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Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan

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Hermes Nott

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MANGEMORT
L'homme n'est libre que de choisir sa servitude.

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MessageSujet: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyLun 8 Mar 2021 - 4:16

Le soleil vint lécher les draps de satin, réchauffant la peau qui se reposait dessous.

Comme toujours, il ouvrit les yeux dès que le premier rayon vint taper son visage, étirant ses muscles endoloris par une nuit étrangement agitée. Repoussant le tissu hors de prix pour sentir la fraîcheur du matin sur sa peau, le bien matinal sang-pur se leva avec l’énergie qui le caractérisait toujours et ouvrit grand la fenêtre qui surplombait son royaume, appréciant la caresse du vent sur ses bras, dans ses cheveux, sur ses paupières closes. Baudelaire, son vieil elfe de maison, le seul autorisé à venir dans ses quartiers, lui apporta sa dose de caféine nécessaire à son bon fonctionnement. « Veux-tu bien demander à Pernille de venir ? Mes épaules me font souffrir. » Répondant à la demande polie de son maître, le vieil esclave acquiesça en silence, sachant son propriétaire plus enclin à s’écouter parler qu’à démarrer une véritable conversation le matin. Pernille était la seule femme dont il appréciait le toucher sur sa peau interdite aux autres, et il lui payait des sommes exorbitantes pour qu’elle soit à son service, prête à répondre à ses exigences à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et elle le faisait, bienheureuse qu’elle était qu’il l’ait extirpée de sa condition misérable pour s’occuper de son corps rendu parfois fatigué par des séances d'équitation intenses. Une fois même avait-elle proposé de le remercier par quelques gestes peu professionnels. Cette même fois, il avait failli la remercier tout court, répugné à l’idée de ses mains talentueuses sur des parties de son corps qu’il était le seul à toucher. Sa réponse avait été claire, concise, sèche, et jamais plus la masseuse n’avait osé lui faire une proposition indécente. Salazar soit loué, car il était bien difficile de trouver du personnel qualifié aujourd’hui.

La matinée fut donc bien paisible. Après une douche brûlante qui avait commencé à délier ses muscles, Hermes ne fut donc pas d’humeur à fustiger la jeune femme qui l’avait fait attendre quelques minutes de trop, à peine ému par la marque d’oreiller encore présente sur son visage. Lui qui était si matinal ne comprenait pas qu’on puisse peiner à se lever, surtout par un temps si magnifique. Mais il ne fut pas d’humeur non plus à la complimenter, elle qui pourtant fit disparaître en moins de quinze minutes la sensation désagréable de ses trapèzes noués. Elle partit aussi vite qu’elle était venue, son regard traînant tout de même sur son corps sculpté quand il s’était redressé. Quelle malédiction que d’être aussi attirant, pensa-t’il avant de se raviser mentalement, conscient tout de même que sa gueule d’ange était l’atout principal de sa vie sociale si extraordinairement remplie. Être beau, être noble, être riche, voilà qui facilitait tout de même les choses, et l’aristocrate était parfaitement conscient de la chance insolente qu’il avait, car la pureté du sang ne garantissait pas pour autant d’être aussi charmant et charismatique que lui. Voilà qui expliquait pourquoi aucune femme ne trouvait grâce à ses yeux dans ce cercle si fermé, si consanguin. Mais il était bien trop tôt pour penser à ce problème qu'il ne comptait pas régler aujourd'hui de toute manière.

Une balade dans ses écuries plus tard, Hermes se laissa finalement gagner par l’ennui alors qu’il avait l’impression de revivre l’exacte même journée que la veille. Rien de nouveau sous le soleil de mars, sa jument Ethonan favorite n’avait toujours pas mis bas et l’impatience allait grandissante, lui qui avait payé un prix astronomique pour cette saillie. Il fondait de bien grands espoirs sur ce poulain qu’il espérait devenir un champion des courses françaises, prêt qu’il était à l’entraîner lui-même avant de le vendre à un prix d’or. Tout ça était excitant à souhait mais l’attente l’était bien moins et oui, Hermes Nott s’ennuyait. Et il ne faisait pas bon laisser l’ennui s’insinuer dans un esprit comme le sien, ça jamais. Alors qu’il observait au loin certains de ses lads s’occuper de ses bêtes luxueuses, surveillant leurs gestes comme un père aurait surveillé la nourrice de ses propres enfants, le sang-pur se sentit d’humeur voyageuse. Depuis son retour à Londres quelques mois plus tôt, il y était resté et voilà qui commençait tout de même à le travailler, lui qui avait tant la bougeotte. Et malgré les injonctions du Maître qui attendait que le sang coule, les missions se faisaient rares, faisant croître son besoin d’assouvir quelques pulsions primaires et, cela allait sans dire, sanguinaires. Aussi, il était à peine 10 heures quand Hermes fit mander Keats, l’elfe chargé de ses correspondances, le seul à qui il s’exprimait en anglais alors que les autres avaient été éduqués - si l’on pouvait ainsi dire - par feu son père dans la langue de Molière.  « Je suis d’humeur à recevoir, brave Keats. Invitons donc ce cher Razvan Vacaresco à l’heure du thé pour une mission de la plus haute importance, ce sera l’occasion de travailler mon slave. » Le petit elfe allait transplaner, bête feignante qu’il était, mais son maître l’interrompit avant. « Oh, et demande à Ronsard de préparer ma tenue des grands froids, je te prie. »

