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Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE

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Ronan Malone

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COTÉ DU MAL
La méchanceté s'apprend sans maître.

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MessageSujet: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyVen 26 Mar - 20:11

Mi-février, 14h33


Le temps irlandais avait pour réputation d'être changeant et indomptable. D'aucun dirait sans difficulté que le temps, d'une certaine manière, était tout à fait en accord avec le tempérament des habitants de l'île d'Emeraude. Ils étaient nombreux les descendants d'irlandais aux Etats-Unis et ils étaient tout aussi nombreux à se rendre sur la terre de leurs aïeux. Comme une manière de ne pas oublier ce qu'ils avaient vécu, la famine et la fuite. Pour autant et malgré l'origine irlandaise manifeste dans le nom de famille de Malone, ce n'était pas pour une quête étrange de ses origines que le peintre avait décidé d'aller pointer dans ce pays. Ronan y allait pour parler, discuter, se remettre peut-être d'une certaine façon du traumatisme qu'il avait lui-même vécu. Sans que cela ne soit comparable à une fuite due à une famine, la toile déchirée de son exposition semblait lui avoir également déchiré le cœur. Car c'était en confettis que ce dernier se trouvait dès à présent.

Il avait l'esprit trop embrumé par la torpeur dans laquelle il évoluait pour réellement se demander pourquoi elle ne s'était pas déplacée, ni pourquoi elle l'avait fait venir dans ce pays. Comme si elle voulait qu'il découvre tout le Royaume-Uni, c'était peut-être le cas, après tout. Mais quoiqu'il en soit, tout égoïste qu'il était et tout focalisé sur sa personne, Ronan Malone avait pris la poudre de cheminette depuis son Atelier sans penser au pourquoi du comment. Après tout, peut-être que Billie lui dira d'elle-même pourquoi elle ne se déplaçait pas pour le voir ? Elle avait été la seule personne à qui il avait osé répondre par courrier depuis janvier. Des lettres qui avaient quelques jours de retard, car l'humeur du peintre oscillait dangereusement entre la dépression et la morosité et ce n'était que lorsqu'il était morose qu'il daignait prendre une plume pour répondre quelques mots à son amante qui lui manquait pourtant. Leur relation n'était plus réellement qu'une relation charnelle et il devait bien admettre que c'était pour cela qu'il avait pris la décision de lui dire quelques mots sur ses états d'âmes. Lui qui n'aimait pas apparaître faible, lui qui aimait se montrer dans la toute puissance de ce qu'il était, se trouvait désormais démuni, totalement démuni par tout ce qui constituait sa vie. « Essuies-toi les pieds, là » grommela la tenancière du pub sorcier le plus célèbre de Dublin. Il se situait non loin des quais où il devait retrouver Billie. Sans rien dire et en obtempérant comme un garçon bien élevé - qu'il n'était pas, pourtant - Ronan déboucha dehors et fut immédiatement accablé par des cris de mouettes qui semblaient se disputer. Il leva un regard vers elles en sortant une cigarette, comme pour se fondre dans le décor, qu'il alluma avec une allumette pour passer inaperçu. Billie ne fut pas très difficile à trouver, elle qui était déjà présente et l'Américain glissa naturellement une main dans ses reins en arrivant à côté d'elle pour rapprocher sa bouche de son oreille : « Je t'emmène ailleurs ».

Dans la seconde qui suivait et après avoir à peine effleuré sa joue de ses lèvres, ils avaient transplané, direction la côte ouest du pays, dans ces régions où les falaises étaient hautes et la mer déchaînée. Le temps était menaçant mais pas encore tout à fait pluvieux et en arrivant, Ronan lâcha la sorcière pour s'éloigner un peu d'elle et recracher sa gorgée de fumée dans l'air glacial irlandais. Il fit quelques pas en direction de la mer, comme avec une étrange envie de s'y noyer, l'explosion des couleurs ternes, celles du ciel et celles de l'eau, tâchaient sa rétine qui n'arrivait plus réellement à créer ce qu'il désirait. Sa déprime était puissante et violente et qui sait, peut-être qu'elle pourrait l'aider. « Je n'étais jamais venu en Irlande » fit-il d'une voix traînante, « ça me semble plus fade que ce qu'on en dit ». Etrange moyen de faire la discussion mais la question des couleurs semblait toujours prégnante dans l'esprit du peintre. C'était fade ce qu'il voyait là. Ou alors, c'était sa rétine terne qui gâchait tout cela.


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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyDim 28 Mar - 4:04

Le vent d’Irlande courait dans ses cheveux, et Billie regardait la vie des docks de la façon la plus détachée qui soit. Tout ça n’avait pas tellement d’importance au fond, elle ne faisait qu’attendre. Curieux lieu de rendez-vous s’il en était, mais au moins ici, les secrets avaient étrangement moins lieu d’être. Voilà déjà plus d’une quinzaine de jours que la business woman avait quitté sa capitale pour une autre, son patron lui ayant confié la lourde tâche d’aller séduire par son verbe et sa ténacité quelques investisseurs irlandais un peu récalcitrants. Et effectivement, ici, ça n’était pas Londres, et le charme de Billie avait beau opérer, il en fallait du temps pour faire signer ces farouches hommes au tempérament aussi hostile que leur terre. La jeune femme de caractère aimait cet endroit qui avait vu grandir une partie de sa famille, et en avait profité pour rendre visite à quelques cousins au passage, appréciant au final la distance imposée avec son époux qui, c’était triste à dire, ne lui manquait pas tant que ça. Bien sûr, il venait de temps à autre, privilège de sorcier alors qu’elle en était réduite à subir les rencontres plus qu’à les provoquer. Le dépaysement avait déclenché un léger regain d’intérêt d’Aidan à son égard, du moins le premier soir mais hélas, le mal était déjà trop fait pour que cela suffise au tempérament passionné de Billie. Ronan lui manquait, c’était un fait, et elle ne pouvait plus rien faire pour lutter contre cette terrible sensation.

