut-être la materner un peu trop que de se montrer trop sèche ou indifférente. Elle n’était pas certaine que c’était la meilleure méthode pour le cas de la jeune femme mais elle ferait au mieux pour adapter si besoin.

-Elle s'appelle Louize. Avec un z.

Un petit rire amusé lui échappa tout de même. Un détail, un petit détail, mais il semblait important pour Amelia. En fait l’ancienne enseignante pensait sa petite protégée simplement en train de penser à voix haute. Ses réflexions étaient donc plutôt simples mais plutôt mignonnes.

-Ah voilà qui change un peu. Tu sais d’où ça vient?

Une orthographe particulière dans un prénom avait souvent une explication et bien souvent géographique. Elle-même portait un prénom qui ne sonnait pas forcément très anglais. Alors une Louize, pourquoi pas? Probable qu’Amelia ne se soit pas posé la question finalement. Ou que l’aubergiste ne lui en ait jamais parlé. Cela ne coûtait pas grand chose ceci dit de lui demander, cela relançait la conversation.

La rouquine s’était ensuite lancé dans le grand projet de savoir un peu mieux dans quel état physique se trouvait sa jeune protégée. Elle tenait principalement à savoir si elle avait mangé. Amelia avait heureusement pris un petit déjeuner, servi par la fameuse et sans doute effectivement sympathique Louize. Elle ne semblait pourtant pas contre un complément, ce qui il faut l’admettre rassurait un peu son ancien professeur. Soyle s’était donc rapidement exécuté et avec une certaine forme de satisfaction.

-J'aime tout ce qui est fait maison.

A nouveau la rouquine laissa échapper un léger rire. Toutes deux assises autour de cette table, elle la couvait du regard, la prenant auprès d’elle sans broncher, essayant de prendre soin d’elle au mieux, même si elle décidait de repartir le soir-même, même si elle souhaitait rester des mois. Soyle ne savait pas encore comment elles allaient gérer la chose et ce n’était pas la priorité. Elle voulait déjà la voir reprendre quelques couleurs, manger un bout, des basiques finalement.

-Voilà une bonne chose, moi j’aime faire les choses. Mais ça je crois que tu as déjà eu l’occasion de le voir.

Un petit clin d’oeil, une sourire, elle tentait de voir une forme de détente revenir entre elles, voir Amelia se détendre un peu. La pauvre petite était visiblement mal en point.

- J'aime quand la brioche n'est pas uniforme. C'est plus agréable.

Pour une brioche maison Soyle trouvait qu’elle s’était plutôt bien débrouillé. Bon, elle n’était pas d’une régularité exemplaire, mais elle avait plutôt une bonne couleur et avait bien gonflé. L’habitude sans doute. Pour le moment la future maman regardait sa petite protégée se préparer sa tartine avec une pointe de satisfaction.

- Vous...


Soyle redressa les yeux vers ceux d’Amelia, prête à l’écouter, mais quelque chose semblait l’avoir arrêté. Elle gardait donc une expression légèrement interrogative en attendant d’avoir la suite.

- Fais-tu de la confiture avec d'autres produits que les griottes ?

Le visage de l’enseignante s’était un peu détendu, heureuse de voir qu’Amelia reprenait un peu les choses en main, ou en tout cas assez pour reprendre leurs petites habitudes. Elle voulait parler confitures maintenant? Aucun problème.

-Non, j’ai quelques recettes dans ma poche. Mais j’adore les cerises, c’est mon petit faible.

Soyle riait presque, faisant preuve presque de trop de joie de vivre pour que ce soit naturel, mais en fait chez elle ça l’était presque. Et en même temps c’était calculé, cherchant à compenser le malaise de sa petite protégée.

-Je dois avoir encore… voyons… de la mûre, de la figue, de la pêche, de la prune, de la framboise… Et je crois que c’est bien déjà. On fait souvent des échanges avec des amis qui ont des fruits dans leurs jardins. Ils ont les fruits, moi je fais les confitures et on partage tout! Tu pourras en goûter une autre à l’occasion si tu veux.

Qu’elle reste juste là nuit ou plus, Amelia serait toujours plus ou moins bienvenue ici. Il est donc largement probable que la jeune femme est l’occasion par la suite de goûter à ces fameuses confitures.

-Ma mère les faisait à la rhubarbe.

La rousse sourit une nouvelle fois. Elle aussi gardait parfaitement en mémoire les recettes de sa mère. Il y en avait d’ailleurs qu’elle n’avait jamais réussi à refaire exactement.