16h30 sonna bien vite dans le hall, et tous les détails étaient parfaitement réglés. Créatif comme toujours quand il s’agissait de surprendre ses invités, Hermes s’était dévoué corps et âme à sa petite idée et tout était en ordre. Aussi accueillit-il le médicomage avec un sourire d’une indécence absolue, comme s’il était absolument ravi de le voir. À dire vrai, c’était le cas. « Bun venit* Razvan ! » Sa voix était enchanteresse, l’accent slave pas totalement parfait, mais presque. C’était que l’aristocrate avait un talent certain pour les langues qui ne s’était jamais réellement expliqué, et ses parents avaient fait venir bien des percepteurs pour lui enseigner ce qu’il était si avide d’apprendre. Les voyages n’avaient fait que perfectionner ce talent, qui le rendait absolument fier, évidemment. Son roumain n’était pas parfait, il était bien meilleur en russe mais pour l’introduction, il avait fait un effort - quelle délicate attention. « Pardonne mon accent, voilà bien longtemps que je n’ai plus parlé la langue de chez toi. » C’était là d’une ironie tout à fait particulière, sachant que ce bâtard au sang sale ne faisait absolument aucun effort pour parler correctement la langue du pays qui l’avait accueilli. Mais Hermes fit de son mieux pour paraître charmant, effort qu’il faisait bien rarement devant quelqu’un au courant de son véritable visage. Oh, pourtant, Razvan ignorait encore bien des choses concernant l’héritier Nott, et l’après-midi serait sans doute bien surprenant pour le roumain aux traits fatigués. Quelle sale gueule ça lui faisait. Pas un sourire, rien, des yeux aussi sombres que la plus noire des nuits, un teint naturellement basané, pas comme celui du sang-pur qui l’avait fait dorer sous le soleil d’Amérique du Sud. Désagréable au premier regard, vraiment… Ne pouvait-il pas faire un effort alors qu’il l’avait invité ? Faire semblant, comme lui, était-ce trop demander ? « Entre donc. Baudelaire nous a fait du thé. »

Le médicomage dénotait salement dans la maison luxueuse, avec ses vêtements de mauvaise facture et sa mine déprimante. Pour un peu, il l’aurait soumis à l’Imperium pour le faire sourire un peu. Savoir que ses sales mains qui pratiquaient la médecine moldue allaient toucher sa porcelaine le révulsa, mais c’était un sacrifice nécessaire au bon déroulement de la suite des événements. Voir son corps impur s'enfoncer dans le velours de son fauteuil ne lui fit pas meilleure impression, mais Hermes n’en montra rien. Comme toujours. « As-tu appris pour la galerie ? C’est épouvantable, pas vrai ? Rater ainsi une mission aussi simple, j’en suis proprement ébahi. » Assis dans son fauteuil aux couleurs de son ancienne maison qui faisait face au roumain, Hermes secoua la tête de désapprobation, tandis que le petit elfe ridé s’affairait autour de la théière sur laquelle un serpent d’encre glissait doucement. « J’avoue avoir été étonné que tu n’aies pas été choisi ! Loin de moi l’idée de contredire le Maître, mais je gage que tu aurais été parfait pour cette mission. Enfin ! La vie est ainsi faite. » Il ne fallait pas être un génie pour savoir que Vacaresco haïssait la marque qui courait sur sa peau, tout comme il haïssait toute sa situation actuelle. Parfois, Hermes se demandait pourquoi cette pauvre âme ne s’était pas suicidée de désespoir tant sa vie était triste à pleurer. Mais le fait était qu’Hermes pensait chaque mot de ce qu’il disait. Aussi attaché aux moldus soit-il, jusqu’à emprunter leurs méthodes pour soigner, Razvan était d’une efficacité redoutable quand il s’agissait de tuer.  « Du sucre dans votre thé, Monsieur ? » MonsieurSale chien aurait été plus adapté, mais soit, les elfes étaient toujours bien trop polis pour oser insulter un sorcier. En tout cas, Baudelaire prit bien soin de ne pas toucher la tasse destinée à leur invité, qu’Hermes lorgnait du coin de l’oeil, attentif au moindre geste du médicomage. La chaleur du breuvage n’aurait même pas le temps de réchauffer ses doigts que déjà, le froid de son pays natal l’assaillirait. Un joli retour aux sources, franchement… Qui aurait pu oser dire qu’Hermes ne savait pas gâter ses invités ?

* Bienvenue.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptySam 13 Mar 2021 - 13:37

Assit à sa fenêtre alors que le jour découpait sa silhouette, Razvan fumait une cigarette en regardant la ville. Cet amas de briques laid et sans histoire pour la plupart, qui avait vu s'entasser des générations d'Hommes plus pauvres les uns que les autres, lui rappelait toujours tristement combien il détestait ce pays. L'homme le détestait sans doute pas nécessairement à raison, car après tout, il y a du bon et du mauvais partout. Mais voilà, l'Angleterre était terriblement reliée à des souvenirs douloureux et des moments présents qu'il ne savait plus supporter. Comme si, de façon terrible, il était un cheval à qui on donnait un coup de semonce douloureux pour qu'il arrête de grignoter l'herbe. Il était venu ici parce qu'il avait été chassé de son pays, pas parce qu'il le désirait. Son mal du pays le rongeait aussi sûrement que le sortilège de magie noire qui était apposé sur son bras et qui était visible désormais que le sortilège de désillusion s'était défait. Le voir, ne pas le voir, ça ne changeait rien au problème. Il était à ce moment-là seul de toute façon, seul avec ses pensées et ses douloureux souvenirs, seul avec son spleen aussi. La dépression n'était jamais réellement partie, elle se cachait juste derrière un rideau pour le laisser parfois profiter de quelques rares bons moments avant de le heurter avec plus de virulence encore lorsqu'il se retrouvait de nouveau seul. Et là justement, il était tout seul, en tête à tête avec sa cigarette qui se consumait entre ses doigts à la vitesse de l'éclair. La journée était bien avancée ce jour-là et n'avait pas été la plus productive de l'année. Il n'avait envie de rien, le goût des aliments en bouche était fade. Comme si son cerveau essayait tristement de le préparer à sa fin d'après-midi.