Cette fois, la moldue n’avait pas commis la même erreur que lors de leur précédente séparation, et avait prévenu l’artiste impétueux de son absence. C’en était suivi quelques échanges plutôt enflammés, avant un silence certain de la part de l’artiste qu’elle avait d’abord pris pour elle, avant que les nouvelles d’Angleterre ne lui parviennent. Le monde de Ronan lui était bien étranger mais pourtant, la jeune femme fréquentait assez de gens à l’ego considérable, à commencer par elle, pour comprendre rapidement ce qui se jouait. L’événement à la galerie avait laissé une marque dans l’esprit de l’insondable peintre, qui semblait avoir un peu perdu de sa fougue lors de leurs derniers échanges. Cela la travaillait, bien sûr, même si elle ne l’admettait pas réellement. Retourner à Londres pour le voir était envisageable, mais elle se l’interdit pour éviter que tout ça ne devienne trop personnel, trop dangereux. Elle n’y était pas retournée pour son mari, alors pour son amant, cela aurait impliqué des choses que son coeur n’était pas prêt à affronter.

Elle n’avait toutefois pas pu s’empêcher de l’inviter à la rejoindre, évoquant à demi-mots la peine qu'elle devinait chez lui sans insister car par parchemin interposé, voilà qui lui semblait un peu déplacé. Le rendez-vous fut pris et ainsi, en ce début d’après-midi, après un copieux déjeuner auprès d’un investisseur qui aurait beaucoup aimé avoir les mêmes privilèges qu’elle accordait à Ronan, Billie attendait dans le froid de Dublin, une cigarette bloquée entre ses lèvres alors que quelques marins laissaient leur regard traîner sur elle sans qu’elle ne se sente menacée. Il fallait dire que même ici, la jeune femme ne s’était pas départie de ses sempiternels talons, et sa tenue contrastait amplement avec le lieu. Pas spécialement pour Ronan, mais un peu tout de même. Et lorsqu’elle sentit ses mains frôler ses reins, qui lui donnèrent l’impression de brûler tout à coup comme sous l’effet d’un tison, un sourire ourla ses lèvres tandis que l’instant d’après, dans un souffle, ils n’étaient déjà plus là.

Peu importait le décor dans lequel ils atterrirent, peu importait la légère nausée que lui provoquait toujours ce terrible mode de transport magique, Billie eut envie de sceller les retrouvailles avec son amant comme il se devait mais déjà, le voilà qui s’éloignait. L’anglaise remarqua vite que ce paysage nostalgique semblait coller à la perfection à l’humeur de son amant. En revanche, cela allait bien moins à sa tenue. Lui laissant cet espace qu’elle savait nécessaire, Billie l’observa en pleine observation justement, ôtant ses chaussures avec élégance qu’elle prit dans sa main gauche avant de s’avancer un peu vers lui, comme s’il était un animal sauvage - c’était le cas, mais elle n’en savait rien. Sans ses talons, Billie avait perdu 10 bons centimètres, et à part à l’horizontale, il ne l’avait jamais vue sans. Mais voilà, l’instant était intime, bien plus que ce qu’il n’aurait fallu, et elle s’en moquait. L’humeur du peintre était ténébreuse, terrible, et jamais de sa vie elle ne l’avait vu si vulnérable. Et ça la peinait. « N’insulte pas la terre des irlandais, ils pourraient nous entendre… » plaisanta-t-elle à moitié en se posant à côté de lui, les vagues en contre-bas emportant son regard au loin. « Tout te semble fade en ce moment, pas vrai ? » Autant entrer dans le vif du sujet. Du haut de son mètre soixante, elle dut lever la tête pour observer son expression tourmentée, et de sa main libre, tourna son visage vers elle en attrapant son menton rendu rugueux par un rasage moins soigneux que d’habitude lui semblait-il. « Même moi ? » osa-t-elle demander en plantant son regard dans le sien, à la recherche d’une réponse que de toute façon, il prononcerait bien trop vite, sans une once de pitié à l’égard de ses sentiments. Elle savait. Elle avait l’habitude. Peut-être aurait-elle du lui dire ce qu’elle ressentait à ce moment-là, mais il lui semblait que le moment était mal choisi. Le moment serait toujours, au fond, mal choisi.
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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptySam 3 Avr - 14:57

Ronan avait l'impétuosité des animaux sauvages, Billie elle-même le lui avait déjà dit. Cela rendait sans aucun doute son caractère d'autant plus insupportable, car quoi de pire qu'un ego surdimensionné couplé à l'impétuosité d'un homme qui ne se prend pas pour n'importe qui ? Peu de gens pouvaient encaisser le mélange explosif de ses gènes et pourtant, son amante y arrivait très bien. Oh, ils se disputaient, c'était même facilement houleux entre eux mais leurs retrouvailles étaient dès lors d'autant plus intenses. Etait-ce bien sain, rien n'était moins sûr, mais quoiqu'il en soit il avait eu besoin, au plus profond de lui, de la retrouver aujourd'hui. Il aurait pu traverser bien plus que la mer d'Irlande pour arracher à leurs emplois du temps un moment en sa compagnie. Il lui semblait en effet qu'elle était la seule à pouvoir effacer d'un revers de main la ténébreuse humeur qui était la sienne depuis janvier. Ronan avait besoin de sentir sa présence, d'entendre ses mots, aussi durs puissent-ils être. Billie savait ne pas passer par quatre chemins et lui faire entendre ce qu'il avait besoin d'entendre. C'était à la fois douloureux et nécessaire, lui-même le ressentait ainsi. Pourtant, la première chose qu'il fit lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit qu'il avait choisi, ce fut de s'éloigner d'elle, de ne plus sentir son corps ni sa présence contre lui. Au contraire, le peintre s'avança vers le bord de la falaise, comme avec une fougueuse envie de se jeter dans le vide. L'idée lui traversa l'esprit et c'est la voix de la sorcière qui lui fit oublier cette dangereuse et troublante idée.