-J’aime bien aussi la rhubarbe, le petit côté acide est agréable. Mais je préfère la rhubarbe en tarte. Dans les miennes je les met sur une couche de poudre d’amandes. Tu as déjà essayé?

Soyle lui laissait de l’espace, la laissait manger sagement, sans intervenir de trop près. Pourtant elle avait à nouveau envie de la prendre contre elle. Mais elle le ferait plus tard, chaque chose en son temps. Pour le moment elle appréciait pouvoir la laisser manger un peu et tenir une conversation extrêmement simple.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 8 Nov 2020 - 0:19

Amelia avait évidemment noté l'orthographe peu courante, mais lui en demander l'origine... c'était comme exiger d'un crapaud de se mettre à miauler. Elle baissa juste ses yeux vers le café presque honteuse d'être incapable de ne pas lui servir la réponse sur un plateau d'argent. Elle préféra ne pas accompagner ce geste par la parole. Soyle traduirait bien facilement la vérité. Elle comptait après tout parmi ces personnes intelligentes qui lisaient entre les lignes. Cela valait mieux ainsi, elle présumait. Pourquoi toujours dire les choses ? Certaines choses méritaient de rester un "secret" ou tout du moins de demeurer des vérités silencieuses qu'on n'abordait pas vraiment.

Pensait-elle à voix haute ? Peut-être... Quelle importance de toute façon ? Cela ne changeait rien à la situation plus qu'étrange dans laquelle elle se trouvait. Elles partageaient une brioche, de la confiture sur un bout de table, et échangeaient des banalités sur la cuisine. Elle parvenait à suivre la conversation, la menait peut-être même d'une certaine façon avec les méandres de ses pensées. Mais elle était réellement intéressée par la confiture aux griottes et ce qu'elle préparait d'autres par elle-même. Les ressemblances entre Soyle et sa mère, aussi infimes soient-elles, et terriblement absurdes, la rassuraient, la calmaient et lui donnaient une sensation de familiarité. Concentrer son attention sur des questions aussi simples que les fruits lui paraissait facile. Et leur conversation le prouvait.  “ Le citron est ce que j'aime le plus... mais je n'ai jamais mangé des confitures au citron. ” Elle n'en avait jamais entendu parler, même si elle se doutait bien évidemment que des gens en fabriquaient et en vendaient. Il ne s'agissait tout simplement pas de la plus populaire sur le marché.

Elle écoutait le récit de Soyle, buvait presque ses paroles. Du troc ? Ironiquement, Amelia ne savait pas trop quoi penser de cela, elle qui avait toujours eu un avis sur tout. Depuis la mort de son père, elle remettait énormément son système de pensée en question. A quoi bon tout anticiper si au bout du compte on perdait quand-même ? S'il y avait un échange de bons procédés... eh bien rien ! Que devrait-elle dire à cela en vérité ? Personne ne s'attendait à obtenir son avis. Son opinion ne comptait pas. Point final. “ C'est une brillante idée, j'aimerais beaucoup gouter la prochaine. Je te remercie. ” Ses courtoisies revinrent lentement également. Comme le tutoiement. Quelques minutes auparavant, elle n'avait pas prononcé de tels mots. Elle s'efforçait de contenir sa tristesse et sa rage pour maintenant un semblant de conversation et ne pas donner l'impression qu'elle s'en fichait. Car premièrement, ce serait un terrible mensonge. Deuxièmement, cela pourrait sans doute la blesser. “ Une à la prune peut-être ? ” Se projeter dans l'avenir... n'était pas aussi douloureux qu'elle l'avait pensé. Il s'agissait là d'une minuscule suggestion. Ce n'était pas comme si elle se préparait à vivre une grande aventure. Elles ne discutaient que de nourriture. Rien à crainte. Pas de culpabilité à l'horizon. Personne ne lui reprocherait ou l'en blâmerait, n'est-ce pas ?