Il sut qu'il passait définitivement une mauvaise journée lorsqu'un elfe décharné était venu le trouver pour l'inviter chez Hermes Nott à l'heure du thé. Si le teint de Razvan portait encore quelques couleurs, ces dernières s'évaporèrent et il fut dès lors bien plus proche d'un mort que d'un vivant. « J'y serai » répondit simplement le médicomage alors que le serviteur disparaissait dans le pop! sonore caractéristique des elfes de maison. Il ne prit pas soin de cacher la marque lorsqu'il transplana pour la demeure du sang-pur. Le roumain donnait l'impression d'avoir tué un village sans s'imaginer pourtant, tristement, que ça ressemblerait fortement à la fin de sa journée. Habillé pour un froid anglais seulement, ce fut le maître de maison qui l'accueillit dans un roumain correct mais pas parfait, auquel il répondit uniquement en anglais : « Bonjour Hermes ». Bonjour Hermes, Bonjour Hermes... Cet homme n'était pas parmi les plus tendres serviteurs du Seigneur des Ténèbres. S'il le faisait venir, Razvan savait pertinemment qu'il allait passer un sale quart d'heure. La maison ressemblait à toute bonne maison de sang-pur mais loin d'impressionner l'homme qui en avait vu d'autres, il ne fit aucun commentaire, à aucun moment et ne laissa même pas ses yeux s'arrêter sur les objets les plus luxueux de la maison. Le luxe était quelque chose qui ne s'accordait pas avec son esprit cadenassé par un résidu de logique communiste. Et il fallait bien dire que chez lui, ce n'était ni très chaleureux, ni très luxueux non plus. L'austérité du roumain semblait détonner sur tous les murs et si c'était possible, sans doute aurait-il été capable de ternir les tapisseries de la maison du mangemort. Sans même s'en rendre compte, il s'assit tout au bord du fauteuil. Le petit cinéma du britannique n'attira pas l'ombre d'un sourire sur le visage du médicomage qui répondit machinalement : « Humpf, oui ». Il n'en pensait pas un traître mot, répondait plus par politesse qu'autre chose, en redoutant ce qui allait suivre. Hermes ne le faisait pas venir pour lui parler de sa pelouse proprement entretenue. L'attention de Razvan fut attiré par le petit elfe et il lui fit de la peine, à l'appeler Monsieur alors qu'il pouvait bien l'appeler par son prénom qu'il n'en aurait rien à faire. Voilà encore une caractéristique qui lui tapait sur les nerfs chez nombre de sorciers britanniques au sang-pur : leur idiote habitude à se faire servir comme s'ils étaient le dernier tsar de Russie. « Non... » répondit simplement le médicomage sans prendre la tasse entre ses doigts. Elle reposait sur la petite table et Hermes pouvait toujours courir pour qu'il y touche. Il y avait dans son regard ce quelque chose de fourbe qu'il ne supportait pas.

(763)

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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyLun 5 Avr 2021 - 22:13

Le soleil de Londres qui baignait la pièce ne parvint pas à réchauffer l’atmosphère des plus glaciales.

Ce n’était pourtant pas faute d’essayer d’avoir une plaisante conversation avec son invité, qui l’était bien moins. Comment diable pouvait-on être aussi désagréable ? Hermes n’aimait pourtant pas grand monde, mais appréciait tout de même qu’on lui renvoie le sourire qu’il daignait faire naître sur son visage. Ou à défaut, qu’on réponde un minima à ses propos. Mais Razvan était de la race des taiseux, de ceux qui n’avaient rien à dire car leur vie misérable les rendait aussi inintéressants que les elfes de maison qu’ils ne pouvaient se payer le luxe de s’offrir. Pourtant, le maître des lieux n’avait pas été avare en compliment, et au moins le médicomage aurait-il pu faire semblant de se sentir flatté par un tel hommage envers sa personne qui n’en méritait pourtant pas tant. Mais son ton traînant, son onomatopée dédaigneuse dressa les poils dans la nuque d’Hermes, qui associait pareille attitude à un manque de respect envers son invitation généreuse. Toutefois, il n’en montra rien, car viendrait très vite le moment où le slave payerait pour son insolence. Et il s’en délectait d’avance, une étincelle de cruauté brillant déjà dans son regard car il en était toujours ainsi quand il avait une idée derrière la tête, et pas des plus bienveillantes, cela allait sans dire.

Baudelaire et sa politesse désuète reçurent une réponse monosyllabique à laquelle l’elfe était bien habitué de la part des grands de ce monde qui venaient au Manoir. Mais de la part d’un impur, voilà qui était proprement étonnant. Souvent, ces gens considéraient que les elfes méritaient le même respect que les autres et à dire vrai, Hermes aurait été vexé que l’homme soit plus avenant envers une créature fripée qu’envers son auguste personne. Toujours était-il que son invité restait immobile, assis au bord du fauteuil comme s’il avait peur que le tissu le dévore. Peut-être ne se sentait-il tout simplement pas à sa place, et grand bien lui fasse. Il fallait bien parfois faire comprendre à ceux qui fricotaient avec les moldus qu’ils n’étaient que des êtres inférieurs, et que leur présence n’était tolérée au sein de la communauté que parce qu’ils avaient quelque chose à y apporter. Quoique plus jamais l’héritier des Nott ne laisserait Vacaresco lui prodiguer le moindre soin, sauf cas de force majeure. L’outrage de sa dernière consultation était encore présent, et il était encore comme marqué au fer par cette expérience dont il était ressorti sali. Humilié, même, bien que personne n’ait fort heureusement assisté à la triste scène.