L'américain n'était pas suicidaire pour trois sous - quoiqu'il fallait peut-être l'être un peu pour venir en Angleterre dans le but de participer à la guerre - mais voilà, il était un impulsif de nature et soumit aux tourments violents de son propre désespoir, toutes les plus stupides idées s'imposaient en lui. Ce n'était heureusement pas une pulsion, mais une simple idée, ce qui changeait beaucoup de choses. « Crois-tu qu'ils pourraient me hanter davantage ? » demanda-t-il simplement. Les irlandais pourraient venir le hanter pour ses paroles, il était pourtant certain que ce serait mieux que ce qu'il ressentait là. Qu'un de ses aïeux l'insulte dans une langue qu'il ne comprendrait pas serait plus facile à vivre que l'étrange sentiment qui lui vrillait le cœur et qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. Ronan était un homme de réactions, pourtant, il n'avait jamais assisté à la destruction d'une de ses toiles. Si toile il avait détruit, c'était parce qu'il l'avait voulu, lui qui s'assurait toujours que ses œuvres finissent entre des mains connaisseuses, quitte à en vendre peu. Un imbécile avait pourtant piétiné son talent, et ça le rendait malade. Billie lui fit une légère bravade en tournant son visage vers elle pour qu'il croise ses yeux bleus qui habituellement, l'inspiraient tant. La couleur intense qu'il y trouvait avait ce quelque chose de réconfortant qu'il ne s'expliquait pas, peut-être était-ce parce qu'il n'avait d'elle que de bons souvenirs, ou presque. Pourtant, et malgré toute la rage qui transparaissait dans ses humeurs, la petite phrase de son amante le peina. Et il leva une main pour attraper la sienne qui lui tenait le menton pour la caresser avec une douceur dont il ne se savait presque pas capable - en tout cas, dans cet état. « S'il y a bien quelqu'un qui n'est pas fade, c'est bien toi » répondit-il parfaitement honnête avec elle. Billie rayonnait plus qu'elle ne se l'imaginait. Sans être sa muse, l'anglaise avait toujours eu ce quelque chose de curieux et particulier qu'il appréciait tant. Et elle pouvait bien être surprise de sa propre délicatesse, mais il n'était pas d'humeur à se battre avec elle. En fait, Ronan avait simplement envie de retrouver ce qui faisait qu'il était un génie. Peut-être que cela passait par une discussion avec elle, par quelques pas sur la terre de ses ancêtres, par une dispute qu'il mériterait d'une certaine façon, il n'en savait rien. « Qu'il est dur pour moi de trouver la beauté quelque part alors que tout me semble ennuyeux et insignifiant » continua-t-il d'une voix traînante, « je n'arrive plus à rien et ça ne m'est pas arrivé une seule fois avant cette année ». L'aveu était difficile pour lui mais nécessaire. Il n'arrivait pas à retrouver ce qu'il avait mis dans cette toile déchirée. Elle n'existait plus, son talent avait été emporté par la destruction de son œuvre et il le vivait mal. Ce n'était pas tant qu'il n'arrivait plus à produire mais il n'arrivait plus à reproduire. Reproduire ce qui manquait à sa vie était dangereux autant que terrible. C'était l'aveu d'une impossibilité pour lui d'avancer et de continuer à faire de sa passion son métier.

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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyVen 9 Avr - 13:49

La mélancolie et le spleen étaient des sentiments bien familiers pour Billie, qui affrontait régulièrement une forme de déprime contre laquelle elle avait appris, avec le temps, à ne plus lutter. C’était une part de son caractère qu’elle cachait aux autres, affichant cette façade de femme forte et déterminée que rien, jamais, ne pouvait arrêter. Mais voilà, l’humeur de la britannique n’était pas égale, jamais, et la dureté dont elle faisait preuve avait parfois quelques impacts sur ce qu’elle ressentait au fond d’elle. Toutefois, son pragmatisme l’empêchait de voir ça sous un prisme romantique, dans le sens déprimant que lui attribuaient les artistes. Et c’était un vocabulaire dans lequel semblait se complaire son amant, était-ce bien étonnant quand on connaissait le personnage ? Ronan aimait en faire des tonnes, que ce soit parfois dans ses peintures que Billie trouvaient trop chargées ou dans ses mots qui venaient souvent heurter la sensibilité de son amante. Ronan était un être de démesure, aussi n’était-ce pas bien surprenant que son épisode de déprime soit associé dans son esprit à une forme de deuil surnaturel. La seule chose qui le hantait pourtant à cet instant, c’était bien ses propres pensées que la jeune femme avait bien du mal à percer à jour, elle qui n’aurait jamais parlé de fantômes imaginaires pour incarner son mal-être. Mais s’il y avait bien une chose que Billie savait faire, c’était s’adapter aux autres. C’était ce qui la rendait si efficace dans son travail, ce qui faisait d’elle la commerciale implacable qu’elle était, et une oreille plutôt attentive si tant est qu’elle daigne accorder son intérêt à quelqu’un. Et Ronan en était le centre, à cet instant comme peut-être trop souvent en ce moment.