Après cette discussion peu fascinante d'un point extérieur, et pourtant bien importante pour tout son être, Amelia décida de goûter cette fameuse brioche. Le moelleux la ramena à un passé pas si lointain, à des moments heureux et simples vécus avec ses parents et amis. Et dire qu'elle avait passé la dernière semaine seule ou presque... Tout était si différent dans sa vie. Elle en avait ressenti le besoin, la nécessité sans vraiment se l'expliquer. “ L'acidité et le sucré font un bon mariage. D'où ma passion pour les tartes au citron. ” Elle laissa échapper un rire à cela, sans le forcer, sans lui donner une trop grande amplitude non plus. Elle espérait toutefois faire avancer la conversation ou tout du moins la relancer. Sur ce, elle étala de la confiture sur la moitié du morceau découpé pour avoir une partie nature et l'une aux griottes. Etrange attitude gagnée là. Et pourtant, sur le coup, cela lui était apparu naturel. Elle arracha ensuite quelques centimètres de brioche pour le tremper dans le contenu de sa cuillère. Après cela, elle avala le fragment, appréciant même le résultat. Elle réitéra son action une fois, puis deux et mangea le reste sans plus prêter attention à son café. Elle sentait le regard de Soyle sur elle. Elle devait certainement se poser des tas de questions et s'étonnait de chacun de ses gestes. Quand elle eut fini, elle reprit la parole sans pour autant traiter de sujet plus important : “ Cette brioche est délicieuse. ” Non, non, les petites choses pour le moment. Rien de plus.

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Soyle Hoover

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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 8 Nov 2020 - 16:44

Soyle avait pris le parti de reprendre une conversation presque normale finalement, assez naturelle. De celles que les deux femmes pouvaient tenir en temps normal. En soi la situation n’avait rien de bien normal. Soyle recevait au dépourvu son ancienne élève, cette dernière ayant visiblement fui ce qu’il restait de sa famille, cherchant refuge dans une auberge puis chez elle. Et ça sans en avoir de réelle raison objectivement. Pourquoi elle? Amelia ne semblait pas prête à lui répondre. Et à vrai dire, se laissant porter par les questions habituelles, Soyle semblait lui en avoir posé une de trop. Finalement Amelia n’avait peut-être pas pris le temps de parler avec Louize. Ou pas au point de savoir d’où elle tirait cette orthographe particulière. La jeune fille avait baissé les yeux, presque honteuse. Immédiatement Soyle avait compris qu’elle en avait trop demandé. La rouquine n’avait donc pas ajouté quoi que ce soit, souriant un peu de ce sourire compatissant qui semblait dire que ce n’était pas grave, passant quelques instants une douce main dans ses cheveux blonds.

Rapidement, l’intérêt était allé ailleurs pour Amelia. La jeune femme s’était servi, brioche, café, confiture. La confiture semblait l’intéresser pour plus que son simple goût ou aspect. Sa mère en préparait, comme elle avait sans doute préparé bien d’autres choses. Pour ce qu’elle en savait, Soyle la savait aussi couturière. Est-ce que c’était ça? Est-ce qu’Amelia cherchait quelqu’un capable de lui parler de ces petites choses que faisaient aussi sa mère? Possible. Si il n’y avait que ça, Soyle s’en sentait capable Parler chiffons en quelques sortes.

-Le citron est ce que j'aime le plus... mais je n'ai jamais mangé des confitures au citron.

Reprenant un fil relativement commun, Soyle pris un air pensif quelques instants. Elle cherchait dans sa mémoire si elle avait déjà eu l’occasion de voir de la confiture de citron, d’en goûter. Il lui semblait que oui, mais c’était il y a un moment. Quand à se lancer dans une recette pareille? C’était un peu délicat, pas pratique et ça se tenait très mal.

-Je crois que j’en ai déjà goûté, mais ce n’est pas très intéressant, ça tient plus de la gelée au final, autrement elle ne se tiendrait pas. En revanche, une bonne crème de citron, là je crois que ça a de quoi me faire craquer.

Dans un gâteau, sur une tarte, ou un coin de brioche, un délice. Non, si Soyle avait tendance à se faire assez gourmande en règle générale, depuis qu’elle était enceinte c’était pire. Elle avait cette fausse sensation de faim presque tout le temps, cette gourmandise irrésistible. Fort heureusement elle résistait le plus souvent. La rouquine avait ensuite parlé de ses habitudes avec les fruits et légumes d’autres personnes de sa connaissance. Cela semblait de façon assez amusante l’intéresser. Ou peut-être la détourner assez efficacement pour qu’elle ne repense pas à toutes ces choses affreuses qui lui étaient tombé dessus ces derniers temps.

-C'est une brillante idée, j'aimerais beaucoup gouter la prochaine. Je te remercie.