Toujours était-il que cette attitude mettait à mal les plans du cruel mangemort. Par Salazar, voilà qu’il avait déployé des trésors d’ingéniosité pour préparer le bel effet qu’il lui tardait d’obtenir, et cet ingrat de slave, par son mutisme et sa posture de statue grecque - l’élégance et la beauté en moins - ne jouait pas le jeu. Très bien, puisqu’il en était ainsi, Hermes allait devoir compter sur sa verve et sa fourberie pour obtenir ce qu’il voulait. Car après tout, n’était-ce pas l’une de ses plus grandes qualités ? Cette ténacité qui avait fait de lui l’homme qu’il était aujourd’hui, refusant le moindre obstacle et préférant l’abattre sur son chemin plutôt que simplement le franchir, voilà sans doute ce qui le caractérisait le mieux. « Il semblerait que tu ne soies pas d’humeur bavarde. » Un euphémisme, s’il en était, car il lui semblait n’avoir entendu le son de sa voix que quatre ou cinq fois, et jamais pour faire de longues phrases. Voilà une langue bien inutile, qu’il se serait fait un plaisir d’arracher si seulement il n’avait pas eu de plus amusants desseins. Et puis retirer à quelqu’un quelque chose qui ne lui manquerait pas, cela n’avait que bien peu d’intérêt. Non, Hermes préférait dénicher la faille, et s’y engouffrer tout entier avec l’agilité du serpent qui continuait sa danse sur la porcelaine. Fouiller, trouver, s’insinuer encore plus profondément jusqu’à faire mal, vraiment, et sentir la détresse de l’autre venir gonfler sa propre vanité. « Et il n’y a rien qui me déplait plus que de ne pas satisfaire un de mes invités. Aussi, laissons les bavardages de côté, et buvons, veux-tu ? » D’aucuns auraient pu voir ici une certaine soumission dans l’attitude du fier Serpentard, mais le fait était qu’il excellait dans l’art de s’adapter aux autres. N’était-ce pas ce qui faisait de lui un aussi bon menteur ? Et s'il fallait ça pour que Razvan attrape cette maudite porcelaine, alors ainsi soit-il. Et s'il ne coopérait pas, eh bien... Hermes obtenait toujours ce qu'il voulait, n'est-ce pas ? Ce serait juste bien moins amusant, hélas. « Une longue soirée nous attend, et je ne saurais l’affronter le ventre vide. » acheva-t-il en prenant sa propre tasse, la portant à ses lèvres pour en boire une longue gorgée brûlante. Mais il aimait ça, la chaleur qui venait heurter sa langue ou sa peau, comme celle du soleil qui perçait par la baie vitrée face à lui. Etrange s’il en était pour un être dont le coeur était aussi froid.
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Razvan Vacaresco

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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyLun 5 Avr 2021 - 22:51

Razvan était toujours profondément malade quand il voyait la sombre marque noire s'agiter sur sa peau mate. Ça le rendait malade de la voir tous les jours, elle qui appelait aux plus funestes actions. Certains se rendaient donc malades pour cela, d'autres voyaient là-dedans le signe d'un auguste futur. Ce n'était pourtant pas le serpent et la tête de mort qui s'étaient agités dans la journée, mais un petit elfe qui était venu l'informer du rendez-vous. Et ciel, comme le roumain redoutait ce genre de rendez-vous privés. Dolohov le laissait tranquille ces temps-ci, se contentant d'un sourire narquois lorsqu'il le croisait, parfois accompagné d'un clin d’œil mauvais. Et le médicomage baissait tout le temps la tête, pour ne pas répondre, pour ne pas qu'on le harcèle davantage, aussi.

Hermes était un autre type d'animal, plus fourbe sans aucun doute que le sorcier russe. Il suffisait de voir son air affable qui le rendait tout aussi malade que la marque de son bras, cachée sous un sortilège de désillusion. Razvan n'avait pas été recruté sur la simple base de menaces. C'était un fait, on l'avait brisé, plusieurs fois, longuement. Pas tant de tortures physiques que cela, parce que c'est vulgaire, c'est stupide, c'est moche et ça tâche le sol, parait-il, bien qu'il sache depuis cinq ans ce que ça faisait de se recevoir un Doloris. Non, la torture de ces gens était plus pernicieuse que cela. On ne brisait pas un homme comme lui à coups de Doloris. Non, il avait été forgé dans le fer d'une Roumanie vieillissante, soumise à un diktat dangereux. Il avait été formé à Durmstrang. Jamais un sortilège aussi grossier ne viendrait à bout de quelqu'un comme Razvan et Dolohov, qui avait été à l'école magique du Grand Nord, le savait pertinemment. Aussi avait-il été particulièrement créatif. Et le roumain avait beau savoir que tout ce qu'il avait vu et ressenti n'était que de la manipulation mentale, une terrible part de lui savait que ce qu'il voyait dans sa tête pourrait arriver un jour. Les images étaient terribles pour quelqu'un de si profondément attaché à la protection de sa propre fille. Et la voir hurler à la mort, la voir l'implorer d'y mettre fin, ça l'avait détruit. Ça le rongeait encore, le réveillait à des heures pas possibles, lui collait un frisson désagréable tant et si bien que souvent, il prenait sa plume à la hâte pour envoyer un courrier à son ex beau-père et lui demander si tout allait bien. Il entendait avec distinction ses cris, ça lui vrillait le crâne, lui ouvrait les tympans et la seule vision de son visage poupon habillé de larmes le rendait fou. Le médicomage avait simplement fait le mauvais pari. Il avait compris, un peu tard, qu'il y aurait eu une autre solution pour protéger sa gamine sans tuer personne d'autre, que cette solution impliquait simplement sa mort à lui. La manière dont Octavius lui avait parlé ce jour de septembre lui avait d'ailleurs rappelé combien sa propre existence ne valait rien sinon des morts. Et Razvan y songeait encore, parfois dans les moments difficiles, quand il était happé par le regret. N'avait-il pas raison de se dire après tout que Mihaela mériterait un vrai père et non pas un vulgaire tueur ? Un homme qui tuait d'autres enfants pour protéger la sienne ? Quelle honte. Une épouvantable honte. Hermes le raccrocha à son regard en lui faisant remarquer qu'il ne parlait pas trop : « Je ne parle jamais vraiment beaucoup » répondit-il mécaniquement. Dans les yeux noirs du roumain se trouvait encore le spectre de ce qui l'angoissait. Et que dire de voir le regard de son interlocuteur qui brillait d'une fausse gentillesse.