Elle ne répondit rien à sa question rhétorique, préférant se rapprocher et amorcer un premier contact avec lui, s’accoutumant à cette nouvelle sensation de sa barbe fournie sous ses doigts. Il lui semblait qu’il était encore plus beau comme ça, et elle n’aurait pourtant pas cru la chose possible. Et si la question de la jeune femme pouvait sembler narcissique, Billie essayait aussi et surtout de le ramener un peu à elle plutôt que de le voir se perdre dans les méandres de ses sombres pensées. Et si elle appréhendait un revers immédiat et brutal, la moldue fut bien surprise de voir son amant si tendre dans ses gestes, mais plus encore dans ses mots. Elle savait la sincérité de ses propos, en fut touchée plus qu’elle n’aurait du, un doux sourire dessiné sur ses lèvres ourlées de bordeaux. C’était qu’en général, ils s’échangeaient quelques gentillesses sur l’oreiller, et Billie mettait ça sur le compte des hormones qui jouaient en faveur de la douceur. Mais cette fois, c’était différent, et ça n’arrangeait pas les choses, au contraire. Elle sentait bien qu’elle tenait de plus en plus à lui, et c’était un problème sur lequel elle n’avait plus aucun contrôle désormais.

Les états d’âme de Ronan étaient d’une clarté exemplaire. Le peintre ne remettait pas en cause le monde qui l’entourait, mais sentait bien que le problème venait de lui. Et ne pas savoir mettre doigt sur la solution d’un problème qui vous dévastait, Billie connaissait bien. Il n’y avait qu’à voir la façon désastreuse dont elle avait géré le rejet de son époux - un bien beau désastre qui s’appelait Ronan Malone. La jeune femme sentait bien que la conversation était sur la corde raide, et qu’un rien pourrait la faire basculer et déclencher soit la colère, soit le désespoir chez celui qui lui semblait, à cet instant, être bien plus que son amant. Pourtant, Billie ne pouvait rester silencieuse face à de tels propos. Mais avant de parler, elle déposa sur ses lèvres un baiser bien plus chastes que ceux qu'ils échangeaient d'habitude, un baiser sans doute trop intime. « Tu arrives à m’avoir moi, c’est déjà ça. » lança-t-elle dans un sourire, ramenant une nouvelle fois le sujet vers elle pour éviter qu’il ne s’égare. Mais les pensées de la moldue allaient bien plus loin que ça. « Peut-être que tu penses trop. Je connais tes obsessions, je sais leur pouvoir quand tu es inspiré mais… Dans un moment comme celui-là, mieux vaut peut-être s’en éloigner. » Tout à fait ironique quand on savait qu’elle y cédait elle-même lors de pareils rendez-vous. Mais il n’était pas question d’elle cette fois, n’est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyMar 13 Avr - 16:40

Les vents pouvaient bien heurter sa silhouette qui se découpait dans la falaise, Ronan n'avait pas envie de se laisser porter par le vent. Il avait l'impression que ses sentiments plus que le vent l'emportaient loin d'ici, dans ses pensées tourmentées par un mal-être qui n'avait aucun sens. En fait, il n'avait jamais perdu une toile, il n'avait jamais perdu un travail qu'il avait fait. Jamais rien qui ne soit sorti de ses doigts avait été détruit et pourtant... Pourtant, tel était le cas de ce qu'il avait peint. Et incapable de repeindre la même chose, il avait l'impression que quelque chose en lui avait été déchiré de la même façon qu'elle. Comment son génie ne pouvait pas lui faire peindre de nouveau ce qu'il avait perdu, pourquoi ne s'exprimait-il plus ? Cela n'avait pas de sens, pas de sens du tout. Qui plus est, comment le problème pouvait venir de lui, touché par la grâce du génie ? C'était à perdre le sens des choses et il n'aimait pas cela. Il n'aimait pas du tout d'être le problème, lui qui s'était toujours employé à prétendre que le monde en était un et qu'il était le seul à ne pas en avoir. Mais voilà, un jour fallait-il tomber de son piédestal et probablement que cela lui faisait du bien - lui monstre d'ego qui se croyait supérieur au monde. Pour une fois, il ne se mettait plus en compétition sur un podium, mais il voyait les choses sous un angle nouveau, angle qui peut-être un jour, l'inspirera autrement plus violemment. Mais pour l'heure, l'inspiration n'était pas là, la frustration était à son paroxysme et il n'y avait bien que Billie pour être une lueur d'espoir dans sa vie.
Ses paroles n'eurent pas besoin du vent pour se porter jusqu'à lui, parce qu'il se trouvait dans son baiser tous les mots les plus réconfortants du monde. Pourtant, il était simple ce baiser. Simple et chaste, tout ce qu'ils n'étaient pas en général. Mais comme quoi, même les plus tempétueuses relations savaient se complaire dans la simplicité la plus absolue, parfois. Ronan trouva un certain réconfort à planter ses yeux noisettes dans ses yeux lagons, sans doute parce qu'il y trouvait des teintes que le ciel d'Irlande rehaussait d'autant plus. Peut-être était-elle là, la beauté absolue de ce pays, capable d'esquisser les plus beaux traits sur tous les individus. « Donne moi des instructions pour m'en éloigner, alors » lui demanda-t-il en prenant sa main, « parce que tout seul, je n'y arrive pas ». Aveu d'échec pour un homme comme lui ? Il semblerait. « Mon talent est mon métier, je ne suis plus bon à rien si... » - si je suis incapable de m'inspirer de ce qui se trouve autour de moi.  « Je pense déjà à toi plus que de raison » avoua-t-il naturellement. Dans d'autres situations, il ne lui aurait jamais avoué la chose aussi brutalement, « et pourtant, ni ton joli visage ou la teinte profonde de tes yeux ne parvient à me réconforter davantage ». Ça le rongeait de savoir que son talent avait été déchiré par un idiot. Ça le rongeait, ça lui donnait envie de se taper la tête contre un mur. Mais peut-être après tout que Billie ne pouvait pas comprendre, peut-être qu'il n'y avait pas de solution miracle et qu'il devait juste attendre d'aller mieux. Attendre, attendre, en faisant quoi, au juste ? Ronan porta la main de la jeune femme à sa bouche pour lui offrir un baiser appuyé, un baiser pour lui quémander de l'aide. Il en avait, à ce moment-là, plus besoin que jamais.