Doucement, Amelia semblait reprendre des couleurs, reprendre part à la conversation quelque part, de façon plus active, plus efficace. Une chose qui redonnait un peu de baume au coeur de la rouquine qui lui sourit avec un peu plus de conviction. Elle lui ferait goûter les confitures qu’elle voulait si elle parvenait à se remettre de cette terrible épreuve.

-Une à la prune peut-être ?

Elles finiraient toutes mangées de tout façon. Prune ou une autre, elle pourrait bien goûter celle qu’elle voulait. Soyle rit un peu de la voir un peu mieux et osant donner son avis finalement. Elle savait pour l’avoir déjà vu dans ces situations que lorsqu’Amelia se sentait mal, elle n’affirmait pas grand chose. Elle avait besoin d’aller bien pour avoir des envies, surtout aussi claires. Ou en tout cas elle en avait eu l’impression. Mais Amelia, dans tous les cas, reprenait visiblement des forces ne serait-ce que mentalement.

-Pourquoi pas, si tu es curieuse. Elle devrait te plaire, celle de cette année est un peu plus acide.

Les confitures comme le reste avaient cet avantage de changer en fonction des fruits et ne jamais avoir exactement le même goût. C’était quelque chose qu’elle aimait bien. Le fait de ne pas savoir exactement ce qu’elles allaient donner avant de les goûter à la fin de la fabrication.

-L'acidité et le sucré font un bon mariage. D'où ma passion pour les tartes au citron.

Une tarte au citron maintenant. Voilà qui était intéressant aussi dans le genre. Soyle aimait beaucoup les tartes au citron, vraiment. Et là, comme ça, ça aiguisait sérieusement sa gourmandise.

-Oh bon sang tu me parles un peu trop cette fois encore Amelia, une bonne tarte au citron c'est terriblement tentant. On ne peut pas dire que ce soit très raisonnable mais je crois que je vais te suivre sur ce coup-là…

A son tour et marmonnant quelques jurons raisonnables envers elle-même, Soyle se coupa une fine tranche de brioche. Doucement, elle avait délicatement effiloché quelques morceaux pour les avaler, essayant de retrouver un peu de raison entre deux moments presque de bonheur. La belle avait porté son regard sur Amelia dans le même temps. Elle faisait les choses très consciencieusement. Très précisément presque. Mais elle avait l’air d’apprécier au moins. C’était peu, mais Soyle était déjà satisfaite de la voir agir ainsi.

-Cette brioche est délicieuse.

Un compliment agréable comme Amelia lui en avait souvent fait sur les pâtisseries qu’elle avait eu l’occasion de goûter. Comme souvent Soyle choisit d’opter pour une pointe d’humour. Frottant doucement ses mains entre elles au-dessus de la table avant de rassembler et ramasser les quelques miettes qu’elle y avait laissé tomber pour les déposer sur une serviette qu’elle irait secouer par la suite, elle rit un peu avant de répondre sur un ton maintenant tout à fait naturel.

-C’est gentil, peut-être un peu trop je dois dire.

Elle était gourmande, terriblement. Surtout en ce moment. Et elle n’était pas la seule. Biologiquement cela n’avait aucun sens. Mais il fallait se rendre à l’évidence, cette petite vie qui grandissait en elle réagissait à sa gourmandise. Et actuellement, elle le sentait très nettement se tortiller entre sa rate et son foie, ou c’était l’impression qu’elle en avait. Comme souvent, son regard s’était ainsi porté vers lui, passant une main qu’elle espérait apaisante sur son ventre, sans grand effet.

-Bon, et bien je crois que je peux abandonner l’idée du repos pour le moment, ce cher passager est un peu trop énergique…

La rouquine s’était donc laissé aller en arrière, s’appuyant sur le dossier de sa chaise, laissant tomber l’idée de calmer cette future boule d’énergie et lui laissant donc le loisir de bouger à sa guise. La belle avait relevé un regard souriant vers Amelia.

-Tu veux sentir? Il sera certainement épuisant, je le vois venir d’ici!