La terrible vérité, c'était Razvan crevait de peur. Il avait peur de subir encore quelque chose qui mettrait à mal l'équilibre précaire qu'il avait réussi à trouver. Il crevait de peur qu'on lui demande encore de tuer des gens qui n'auraient rien demandé. Pourquoi, sinon pour le torturer, Hermes l'aurait-il invité...? Le britannique continua sur sa lancée en l'enjoignant à prendre sa tasse mais le roumain n'en fit rien et se contenta de le fixer mettre en scène sa propre théâtralité. Il se passa une main dans ses épis de cheveux noirs en lâchant finalement d'une voix lasse : « Que me voulez vous ? ». Le tutoiement contre le vouvoiement, c'est qu'on l'avait bien élevé, Razvan. Et ce qu'il détestait qu'on le tutoie, qui plus est quelqu'un comme son interlocuteur. Mais après tout, il n'avait pas une once de respect pour lui, là où le médicomage faisait tout de même semblant en le vouvoyant poliment. Et il regretta sa question au moment où elle avait franchi la barrière de ses lèvres, parce qu'il savait très bien qu'il n'aimerait pas la réponse.


(794)

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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyMar 6 Avr 2021 - 0:04

Enfoncer des portes ouvertes, en étaient-ils donc réduits à ça ?

Une chance qu’Hermes ne soit pas homme à s’émouvoir de la moindre contrariété, car la réponse de Razvan ne le satisfaisait pas. Mieux aurait-il valu qu’il se taise plutôt que de gâcher sa salive infâme à proférer l’évidence. Le sang-pur lui aurait bien collé une gifle pour le plaisir, si seulement il avait été du genre à imposer un tel choc inutile à sa précieuse main. Mais la violence physique n’était pas sa façon de procéder, loin de là, et Hermes rongeait son frein en attendant la suite des événements. Ce sous-fifre de la cause allait salement regretter d’être un aussi piètre invité dans quelques minutes, cela ne faisait aucun doute.Son hôte commençait déjà à sentir les limites de sa légendaire patience et hésitait un tant soit peu à changer son fusil d’épaule, doutant de savoir conserver un tempérament si doucereux face à tant de résistance et de stupidité. Pauvre fou, pensait-il seulement pouvoir s’en sortir avec des banalités ridicules ? Fallut-il qu’il se morde la langue pour ne pas lui balancer une réplique acérée sur son manque de politesse flagrant. Mais le but n’était pas de le braquer, ça non. Il aurait tout le loisir de le détruire d’ici quelques minutes, si seulement il daignait accepter de boire.

Etait-il donc tombé sur le seul homme de toute l’Angleterre à refuser une tasse de thé ? En son sein, Hermes bouillonnait de plus en plus, luttant contre son envie de lui balancer un Impero pour le forcer à saisir la tasse. Mais il fallait qu’il le fasse de son propre chef, sinon, à quoi bon ? A quoi bon s’être donné tout ce mal si ce n’était pour lire le visage désolé de la surprise de son interlocuteur ? C’était théâtral certes, mais dans un monde où l’ennui prenait le pas sur tout, il lui était presque vital de forcer de tels divertissements. La vie était trop courte pour se permettre de vivre des instants tristes, pas vrai ? Et son sourire se faisait trop attendre. La patience atteignait ses limites, et il lui était désormais difficile de prétendre qu’il n’avait pas hâte. Pourtant, il se força, avec violence, tenant les rênes de son empressement pour éviter qu’elles ne déferlent sur le roumain qui ne serait pas coopératif, il le savait, mais encore moins sous le coup de la colère. Prétendre, encore, toujours, ne jamais avoir l’opportunité de laisser son vrai visage se révéler… quelle insupportable tragédie pour lui, qui n’aspirait qu’à une seule chose : être celui qu’il était réellement.

La question de Razvan aurait pu le désarçonner. Au lieu de ça, Hermes lâcha un rire qui n’avait pas sa place dans une conversation censée, du moins pas entre deux personnes qui savaient et l’une et l’autre ce qui se jouait réellement ici. Qu’il était vulgaire de poser des choses de la sorte. Vulgaire oui, c’était le mot, mais après tout, n’était-ce pas Razvan qui proférait pareille paroles ? «  Moi ? Mais rien enfin, que t’imagines-tu ? » Le vouvoiement l’avait tout autant fait rire que sa question. Il hésita à lui demander de le tutoyer, mais à quoi bon ? Au moins le roumain savait-il qu’il était en face de quelqu’un de supérieur, et cela jouait très légèrement en sa faveur. « Je serais idiot de croire que tout ça n’est pas un fardeau pour toi. Et peut-être est-ce là mon tort, mais j’ai pensé qu’une once d’ordinaire dans ce monde qui a perdu le droit de prétendre à ce mot te soulagerait, au moins un peu. » Parfaitement à l’aise dans son rôle, quoique fulminant un peu à l’intérieur, Hermes haussa les épaules en buvant une nouvelle gorgée du breuvage. Peut-être que ses phrases étaient trop alambiquées pour un esprit si simple, pensa-t-il. Un esprit qui en plus, parlait le plus mauvais anglais qu’il ait jamais entendu de sa vie. « Nous ne partirons pas d’ici tant que tu n’auras pas bu ce thé, Razvan. » Enfin, il n’aurait pas le temps de le boire, mais c’était une information qu’il n’avait pas à connaître. « Ne serait-ce que pour rendre hommage au talent de Baudelaire en la matière. Mon brave, votre infusion est parfaite, comme toujours. » Hermes planta ses iris bruns obscurcis par la noirceur de ses pensées dans le regard qui lui faisait face, et qui n’avait rien à envier au sien. Enfin, si, peut-être seulement, l’étincelle d’intelligence qui n’était présente que chez l’un d’entre eux.
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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyVen 9 Avr 2021 - 21:07