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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyMer 14 Avr - 21:34

Qu’il était déroutant pour Billie de voir son amant avec un air si triste, que rien ne semblait pouvoir réjouir. La jeune femme se sentait démunie, comme incapable de pouvoir faire naître un sourire sur ce visage qui hantait parfois les nuits qu’elle passait pourtant avec un autre. La mélancolie, toutefois, le rendait d’une beauté qu’elle ne s’expliquait pas. Comme si la noirceur qui l’envahissait le faisait rayonner, ça n’avait aucun sens pour une femme si pragmatique qu’elle. Et pourtant, ses yeux ne parvenaient à se détacher de son visage magnifique alors que pourtant, le paysage l’était tout autant. A cet instant plus que jamais, elle eut envie de tout plaquer, sa vie, son mari, ses obligations, et le laisser la transplaner où bon lui semblait, un endroit dont elle ne reviendrait jamais. C’était là la pensée la plus déraisonnable qui soit, une chimère impossible à atteindre et pourtant, s’il l’avait fait, là, elle n’aurait su lui opposer aucune résistance. Avait-elle seulement encore la force de faire ça, alors que chaque nuit passée seule à Dublin, elle avait désespéré de ne pouvoir sentir sa présence près d’elle ?

Mais cet après-midi là, Ronan avait besoin de plus qu’une amante, et le fait était que Billie était bien disposée à lui donner ce qu’il attendait. Mais elle craignait toutefois de ne pas en être capable. Des instructions, elle en donnait à longueur de journées, femme de poigne capable d’assoir des hommes de pouvoir sous son contrôle. Mais le pouvoir qu’elle exerçait sur le peintre était tout autre, et ne s’était pour l’instant jamais réellement fourvoyé sur le terrain du sentimentalisme. Billie se sentait glisser doucement, incapable de se retenir à quoi que ce soit alors qu’elle écoutait son déchirant aveu avant un autre, bien plus tendre mais tout aussi déchirant. Voilà qui mettait bien à mal les derniers voiles de résistance qu’elle essayait de lui opposer. Et alors qu’elle l’écoutait sans oser l’interrompre, elle ne fut que plus désarçonnée encore par la sensation de son baiser sur sa main qui aurait pu trembler devant pareille confession. « C’est que tout ça, ce ne sont que des apparences. » commença-t-elle, immédiatement alertée par le fait qu’elle s’engageait sur un territoire sauvage qu’elle s’interdisait depuis le départ. « Le corps, la chair, la matière… » continua-t-elle en laissant sa main glisser le long de sa paume avec lenteur. « Tout ça parfois ne suffit plus. » Non, définitivement, ça ne lui suffisait plus.

Dégageant de son autre main une mèche brune que le vent avait balayé sur sa tempe, la moldue suivit son geste du regard. « Ce n’est pas ton visage ou ce que je lis dans tes yeux qui me réconfortent, à vrai dire. » Ses billes océan vinrent retrouver les siennes, et peut-être que ce fut là l’erreur fatale. « C’est savoir que tu penses à moi bien trop souvent. Peut-être est-ce pour ça que tu es aussi souvent dans mes pensées, d’ailleurs. » N’était-ce pas insupportable que de savoir qu’ils étaient dans l’esprit de l’autre bien plus souvent que dans la même pièce ? « Regarde ce que tu as fait de moi… » dit-elle dans un rire léger, probablement plus vulnérable qu’elle ne l'avait jamais été en sa présence. « Tu as bien d’autres talents que celui qui te tourmente, mon amour… »

Seigneur.
Billie...
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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptySam 8 Mai - 23:59

La tempête s'emballait dans les yeux de Ronan malgré la douce vue de Billie qui pourrait représenter un agréable soleil. Il pensait que la voir apaiserait ses tourments mais il ne semblait en être rien, lui qui, impétueux comme jamais, était en proie au désespoir le plus absolu. C'était sans doute une tempête dans un verre d'eau, d'ailleurs, que d'en faire autant pour une toile sur des centaines qu'il avait peinte. Après tout, qu'était-ce une œuvre alors que toute sa vie en était une ? C'étaient là des questionnements qu'il avait déjà eu, dans ces nuits sans sommeil où il avait avalé un paquet entier de cigarettes, ombre de lui-même. Ronan entendit ses paroles amplifiées par le vent, il sentit la caresse de sa main sur la sienne. Ses paroles étaient censées, elles l'étaient tellement qu'il était d'accord avec elle. C'était vrai. Des apparences. Les toiles aussi n'étaient que des objets d'apparences, même si la symbolique qu'il laissait transparaître dans ses coups de pinceaux valait tout l'or du monde. Mais oui, ce n'étaient que des apparences. Si elle parlait sans doute d'elle, sans doute d'eux, l'esprit du Peintre allait plus loin dans le raisonnement. Apparences, apparences, apparences. Finalement, toutes celles qui avaient suivi étaient des apparences différentes de ce qu'il avait fait au départ. Symbolique à peu près similaire, n'était-ce pas suffisant ? N'avait-il pas, au fond, produit quelque chose de mieux par sa différence ? Les paroles de la jeune femme faisaient leur bonhomme de chemin.
Billie le ramena à elle avec un geste tendre et Ronan se laissa simplement porter par son geste, croisa son regard et se noya dedans. Il n'opposa aucune résistance, porté par ses yeux qu'il avait trouvé si beaux dès le premier jour. Et la douceur de ses mots était telle qu'il en oubliait le reste, où ils étaient. Ne subsistait dans son esprit que Billie, ses douces paroles. Il ne tiqua pas quand elle lui attribua un surnom affectueux. Au contraire, au contraire. Il se passait quelque chose d'étrange, leur relation prenait des chemins tout à fait inconnus. Ronan avait déjà eu de l'affection, beaucoup, pour des femmes qu'il avait fréquenté. Mais Billie semblait exploser tous les records et ce n'était pas dû aux hormones. Ronan n'avait pas du tout la tête dans des idées peu catholiques, il n'avait même pas forcément la tête à l'amour, d'ailleurs. Mais là, oh, elle venait de le saisir avec ses mots, de l'entraîner dans un tourbillon où elle n'était que la seule réalité.