Certains appréciaient, d’autres pas du tout. Mais c’était plus ou moins une scène sans conséquence de la vie courante. Et Soyle avait l’impression que c’était quelque part ce que cherchait Amelia. Elle lui tendit donc la main, prête à la guider ou non en fonction de sa réponse vers un point où elle pourrait sentir vivre ce futur enfant.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptySam 14 Nov 2020 - 19:34

Dans les méandres de ses pensées, il n'y avait pas tellement de place pour les conversations compliquées. La confiture au moins ne représentait pas un danger ou un obstacle particulier pour sa tête. Elle fit un mouvement de tête lorsque son interlocutrice énonça qu'une crème de citron valait mieux qu'une confiture au même arôme. Elle n'allait certainement pas débattre là-dessus n'ayant essayé ni l'un ni l'autre. Elle prenait donc pour argent comptant ce qu'elle disait. Amelia était gourmande et son palais ne demandait que de nouvelles expériences... en terme de nourriture ! Mais ces derniers temps, elle avait un peu perdu le goût, et remplir son estomac trois fois par jour ne faisait pas tellement partie de ses priorités. Tout comme elle privilégiait la simplicité aux petites touches d'originalité qu'elle aimait habituellement en cuisine. Au revoir les cupcakes. Bonjour les toasts avec du beurre. Le café, amère et brulant, entrait à présent dans son alimentation pour la maintenir éveillée, loin de ses cauchemars et autres démons qui la rattrapaient dès qu'elle osait clore ses paupières. Les flashs de la découverte du cadavre de son père réapparaissaient toujours. Pour remplir son cerveau de "bonnes choses", elle découpait la brioche soigneusement, de manière méthodique, pratiquement automatique. N'importe qui assistant à un tel spectacle aurait droit de se demander si elle ne reproduisait pas ce schéma tous les jours. Et pourtant, c'était la première fois qu'elle s'y essayait.

Une tarte au citron... quelle tentation ! Et pourtant, elle ne savait si elle serait en mesure d'en apprécier le gout. “ Je me demande si je pourrais en manger une à nouveau. ” Qu'elle dit plus pour elle-même que pour Soyle. Elle saurait cuisiner n'importe quelle tarte ou gâteau au citron car elle avait la motivation nécessaire de le faire. Elle se passionnait pour ces petites choses-là. Et donc, il suffisait bien souvent de lui donner la recette et elle s'exécutait. C'était dingue ce que quelqu'un était capable de faire quand il ou elle aimait cette chose. Amelia aimait réellement la brioche qui craquait sous ses dents et glissait dans sa gorge. Car, elle avait réalisé une chose... en général, quand elle n'aimait pas, elle n'en faisait pas part au cuisinier. Elle se contentait d'un sourire. Il ne s'agissait pas là de gentillesse, mais plus d'habitude. Elle avait toujours appris à donner un certain nombre de compliments lorsqu'elle les jugeait mérités.

Quand elle eut fini, l'habitant sous le nombril de Soyle sembla décider qu'il voulait rappeler sa mère de son existence et son arrivée prochaine. Elle montra sa curiosité... figée là, les yeux alertes, les sourcils haussés, les mains en l'air. Elle écoutait les paroles de l'ancienne enseignante avec attention. Visiteur énergique... elle jugeait cela si mignon. Elle s'interrogea sur la manière dont sa mère l'avait qualifié quand elle donnait des coups de pieds dans son ventre. Assurément pas visiteur. Mais peut-être qu'elle poserait la question à Edgar un jour. Il se souvenait peut-être. La directrice de crèche sembla pressentir sa curiosité puisqu'elle lui demanda si elle voulait sentir les mouvements du bébé qui se formait là et aimait montrer qu'il était bien là. Elle n'eut pas une once d'hésitation à cette proposition et se mit sur ses pieds pour rejoindre son interlocutrice. Elle donna timidement sa main à Soyle pour qu'elle puisse la guide. Elle ne toucherait assurément pas son ventre de son propre chef, mais là, c'était différent. Elle l'invitait... Alors, elle se laissa faire et quand sa paume de sa main se posa sur l'estomac de cette dernière, un faible sourire apparut sur son visage. Elle sentit un premier mouvement, puis un deuxième. Elle lâcha un rire non plus de moquerie ou d'amusement, mais de joie. Et n'était-ce pas une larme qui coulait de sa joue ? “ C'est si beau. ” Pas une femme enceinte, enfin cela dépendait du point de vue. Elle ne faisait pas non plus référence au fait de donner la vie, mais de la sentir. Il y avait là quelque chose d'apaisant. Car si ses parents étaient morts, il y avait tout de même des nouveaux êtres vivants en route. Comme si la balance de l'humanité se rééquilibrait. Sans doute aurait-elle dû trouver cela effrayant et triste, mais, c'était la première belle chose qu'elle voyait depuis la mort de son père. Alors c'était important pour elle, c'était... “ Impressionnant et étrange. ” Ajouta-t-elle en retirant doucement sa main. Elle essuya son visage d'un revers et reprit la parole pour expliquer ses derniers propos : “ Je ne m'attendais pas à une telle sensation. Qu'est-ce que ça t'a fait la première fois ? ” Elle se doutait que Soyle comprendrait sa question.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyMer 18 Nov 2020 - 16:38