Le dos de Razvan se courbait au fur et à mesure qu'il devait baisser les yeux devant ces gens. Lui qui était si fier, avec sa fierté slave, était enchaîné comme on avait enchainé bien des siens parmi les siècles. N'était-ce pas d'ailleurs l'origine de ce mot ? Slave, esclave, comme si la roue ne tournait jamais réellement, toujours destiné à être réduis à l'état d'animal, à servir les autres dans un commerce qui leur était fructueux. C'était encore une fois ce qui se passait-là. Razvan était un esclave qui n'était libre de rien, sinon de se nourrir et de vivre sa demi-vie, condamné à en arracher d'autres, à venir quand on le sifflait, à obéir autant que soigner des gens dont la hauteur morale était au ras du sol. Son hôte ne dérogeait pas à la règle, mais au moins était-il d'une intelligence vive, il l'avait tout de suite repéré. Tous n'étaient pas stupides dans le camp des mangemorts, malheureusement, d'ailleurs, cela faisait leur force. Ils étaient fourbes comme des renards, leurs regards laissaient entendre quelque chose quand leur esprit pensait au pire. Oh, le médicomage n'était pas naïf sur la raison de sa présence ici. Pire encore, Hermes n'avait pas l'air mal en point et il ne le faisait certainement pas venir pour profiter de sa conversation (absente). C'était terrible que d'attendre que le couperet tombe sans savoir les possibilités qui s'étendaient devant lui. Razvan avait cependant la terrible impression que des gens mourraient par sa faute ce soir.

Hermes avait une partition qui contrastait fortement avec celle que jouait le roumain. Ils étaient loin d'être à l'unisson, loin aussi de penser qu'ils se ressemblaient. L'on pouvait difficilement faire plus opposés l'un que l'autre, tant sur le plan physique que  psychologique semblait-il. Car le britannique était d'une humeur foutrement bavarde, là où lui préférait se taire. Il fallait bien dire aussi que bavasser n'était ni ce qu'il aimait ni ce en quoi il excellait. Razvan était bon pour écouter les autres, certainement pas pour se laisser parler. Quoiqu'il en soit, le médicomage ne saisit pas très bien tout ce qu'il lui dit et fronça légèrement les sourcils, pas bien certain ni d'avoir compris le mot fardeau. De ce fait, il peinait à savoir si l'homme s'était ouvertement payé sa tête ou non. Dans le doute, il ne dit rien, en se contentant de le regarder boire son thé comme s'il était la Reine d'Angleterre. La dite Reine lui donna un ordre à semi déguisé concernant le thé, se trahissant par la même. "Nous ne partirons pas d'ici" ? Pourquoi nous, pourquoi partir ? Razvan regarda longuement le visage juvénile d'Hermes sans rien dire, sans même écouter la suite de ce qu'il disait concernant l'elfe. Savoir qu'ils devaient aller quelque part ne le réjouissait pas. Et ça lui donnait en prime la confirmation de certains de ses doutes. Obtempérant comme le chien soumis qu'il était devenu, le roumain se saisit de la tasse avant de disparaître brutalement.

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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyHier à 21:01

Soumettre plutôt que permettre.

Voilà qui n’était pas forcément dans ses habitudes, lui qui prenait souvent les détours les plus sinueux pour donner l’illusion aux autres qu’ils avaient le choix. C’était là une façon de faire pernicieuse et qui lui procurait, si besoin était de le préciser, un plaisir absolument pas coupable. Manipuler les esprits faibles n’était pas un exercice bien compliqué, surtout quand ces âmes lui accordaient une confiance certaine qu’il s’employait à construire pour avoir l’ascendant. Même le plus aguerri des psychomages serait sans doute horrifié de découvrir sa véritable personnalité, perverse et obscure, véritable cas d’école de psychopathie assumée. Se nourrir de la peine des autres pour venir amplifier son propre plaisir, admirer les visages détruits par ses terribles stratagèmes, se délecter de la souffrance jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à soustraire aux malheureux vidés de leur substance. Hermes était un détraqueur de chair et de sang, à la différence près qu’aucun baiser n’était nécessaire à ses sombres desseins.

Dans la relation naissante qui l’unissait à Razvan, la soumission prenait toutefois une toute autre forme. Le mangemort par dépit - quelle honte d’associer ainsi ces mots contraires - avait entre ses doigts sales des cartes que bien des autres ne s’étaient jamais vu révéler, savait donc que les intentions d’Hermes n’étaient pas nobles. Et ce pouvoir aussi clairement affiché réveillait chez lui des envies sadiques peut-être plus exacerbées encore, se sachant désormais autorisé à pouvoir laisser sa véritable nature prendre le pas sur les faux-semblants, quel régal. Mais le sang-pur rongeait son frein, tirant sur les rênes de sa cruauté comme il l’aurait fait avec un étalon trop sauvage, avec un contrôle dont seuls les êtres aussi machiavéliques que lui étaient capables. Mais le thé refroidissait déjà dans sa tasse alors que son sang ne faisait qu’un tour, ses yeux devenant plus sombres à mesure que s’égrenaient les secondes sans que ne soit esquissé le geste tant attendu. Jusqu’à ce que finalement, le médicomage ne saisisse le message qui n’était plus du sous-texte à ce niveau, et frôle la porcelaine qui le fit disparaître tout à coup. « Ah, tout de même ! » Sa voix trahissait un étrange mélange d’agacement et de soulagement alors que Baudelaire déjà lui tendait sa cape d’hiver émeraude bordée de fourrure, sentant son Maître peu enclin à patienter plus longtemps. Se levant avec l’agilité d’un félin, Hermes arracha le vêtement des doigts frippés de son majordome et le déposa sur ses augustes épaules avec un geste ample, claquant des doigts pour exiger qu’on lui apporte ses gants. « Veille à ce que mon repas soit chaud quand je rentrerai, veux-tu ? » L’ordre était dit d’un ton agréable, mais ce qu’il sous-entendait ne l’était pas. L’instant d’après, baguette en main, Hermes frôla le cendrier de cristal sur sa table et fut aussitôt saisi par la sensation nauséabonde que provoquaient les portoloins.