Malone avait toujours été un passionné de nature, c'était ainsi, peut-être était-ce pour cela qu'il était un Artiste. Mais Billie allait au delà de ce que lui-même était capable de ressentir, lui l'animal instinctif, impétueux, insupportable. Il leva sa main pour faire glisser le dos de son index contre sa joue : « Si c'est à ton service que je les mets, alors... » murmura-t-il sans savoir si elle l'avait entendu. Il avait l'impression que c'était le cas et Ronan ajouta : « Merci Billie ». Oh fallait-il qu'il le pense pour qu'il remercie quelqu'un. Fallait-il qu'il sente un changement poindre en lui pour oser lui dire cela. « Peut-être fais-tu aussi des miracles sur moi ».

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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyDim 9 Mai - 3:45

Mon amour…

Billie n’avait jamais été une grande romantique. Des histoires d’amour, elle n’en avait pas connu. Non, elle n’en avait connu qu’une, et une seule, intense et douce. Aidan était un grand sentimental, aimait fêter les anniversaires marquants, la surprendre avec des petites attentions - sauf celle dont elle manquait tant en ce moment. L’amour, elle s’y était habituée, en quelque sorte, le prenant pour acquis et peut-être était-ce aussi là le problème. Car son mari n’était sans doute pas le seul fautif dans tout ça, mais le voile des illusions était trop opaque pour qu’elle le réalise. Alors, elle était partie chercher la passion ailleurs, pensant avec une naïveté profonde qu’elle pouvait avoir les deux, séparés, sans que ça n’ait d’autre impact que la faire se sentir un peu coupable. Mais l’amour ne marchait pas comme ça, et n’appréciait pas qu’on essaye de lui résister.

Mon amour…

Il y avait trop dans cette phrase. Un débordement de choses que Billie essayait de cacher depuis trop longtemps peut-être. De la possessivité, déjà, là où elle n’avait absolument pas le droit de réclamer ça. Une affection profonde, réelle, dévastatrice. Un aveu qu’elle refusait d’admettre jusqu’alors. Qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ? Elle eut envie de remonter le temps, de faire comme si mais trop tard, trop tard. Le monde ne fonctionnait pas comme ça, et même leur stupide magie ne pouvait rien contre les mots qu’on n’avait su retenir. La moldue se sentait si vulnérable, plus qu’elle ne l'avait jamais été car avec Aidan, jamais elle n’avait ressenti ça. C’était lui qui l’avait courtisée, il lui avait même couru après un temps alors qu’elle se plaisait à le faire languir pour mettre à l’épreuve sa patience. Lui qui lui avait dit qu’il l’aimait le premier. Alors là, oui, Billie se sentait comme nue, mais rien à voir avec les moments où ils froissaient les draps. Rien, non. Son coeur lui sembla comme éclaté en une myriade de petits morceaux dans sa poitrine douloureuse, et l’herbe fraîche sous ses pieds la glaçait, tandis que la sensation remontait le long de ses jambes.

Mais c’était un fait.
Billie aimait Ronan.

Et désormais, elle appréhendait sa réponse, connaissant l’imprévisibilité de l’animal. Mais étonnamment, son état mélancolique sembla l’avoir adouci, et alors que l’anglaise avait fermé les yeux sous le coup du choc qu’elle s’était elle-même asséné, elle sentit son doigt frôler sa joue avec tendresse. Une tendresse qui n’était pas habituelle, pas pour eux non. Parfois un peu, après leurs incartades, mais pas comme ça. Sa voix aux accents d’Amérique lui parvint, comme émanant du vent tant elle était faible et douce à la fois. Ronan ne lui rendit pas ce qu’elle avait dit, tant mieux d’ailleurs car que se serait-il passé ? Tant mieux oui, et pourtant, ses mots avaient un sens qu’elle crut déceler. Ou était-ce ses illusions ridicules qui lui donnaient cette impression ? À son service, vraiment ? Parfois, Billie se demandait avec qui il passait ses nuits, se doutant bien qu’elle n’était pas la seule. Et ça lui faisait mal rien que d’y penser. Mais elle n’avait pas le droit, pas le droit de ressentir les affres du monstre vert de la jalousie alors que lui-même devait s’accommoder de l’alliance à sa main, bien qu’elle l’enlevait à chaque fois. Billie rouvrit les yeux à l’instant même où il la remerciait, et ce simple mot la chamboula plus encore que le reste. Ronan Malone, reconnaissant ? C’était peut-être la plus belle preuve qui soit qu’il ressentait la même chose qu’elle. Un frisson la parcourut, autant de froid que du reste et troublée, elle détourna son regard azur vers l’horizon juste à côté. Peut-être avait-il besoin d’elle, là, peut-être oui mais les miracles dont il parlait lui prenaient trop d’énergie, peut-être. Billie était dévastée mais ça, elle n’était pas prête à l’avouer. « C’est beau, un miracle. » Ses yeux se perdaient au milieu des vagues qui semblaient refléter la mélancolie qui enserrait son coeur. Comme si celle de Ronan était contagieuse. L’amour, pourtant, devait vous rendre heureux, léger, euphorique. Mais cette fois, c’était pour elle un poids qu’elle peinait à supporter. Aimer deux personnes, mon dieu, mais comment allait-elle réussir à supporter ça ? « Mais c’est aussi cruellement éphémère. » Etait-elle en train de mettre à mal les effets des beaux mots qu’elle venait de prononcer, et qui lui avait valu un merci ? Le fait était que oui, Billie lui faisait peut-être du bien, mais une fois toutes les deux semaines. Ça ne suffisait pas. Ça ne lui suffisait plus. « Souvent, j’aimerais que tu ne me manques pas. » continua-t-elle, toujours incapable de le regarder. « C’est bon parfois. Quand ça s’arrête, quand on se retrouve, quand on essaye de rattraper mais… le reste du temps… » Sa phrase mourut dans une brise. Une phrase dont elle-même ignorait la fin.
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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyMer 19 Mai - 4:06