Une conversation que d’autres pourraient qualifier de réductrice peut-être même. Deux femmes qui parlaient confitures et cuisine. Le tout autour d’un café et d’une brioche maison de la veille. Une scène qu’elles auraient dit bien clichée et réductrice selon elles dans un autre contexte. Mais pour le moment il semblerait que c’était ce dont Amelia avait besoin. Soyle entretenait donc cette conversation culinaire basique, simple échange de connaissances, de goûts et presque de recettes dans la plus grande simplicité.

Fatalement, cet échange aux notes sucrées avaient réveillé ses envies de gourmande. Soyle en ce moment devait lutter plus souvent encore qu’en temps normal contre sa gourmandise. Il en était pareil pour ses larmes qui coulaient bien trop facilement autant pour les bonnes nouvelles que les mauvaises. Elle en venait à rire elle-même de cette sensibilité qu’elle trouvait presque même ridicule. Loin de s’en trouver honteuse elle trouvait simplement ces situations risibles. La rouquine s’était donc rapidement retrouvée avec elle aussi un bout de brioche entre les main. Misère… La période qui suivrait la naissance de son enfant promettait d’être sportive pour compenser. Ou en tout cas Soyle l’espérait. Elle en avait pour le moment la motivation. Tout ça pour une tarte au citron qu’elles s’étaient contenté d’imaginer.

-Je me demande si je pourrais en manger une à nouveau.

Pauvre petite. Elle était si défaitiste. Par son ton et son regard Soyle se doutait que la jeune femme parlait plus à elle-même qu’autre chose. Mais elle ne pouvait pas faire comme si elle n’avait pas entendu. La rouquine s’était donc légèrement tourné vers elle, toujours un sourire encourageant sur le visage, posant une main douce sur son épaule, avant de glisser avec délicatesse un doigt sur la joue de la jeune fille.

-Laisse-toi un peu de temps, tu verras bien. Personne ne te demande de savoir tout refaire et apprécier dès maintenant.

C’était peut-être finalement la parole la plus en rapport avec la situation profonde de sa protégée qu’elle ait dite depuis de longues minutes. Les mots choisis donnaient presque l’air que la conversation pouvait rester légère et détachée. Elles se retrouvaient finalement presque comme quelques années en arrière, à ce moment où Soyle avait accompagné Amelia à l’infirmerie et était restée près d’elle le temps qu’elle se sente mieux. Elle avait grandi maintenant, mais la rousse ne pouvait pas vraiment l’oublier, elle avait cette sensation. Et comme  à cette époque elle resterait près d’elle tant que la jeune femme le demanderait. C’était plus fort qu’elle, Soyle s’en sentait presque responsable, ne se forçant pourtant pas à lui accorder ses attentions. Elle en faisait sans doute trop, on lui avait déjà dit. Est-ce que c’était vraiment une mauvaise chose? Amelia lui en voudrait-elle? Elle n’était pas certaine que cela serait le cas. La jeune femme semblait même en demande quelque part.

Après de sympathiques compliments ce fut à son petit passager de se signaler. Son futur enfant ne manquait ni de vie ni d’énergie. Par moment elle le sentait s’activer, tentait comme elle le pouvait d’établir on contact en lui parlant ou répondant à ses coups par une caresse. Pour cette fois, elle avait baissé les yeux vers lui avant de lui accorder quelques caresses, glissant un commentaire amusé à Amelia qui se serait sans doute posé des questions sans cela. Finalement, elle semblait s’en poser tout de même. Amelia avait de grands yeux, semblant guetter le moindre mouvement perceptible de son ventre, attentive au moindre geste. Ce fut naturellement que Soyle lui avait proposé de poser sa main sur ce ventre et sentir par elle-même une partie de ces mouvements. La jeune femme n’avait pas hésité, se levant pour venir vers elle presque immédiatement. C’est avec beaucoup de douceur que l’ancienne enseignante avait pris cette main timide dans la sienne pour la poser là où elle sentait le plus de mouvement, là où Amelia pourrait certainement les sentir aussi. De petits coups, de pieds il lui semblait, des coups et des mouvements comme une courbe qu’il dessinait le long de son ventre. La jeune fille eut un sourire, Soyle aussi en la voyant réagir ainsi. Un grand sourire, un large, presque un soulagement. Elles partageaient là un moment tout simple qui semblait faire un grand effet sur Amelia. La rouquine retira donc sa main de celle de son invitée, la laissant profiter seule de ces petites présentations particulières. Cette dernière eut un rire même, puis une petite larme. La directrice présumait que ce n’était pas par tristesse qu’elle humidifiait ainsi ses yeux. Mais par cette sensation si particulière, ce contact à la fois simple et intense. C’était en tout cas sa vision de la chose.