Le froid l’assaillit à l’instant même où ses pieds foulèrent le sol, et Hermes se tint aussitôt sur ses gardes, prêt à réagir en cas de réaction démesurée du roumain. On ne savait trop comment réagissaient ces esprits sauvages, après tout. Mais le spectacle était à la hauteur de ses attentes, et Vacaresco lui donna exactement ce qu’il attendait. Un teint pâle qui se fondait dans la neige alentours, un regard dépourvu de la moindre étincelle de vie. L’impression qu’on lui avait arraché le peu de raison de vivre qui lui restait. Si la douleur avait une odeur, alors Hermes pouvait clairement s’en délecter, aussi clairement qu’un requin attiré par celle du sang. Sa toute-puissance exacerbée, le noble anglais ne détachait pas son regard du visage stupéfait du roumain, savourant son absence absolue de réaction comme la plus parfaite des victoires. Et dire que tout cela ne faisait que commencer, c’était absolument jouissif.

La résignation dont faisait preuve le slave méritait presque une médaille, la médaille de la lâcheté. Après tout, les gens normaux n’auraient-ils pas exprimé une once de colère, un geste déplacé envers lui, qu’il aurait balayé d’un Protego désinvolte ? Mais non, rien si ce n’était le silence du village alentours, le vent qui s’engouffrait dans leurs cheveux sombres et peut-être, les battements effrénés du coeur revenu en terre natale qu’Hermes déséspérait presque de ne pouvoir entendre. « Allons, Razvan, je t’ai souhaité la bienvenue en ma demeure. Il serait de bon ton de faire de même. » L’outrage était absolu, la phrase dévastatrice par ce qu’elle sous-entendait. Hermes était bien renseigné sur le passé de Vacaresco, savait les fantômes qui les hantaient. « Car si c’est ici qu’est resté ton coeur, Razvan, tu es dans ton bon droit de retrouver la place qu’on te refuse. Qu’ils te refusent. » Avec un sens du timing dont il n’aurait pu rêver, un moldu hardi ouvrit sa porte à cet instant précis, déclenchant immédiatement un réflexe chez le sang-pur. « Levicorpus. » prononça-t-il d’une voix tranchante. Ledit moldu se trouva bientôt la jambe en l’air, démuni, et Hermes afficha un sourire plus glacial encore que la température extérieure. « Je te laisse la primeur d’exercer ta vengeance. » Quelle générosité, tout de même.
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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyHier à 22:01

Le froid glacial lui piqua les joues, s'infiltra sous sa peau pour lui congeler les os alors qu'il réalisait ce qui venait de se passer. Là, tout seul au beau milieu d'une rue que ses yeux commençaient à reconnaître, Razvan comprenait ce qu'Hermes avait fait. Et son rythme cardiaque parfaitement cadencé s'emballa brusquement alors qu'il devenait aussi blanc que la neige qui avait recouvert le paisible village où il habitait autrefois. Absolument pas habillé pour ces températures, il relâcha un souffle brutal et la vapeur s'envola dans l'atmosphère sans qu'il ne la suive du regard. Un frisson dévala son dos alors qu'il regardait autour de lui, penaud, comme s'il s'attendait à ce que ce soit une blague et qu'il soit toujours au manoir. Mais aucun sortilège n'était capable de reproduire avec une telle perfection la neige qui tombait ici bas. La rue était vide malgré l'heure, le froid avait toujours raison des habitants, autant que des récoltes. On restait chez soi pour ne pas se consommer, et on attendait que ça passe. Là, tout seul, Razvan réalisait que c'était la première fois qu'il revenait ici depuis qu'il était parti, Mihaela dans les bras. Et il n'entendit même pas Hermes arriver non loin de lui, trop perturbé qu'il était à ne pas comprendre ce qui se passait. Il avait autant de beaux souvenirs que de terribles moments en tête, Razvan. Cet endroit, c'était l'endroit où lui et son épouse s'étaient installés comme médicomages, perdus au beau milieu des moldus parce que l'altruisme était une de leurs qualités. Ils avaient choisi cet endroit pour aider les gens, mais alors, comment tout avait pu déraper pour le conduire à y amener un mangemort ?