Est-ce que Ronan avait prévu l'ampleur du chamboulement que Billie Reed allait provoquer dans sa petite vie cadencée d'Artiste américain exilé à Londres ? Certainement pas. Oh que non, il n'avait pas prévu tout cela. Ce qui s'était conclu dans le bureau de la jeune femme n'avait été que la première incartade du reste de leur relation. Mais voilà, dès le début, une attraction presque surnaturelle semblait le lier à elle. Il avait longtemps songé à la chose avant finalement de juger que c'était son côté purement animal qui parlait. Parce qu'admettre qu'il avait des sentiments amoureux pour elle serait un aveu autrement plus dangereux. Elle était mariée, il avait sa fierté. Être l'amant de passage d'une femme mariée était bon pour l'ego, être l'amant qui aime et est aimé n'a pas du tout la même portée et surtout, cela entachait sa fierté. Car il serait nécessairement mis de côté par celui qui, le premier, avait passé une alliance autour de son doigt. Malone donc, niait avec force des sentiments qui se faisaient pourtant de plus en plus clairs chaque jours. Et leur discussion apaisée après les tourments qu'il avait vécu, son aveu de faiblesse d'ailleurs, traduisaient tous les deux très bien son état d'esprit profond.

La voix de Billie le ramena une nouvelle fois sur l'Île d'Emeraude, lui qui semblait avoir la conscience volage comme un albatros. Tantôt le regard perdu sur les vagues qui fouettaient la falaise accidentée, tantôt ce dernier plongé dans celui qui reflétait mieux qu'aucun autre la couleur de la mer. Le chamboulement de ce moment le rendait versatile. Elle ne le regardait plus, essayait-elle d'éviter son regard ? Ils se déchiraient souvent, Billie et Ronan, mais au moins arrivaient-ils toujours à se retrouver d'une façon ou d'une autre, plus ou moins brutale, il est vrai. Les deux premières phrases de la sorcière auraient pu déclencher l'éruption d'un volcan dans l'esprit de l'Américain mais il était probablement trop bouleversé par ce qui se jouait en lui, et plus particulièrement dans son ventre, pour s'emporter contre elle. Miracle, miracle, n'en était-ce pas un ? Et il eut raison de ne pas exploser, car la suite de ses paroles ne venait que confirmer ce que lui-même ressentait déjà. Mais le reste du temps... « Je ne suis que ton amant » répondit-il sans se l'expliquer. Il s'en voulu d'un constat pareil car c'était cruel mais pourtant la vérité. « Je ne suis que ton amant et je ressens pourtant la même chose » avoua-t-il du bout des lèvres. Ronan se sépara brusquement d'elle, car c'était tout de même se mettre à nu que de dire cela. Il lui tourna le dos pour s'approcher de la falaise, avec l'envie irrépressible de sauter dans le vide. Il aurait aimé que son esprit soit vide, esprit habité par Billie avec en toile de fond celle déchirée par l'abruti en janvier. « Ne se fait-on pas plus de mal que de bien ? » demanda-t-il finalement après un silence qui n'avait été entrecoupé que par la force du vent qui semblait vouloir l'entraîner dans la mer, « est-ce que tout cela n'est pas vain ? ». La question valait la peine d'être posée. Billie mariée, ils n'avaient aucun autre avenir que de se voir entre deux cafés, un soir où elle s'ennuyait et où il n'était pas accaparé par les occupations illustres qui faisaient de lui un homme célèbre.


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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptyMar 25 Mai - 13:54

Il n’était que son amant, oui. C’était peut-être la première fois que l’un d’eux posait d’ailleurs un mot sur ce qu’ils étaient, eux qui pensaient sûrement ne pas avoir à s’encombrer d’étiquette, et pourtant… Pourtant, oui, il n’était que son amant, et la nuance lui brisa autant le coeur qu’il le lui réchauffa. Ronan n’exprimait-il pas là toute sa frustration de n’être que le second, lui qui pourtant occupait la majorité de ses pensées ? Lui qui pourtant, lui avait donné l’impression de revivre un peu, alors qu’elle se sentait étrangement peu désirable au sein de son couple alors que bien des hommes dont elle croisait la route semblaient vouloir la mettre dans son lit ? Elle avait toujours refusé, pourquoi cette fois avait-ce été différent ? Pourquoi diable Ronan avait-il cet effet sur elle, contre lequel elle n’arrivait pas à lutter ? Elle avait essayé pourtant, un peu. Et c’était peut-être la plus grande défaite de sa vie, mais aussi la plus délicieuse, ironiquement.

La suite, pourtant, Billie ne l’attendait pas. Elle-même s’était engagée sur le territoire des sentiments, et Ronan l’avait esquivé avec la souplesse d’un félin agile… pour mieux y revenir ensuite, peut-être au pire moment qui soit. Tout était si compliqué, si compliqué que Billie n’arrivait pas à savoir ce qu’il entendait par là. Était-ce ce sentiment de trop peu, ce besoin juste de l’avoir plus, de la posséder encore pour la soustraire à son mari, dans une espèce de fierté mâle qu’elle ne comprenait pas ou bien… Ou bien... Si Ronan partageait ses sentiments, alors c’était une bien mauvaise nouvelle. Billie encore pouvait gérer avec ses propres tourments, comme elle l’avait toujours fait, toute sa vie, c’était ainsi. Mais gérer ceux d’un autre qui faisaient écho aux siens, c’était une toute autre affaire. Jusqu’à présent, leur fierté mutuelle les avait empêché le moindre aveu qui aurait pu conduire à une folie, ou une demande déraisonnable, mais qu’en était-il maintenant qu’ils avaient franchi cette mince barrière de la décence, de la pudeur presque - oui, mot étrange quand on parlait de ces deux-là ?