-C'est si beau

Soyle était satisfaite de cette réaction. Elle ne dit rien pour ne pas briser ce moment qu’elle trouvait effectivement très beau. Pour cela elle avait mordu légèrement sa lèvre, souriant doucement en regardant Amelia puis reportant un regard attendri vers cette vie qui prenait forme en elle. Encore quelques mois et elle pourrait découvrir un visage, un caractère, échanger des regards avec cet enfant. Elle pourrait aussi découvrir si il s’agissait d’une fille ou d’un garçon, fixer un prénom sur ce petit être déjà si important et précieux à ses yeux.

-Impressionnant et étrange.

Cette fois la belle eut un petit rire. Elle comprenait cette réaction. Amelia retira sa main avec douceur, essuyant son visage au passage. Son ancien professeur ne ferait pas de remarque à propos de ces quelques larmes discrètes. Elle ne les mettait pas sur le compte d’une tristesse revenue mais d’une forme de surprise ou peut-être même quelque chose d’agréable pour elle.

-Je ne m'attendais pas à une telle sensation. Qu'est-ce que ça t'a fait la première fois ?

C’était peut-être plus étrange encore de le ressentir pleinement, de l’intérieur. Il était déjà arrivé à la rouquine de poser sa main sur le ventre de futures mères, par des amies qui l’avaient été avant elle surtout. Mais définitivement cela n’avait rien à voir une fois de l’autre côté. Quelle merveille pourtant, une sensation presque indescriptible mais si satisfaisante, si rassurante aussi. Tant qu’il bougeait, il était vivant, il était énergique, il appréhendait ses membres en formation et son espace de plus en plus réduit.

-La première fois? Honnêtement j’en ai pleuré. Ce qui n’est pas si difficile en ce moment, je dois l’admettre. J’avais tellement hâte de pouvoir le sentir, c’est un peu comme une forme de communication, un échange, tu vois ce que je veux dire?

Elle n’était pas certaine d’être claire pour le coup, mais elle pensait être compréhensible pour Amelia qui parlait un peu plus en suivant ses sentiments qu’une réelle raison ou logique. Parler sur le même fonctionnement devait être compris, sans doute, elle l’espérait.

-Mais je suis d’accord que c’est assez impressionnant et plutôt étrange. Il arrive qu’il réagisse aux sons  aussi, quand je met de la musique ou certaines voix. Je me fais peut-être des idées mais je crois qu’il commence réellement à reconnaitre les voix de certaines personnes, il réagit à leur présence.

Des voix habituelles, des personnes qu’elle voyait souvent, de proches au final. En plus de réagir à des mouvements ou autres de sa propre mère évidemment. Soyle était déjà prise d’une certaine impatience. Il restait pourtant encore quelques mois à attendre avant de pouvoir rencontrer réellement ce petit ange.
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MessageSujet: Re: L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle) EmptyDim 20 Déc 2020 - 21:34

Sentir un bébé bouger dans le ventre de sa mère était sans doute la chose la plus pure qui lui eut été l'occasion d'observer. Naturellement, elle en pleura. Trop d'émotions d'un coup sans nul doute. Elle s'exprimant toutefois par la parole comme pour l'expliquer ce qui sautait bel et bien aux yeux. Il fallait être aveugle pour ne pas le remarquer. Elle l'écouta attentivement exprimer ce qu'elle avait pu ressentir la première fois que le futur nourrisson avait bougé à l'intérieur. Amelia n'avait jamais pensé avoir d'enfants. Si elle s'attachait à des personnes plus qu'elle, cela ne signifiait pas qu'elle souhaitait en avoir pour elle-même. Cependant, elle trouvait beau et bien que d'autres femmes puissent en vouloir et les mettre au monde. Elle ne savait pas trop si John et elle avaient choisi d'en faire ou non, et dans le fond, elle préférait ne pas savoir. Cela ne la regardait pas.