Le roumain n'était pas un homme assez sadique pour comprendre ce que le britannique avait derrière la tête. Mais il n'était pas naïf et il savait qu'il allait regretter amèrement d'être venu chez lui cet après-midi là. Le médicomage déglutit péniblement en posant ses yeux noirs qui contrastaient si fort avec la blancheur de la neige sur le mangemort qui s'adressait maintenant à lui, avec l'air de dire qu'il était malpoli. L'envie furieuse de lui dire d'aller se faire voir lui traversa l'esprit mais les lèvres résolument closes, Razvan ne dit rien. Il n'eut même aucune réaction alors que les bras ballants, il commençait à se faire violence pour que ses dents ne s'entrechoquent pas à cause du froid terrible qui était tombé sur la Roumanie. Le jeune homme continua et pendit par les pieds un moldu d'un certain âge qui ouvrait sa porte pour voir qui était assez fou pour se promener dehors. Le geste était si vif que le médicomage en sursauta légèrement. Les oreilles bourdonnantes, il ne semblait entendre que la voix percutante d'Hermes s'encastrer dans ses tympans. « Je ne ressens pas de haine envers ces gens » dit-il à l'attention du jeune homme en posant ses yeux sur le pauvre homme qui commençait à s'agiter malgré l'effet du sortilège. Traduction : il pouvait toujours courir pour qu'il lève sa baguette envers eux. L'endroit était un petit village et tout le monde se connaissait. Trois cent âmes tout au plus et en regardant avec plus d'attention le vieil homme, Razvan se rendit compte qu'il le soignait, il y a de ça quelques années. Une énorme pierre semblait s'écraser dans sa poitrine alors qu'il se sentait honteux, incapable, indigne. Il avait honte de sa propre soumission et de sa propre attitude. « Je ne ferai pas ce que tu attends de moi » - quoi que ce soit. Razvan n'était pas venu pour être le pantin d'un imbécile aux problèmes psychiatriques. Et il ne s'en prendrait encore moins à des gens qu'il connaissait et qu'il avait soigné. Cette phrase était peut-être, après tout, le seul acte de bravoure d'un homme qui n'était pas pourvu d'une once de courage.


(641)

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MessageSujet: Re: Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan Il parait que c'est joli, la Roumanie w/Razvan EmptyHier à 23:28

Sa proie se débattait avec l’énergie d’un désespoir qui n'attirait pourtant aucune pitié à son bourreau.

L’emprise du sortilège sur le moldu était puissante, lui rongeant probablement la peau fine de la cheville. Mais voilà, la présence du médicomage en ces lieux ne garantissait pas au pauvre hère des soins auquel il avait perdu le droit à l’instant même où il l’avait chassé de ces lieux. Peut-être n’y était-il pour rien, mais son espèce, si. Oh, Hermes se moquait bien de l’exil du sang-mêlé roumain qui après tout, ne valait pas tellement mieux que cette race inférieure qu’il affectionnait mais tout de même. Tout de même. Chasser un sorcier d’une terre était un affront que le Mangemort ne tolérait pas de la part d’êtres non magiques. Aussi était-il temps de faire passer un message à ce village qui avait connu un répit bien trop long. Un message aussi à son compagnon d’infortune qui devait comprendre qu’embrasser la cause ne pouvait se faire par défaut. Et que ses méthodes empruntées aux moldus n’avaient pas sa place quand il s’agissait de soigner un sang plus pur que le sien.

Enfin, une réaction. Son sourire s’accentua alors que la voix blanche de Razvan s’élevait dans le silence à peine entrecoupé par les couinements du vieillard mal en point. Ses propos étaient intolérables, et renforcèrent la magie noire qui s’abattait sur l’homme qui hurla de douleur. Le cri lui déclencha un frisson qui n’avait rien à voir avec le froid alors que son âme sombre se repaissait de l’instant. Pourtant, Hermes ne dit rien, attendant que Razvan daigne avoir un peu de courage. Le courage, visiblement, de s’opposer à lui, et de perdre la politesse qui lui était due. Toutefois, le Mangemort convaincu n’en fit pas grand cas et lâcha un rire épouvantable qui se matérialisa sous la forme d’une vapeur trop blanche. « Ces gens, comme tu dis, t’ont arraché à ta terre. T’ont forcé à trouver refuge dans un pays qui n’est pas le tien. T’ont rejeté alors que dans ta grande bonté, tu as pris soin de leur chair, de leur sang. » Hermes prenait un malin plaisir à appuyer là où ça faisait mal. Après tout, ironiquement, la posture du moldu illustrait bien ce que pensait le cruel héritier des Nott. « N’est-ce pas le monde à l’envers ? » Son ton léger s’adressait à l’homme pendu par la cheville qui ne devait pas comprendre un traitre mot de ce qu’il disait de son anglais ampoulé.

Toutefois, il n’était pas suffisamment idiot pour croire qu’il convaincrait en quelques phrases le médicomage de renier ses principes. Au moins en avait-il, il fallait bien le reconnaître. Posant à nouvelles ses iris sombres sur le visage blafard de sa réelle victime, Hermes comptait bien lui faire entendre raison d’une toute autre façon. « Libre à toi de choisir la fin de cet homme, Razvan. » Lui laisser un choix impossible, tel était bien la stratégie déloyale qu’il entendait bien déployer pour le faire justement ployer devnat lui. « Le compliment était sincère, je sais ton efficacité. » Nul n’était dépourvu de qualités, après tout. « J’ai peur de ne pas partager ta vertu, hélas. » Oh si, bien sûr, il était d’une efficacité redoutable. Mais la mort était à ses yeux une libération qu’il n’exerçait qu’après avoir donné une bien bonne leçon. « Crois-tu qu’une chute de cette hauteur le tuerait, ou… » Histoire d’appuyer son propos, Hermes relâcha un bref instant son sort, et le moldu dégringola d’un mètre avant qu’Hermes ne le retienne, sa tête à quelques centimètres du sol. Le craquement sinistre de son cou ne sonnerait que le glas d’une agonie trop longue, et Razvan le savait parfaitement. « Ciel, ce que je suis maladroit… » Son sourire ajoutait à son sarcasme une note des plus cruelles alors que son adresse était tout à fait admirable, en vérité. Et son regard ne quittait pas Vacaresco, attendant qu’il révèle ses sombres talents qui l’empêcheraient probablement de trouver le sommeil des nuits durant. Hermes, lui, dormirait comme un bienheureux, repus comme jamais par l’expression sinistre de sa cruauté.
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