Aussi Billie laissa-t-elle son amant s’éloigner d’elle, car elle aurait été bien incapable de le retenir à cet instant par des mots qui ne venaient pas. Alors quoi ? Y’avait-il seulement une issue à cette putain - oui putain ! - de situation ? Fallait-il tout arrêter avant qu’il ne soit réellement trop tard ? Mais elle avait essayé, pas vrai, et était revenue comme attirée par une force invisible. Alors quoi ? Son regard perdu dans les vagues, elle apercevait sa silhouette sombre se découper sur l’horizon dans son champ de vision, craignit même que son imprévisibilité ne le pousse à trop se rapprocher du bord. Mais fallait-il connaître Ronan pour savoir que son égocentrisme et son amour de lui l’empêcherait de commettre pareille bêtise. Et alors, sa voix profonde aux accents d’outre atlantique vint poser les questions qui fâchaient. Les questions auxquelles ni l’un ni l’autre ne savaient répondre, c’était évident. Lasse tout à coup, Billie faillit tourner les talons, regretta une fois de plus de ne pas savoir transplaner et d’être condamnée à subir la destination des autres. Mais soit, elle n’allait tout de même pas se dégonfler. Pas maintenant, alors qu’il était évident qu’il avait besoin d’elle - et l’inverse était tristement aussi vrai. « Je ne crois pas que nous aurons une happy end, Ronan. » dit-elle d’un ton presque passif, comme si elle était spectatrice de sa propre vie. Ses pieds frôlèrent finalement l’herbe froide pour le rejoindre, et l’étreindre de dos pour préserver la volonté de chacun de ne pas laisser apercevoir à l’autre les émotions qui débordaient. Elle noua ses mains avec tendresse sur son ventre, posant sa joue entre ses omoplates. « Alors si les deux ne vont pas ensemble, ne pensons pas à la fin, justement. » Inéluctable, ils le savaient tous les deux, mais à quoi bon la craindre ? « Au moins tu l’as dit, nous nous faisons un peu de bien. » Son sourire perçait un peu dans ses mots, un sourire qu’il ne pouvait pas voir et qu’elle fit disparaître contre le tissu de sa veste. Fallait-il être Ronan Malone pour la rendre versatile comme ça. Mais elle ne voulait pas le perdre. Ne pouvait pas le perdre.

Pas encore.
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MessageSujet: Re: Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE Les vents violents de la Wild Atlantic Way | BILLIE EmptySam 29 Mai - 21:41

Il aurait été difficile à imaginer que la conversation puisse être plus tragique. Ronan avait désiré voir Billie par soucis d'apaiser son propre cœur, parce qu'elle lui manquait mais également et surtout parce qu'il avait besoin de soutien. Pourtant, il semblait que si son organe vital était allégé désormais du lourd poids qui était celui de son regret lié à son œuvre, un autre type de regret s'invitait insidieusement dans son cœur. Car maintenant qu'il s'agissait de penser, de réfléchir calmement à tout le sens de sa relation avec la trentenaire, le peintre ne désirait plus que fuir. Ronan n'aimait pas vraiment faire face à ses responsabilités. Il était un homme au contraire, qui se laissait porter par le vent des idées et de la vie. Claquer une porte pour ne plus jamais revenir, partir du pays même sans le dire à personne oui, il en était tout à fait capable. Pourtant, il n'avait pas envie de partir, il avait envie de rester avec elle. Mais comment ? Lui qui n'était que son amant, comme il le lui avait dit. Un amant, un second, rien de plus et de quoi ébranler toute sa nature sauvage, son insupportable sentiment dominateur. Il avait besoin de s'éloigner, même de quelques pas, comme si la seule présence de son amante l'empêchait de se faire fouetter par les vents de la mer. La voix de la jeune femme claqua l'air comme si elle était en talons sur un sol de pierre. Un frisson dévala la colonne de l'homme qui, par pur excès d'orgueil, conclu simplement que c'était en raison du froid.

Pas de happy end...

En avait-il seulement, à un moment, espéré une ? Avait-il sérieusement réussi à se projeter là-dedans, lui qui semblait empêtré dans ses propres sentiments ? Ronan subissait la situation, tout autant qu'elle, d'ailleurs. Ils la subissaient par la force des choses, le destin, ou les deux. Il sentit sa présence tout contre lui alors qu'elle l'enserrait, avec une forme de pudeur qu'ils n'avaient généralement pas l'un envers l'autre. Ronan avait envie de lui attraper la main pour la transplaner ailleurs, laisser libre court à ce qui faisait que leur relation était si intense et passionnelle. Mais non. D'un silence de plomb, il posa juste sa main d'artiste sur une des siennes. Un temps s'écoula pendant lequel il n'eut pas à coeur de briser le silence : « Es-tu prise, ce soir ? ». La simple question venait de percer l'air alors qu'il tournait légèrement la tête, comme pour essayer de la regarder en coin. « J'ai l'impression que cela fait des siècles que l'on a pas partagé une soirée ensemble... ». Car le temps semblait filer, filer, sans qu'ils ne puissent revenir dessus. Et en bons amants qu'ils étaient, ils ne pouvaient pas se voir tout le temps, ni forcément toutes les semaines, même lorsqu'elle était à Londres et non pas à Dublin. L'Américain eut envie de lui dire qu'il l'aimait mais ne s'en sentit pas le courage. Un amant ne ressentait pas d'amour pour sa maîtresse. Un amant ressentait de l'envie, éventuellement de la tendresse. Mais si le ravageur sentiment amoureux venait à se mettre au milieu du chemin, il risquait de faire tomber toutes les barrières et toutes les relations qu'ils avaient. Et la leur avec.

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