Reconnaissait-il les voix et les sons ? Comment serait-elle capable de le dire ? Elle fronça les sourcils et se contenta d'un : “ C'est possible, je suppose. ” Elle ne dit rien de plus ne préférant ni émettre des hypothèses ni contredire Soyle. Elle n'était pas vraiment en position de commenter ou d'imaginer que cet enfant à naître pouvait déjà distinguer la voix de sa mère de celle des autres. Elle n'était ni médicomage, ni psychomage, ni mère. Elle n'avait que 18 ans et ne possédait plus de mère à qui elle pouvait se tourner pour comprendre ce genre de choses-là. Maeve Bones aurait partagé son ressenti avec joie. Avec trois grossesses, il ne faisait aucun doute qu'une telle femme aurait su quoi dire ou faire. L'expérience de sa mère et la sagesse infinie qui en résultait lui manquaient terriblement. Elle qui lui avait tous appris : parler, écrire, lire, calculer, manger, coudre et tant d'autres choses comme les courtoisies et la bienveillance. Elle qui ne pourrait plus jamais la bercer de ses mots rassurants et raisonnables... Toutes ces pensées la rendirent plus sombres et la firent pleurer à nouveau. Elle se mordit la lèvre inférieure quand elle s'en rendit compte. Elle devait se reprendre vite. Sinon, elle péterait un câble très rapidement. Un autre. Quelque dont elle n'avait pas besoin. “ Puis-je emprunter ta salle de bain ? ” Demanda-t-elle.

Et quand celle-ci lui répondit, elle partit aussitôt vers la direction qu'elle lui avait indiqué. Elle ferma la porte à clef derrière elle. Elle tata le mur pour dénicher l'interrupteur et au bout de quelques instants, elle le trouva et la lumière fut. Elle balaya la pièce du regard avant de s'asseoir sur le rebord de la baignoire pour pleurer une bonne fois pour toute, un bon coup. Elle espérait ainsi calmer cette crise rapidement. Les coudes sur les genoux, elle se pencha en avant pour enfouir son visage dans ses mains. Lentement, mais surement, elle malaxa son cuir chevelu avec ses doigts. Elle ne pouvait plus réagir comme ça devant les autres. Mais elle ne contrôlait ni les larmes ni la tristesse qu'elle ressentait à l'instant. Elle enfouit un cri dans ses paumes. Mais qu'elle pouvait être pathétique... elle le savait. Elle reprit son souffle, inspira, expira et répliqua ces actions plusieurs fois avant de récupérer un rythme cardiaque normal. Elle avait appris à anticiper ses crises, mais il lui était difficile de les stopper. Elle tremblait encore, c'était d'autant plus flagrant quand elle essaya de se remettre sur ses jambes. Elle s'appuya sur le lavabo et regarda son reflet dans le miroir. Elle n'avait pas l'air bien... Les joues un tantinet creusées, des cernes presque trop sombres pour n'être le fruit que de la fatigue, des yeux rougis par les pleurs. Quel magnifique portrait. Elle ouvrit le robinet pour se rafraichir et comprit mieux l'inquiétude de Soyle. Elle avait l'air horrible.

Elle mouilla d'abord ses mains et regarda couler dessus une bonne vingtaine de secondes avant de s'en mettre sur le visage à des endroits stratégiques - enfin lui semblait-il - d'abord autour de la bouche, sous les yeux et le long des pommettes. Par réflexe, elle but aussi une gorgée d'eau. Elle emprunta une serviette sans trop savoir si elle en avait le droit pour se sécher les mains. Elle se sentait un peu mieux, mais terriblement fatiguée. Avait-elle seulement envie de se reposer ? Et pourtant tout son corps semblait le lui ordonner. Elle finit par sortir de la salle de bain pour rejoindre Soyle qui devait sans doute s'inquiéter. “ Je suis un peu fatiguée... ” Avoua-t-elle doucement tout en forçant un léger sourire. C'était là une demande silencieuse pour dormir sur le canapé une heure ou deux ou dans la chambre d'amis, mais elle n'osait pas la formuler à voix haute. Alors espérons que Soyle ait un traducteur "Amelia" dans la poche.
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L’arbre qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse. (Soyle)

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Année 1978-1979
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