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De larmes et de sang | DEXTER

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Cecil Walsh

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MessageSujet: De larmes et de sang | DEXTER De larmes et de sang | DEXTER  EmptyMer 1 Sep 2021 - 21:17

fin août 1979


Cecil émergea d'un coton noir sans guère comprendre ce qui s'était passé. Ses yeux verts s'étaient pourtant ouverts avec brutalité et il avait fixé bêtement le plafond qu'il avait au dessus du nez. Incapable de réellement bouger, comme s'il reprenait conscience qu'il avait des membres, comme s'il réalisait que tout cela était connecté par un réseau merveilleux de nerfs et de veines, le jeune homme essayait de bouger délicatement ses doigts. Puis ses pieds. Son souffle se faisait un peu plus assuré bien que toujours difficile, il avait épouvantablement mal au thorax sans que ses souvenirs ne parviennent à se replacer. C'était le cas jusqu'au moment où il réalisa où il était. L'odeur caractéristique du dictame de l'hôpital Sainte-Mangouste lui grimpa aussi brutalement aux narines que si ça avait été une odeur de bouse de dragon. Ses yeux attrapaient dans le coin de sa vision des ombres qu'il ne voyait pas quand il tournait la tête et il comprit bien vite que c'était parce qu'il avait un bandage sur le visage. Il leva la main un peu trop violemment et se mit le doigt dans l’œil, grimaça parce que ça faisait mal, avant de toucher doucement le bandage médical. Ça lui faisait mal. Pourquoi ça lui faisait mal ? Un espèce de gémissement sortit de ses lèvres et il tourna la tête vers le côté gauche de la chambre, là où il y avait une fenêtre. Un autre patient dormait dans le lit sans que le regard de Cecil n'accroche son visage ; ça lui paraissait inutile. Il n'était pas suffisamment en état pour penser de toute manière. Par flashs, les souvenirs revenaient peu à peu au britannique. Et ils n'étaient pas beaux à voir.

La souffrance qui irradie ses membres, il la ressentit comme si on lui jetait un doloris tout de suite. Et son estomac se contracta d'une faim qu'il ne ressentait qu'en souvenir et alors qu'il fermait les yeux pour échapper à tout cela, les diffindos, le dragon, tout ça lui explosa si violemment dans les yeux que des larmes coulèrent de ses paupières closes. Et une fois les vannes ouvertes, rien ne semblait pouvoir arrêter le jeune homme de pleurer. Ça lui faisait mal sur son visage sans qu'il ne se l'explique, sans doute qu'il avait été blessé et que cela n'avait pas totalement cicatrisé. Mais quoiqu'il en soit, cette douleur-là semblait si parfaitement minime que ce n'était pas ça qui provoquait ses larmes. C'était l'afflux des images dans ses yeux, de ce sang qu'il voyait comme s'il en avait lui-même sur le corps. Il renifla bruyamment et s'essuya les yeux en essayant de ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller son voisin de chambre. Voisin de chambre qui n'était nul autre que... « ... Dexter ? ». La petite voix misérable était sortie de la gorge du jeune homme comme un enfant pris en faute. Son dernier échange avec son aîné lui paraissait à la fois proche et lointain, mais il se rappelait encore de sa colère comme si c'était hier. Mais ce n'était pas ça qui l'inquiétait... Le teint pâle de son frère ne lui ressemblait pas, qu'il soit dans un lit d'hôpital, là, ça ne lui ressemblait pas. Et incapable de bouger pour se rapprocher de lui, Cecil essayait maladroitement de se relever avec les maigres forces qui restaient dans ses bras. Il retomba sur le lit alors que les larmes coulaient encore comme le flot ininterrompu d'une rivière. Qu'est-ce qui lui était arrivé, par Merlin, qu'est-ce qui lui était arrivé ?


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MessageSujet: Re: De larmes et de sang | DEXTER De larmes et de sang | DEXTER  EmptyVen 3 Sep 2021 - 13:43

Le brouillard ne se dissipait pas. Une chape grise et floue, vaporeuse qui encombrait son esprit et l’empêchait de retourner chez les vivants. Dexter ne rêvait jamais. Du moins n’en avait-il pas conscience. Dormir se résumait à s’éteindre subitement, et se réveiller plus ou moins reposé. Ses plages de sommeil étaient courtes, si courtes que lorsqu’il émergea finalement de celle-là, ses sens étaient en vrac. Le brouillard tenait finalement plus du coma que du sommeil, mais l’Auror n’en avait pas encore conscience. D’abord, une vague douleur dans le côté, l’impression d’être enfoncé dans un océan de coton. Son esprit vif ne parvenait à se reconnecter à quoi que ce soit, et la sensation le terrifiait. Sentir que sa réflexion était endormie, mais pas lui, voilà qui n’avait rien d’habituel. Sous ses doigts, des draps. Une odeur caractéristique et peu familière à la fois, un silence de cathédrale ou presque. Ses yeux ne s’ouvraient pas, comme si c’était au-dessus de ses forces.

Et puis soudain, un contact près de son flanc. Une main fraîche qui frôlait sa peau, une voix inconnue qui prononçait des mots qu’il ne comprit pas. Une chaleur irradia ses côtes et surpris, il eut envie de saisir l’inconnu qu’il sentait à côté de lui. Mais son corps ne lui obéissait pas. Dexter se sentait pris au piège, revenu à l’état primaire où les réflexes prenaient le pas sur la pensée, mais même ça, ça ne marchait pas. Plus rien ne semblait marcher, aucun souvenir d’avant, à peine une conscience de maintenant. Le noir sous ses paupières devint vite vaporeux et grisâtre alors qu’il sentait couler entre ses lèvres qu’on avait entrouvertes un liquide épais et poisse. Aucun son, plus rien. Le néant.

Les yeux d’acier de Dexter s’ouvrirent finalement, bravant la lumière trop vive. Pire qu’un Lumos braqué sur ses pupilles fatiguées. Au moins maintenant arrivait-il à y voir, vaguement, comme à travers une vitre embuée. Les draps bleutés sur son corps inanimé, ses mains qui bougeaient légèrement alors qu’il leur ordonnait de s’agripper à n’importe quoi. Les souvenirs revinrent, petit à petit. La prise d’otage. L‘immense bête et son cri déchirant. Cecil. Cecil ! Où était-il ? Il se souvenait son visage tâché de sang, la plaie qui barrait sa joue, son pouls faible sous ses doigts. Il se souvenait le sauvetage par son équipe, puis plus rien. Ses neurones se reconnectant, Dexter réalisa qu’il était probablement revenu à Sainte-Mangouste, dans un pire état qu’il ne l’avait quitté la première fois. Glissant sous le drap, sa main droite sentit le bandage sur son flanc, réveilla une douleur qui prenait naissance bien en-dessous de sa peau. Votre rate est peut-être touchée, lui avait dit la médicomage avant qu’il ne transplane. Ne transplanez pas ! Raté. Dexter n’était pas du genre à désobéir, mais il y avait des ordres qu’on ne pouvait respecter. Sauver les autres, sauver son frère, tout ça passait bien avant le reste. Les principes aussi avaient une hiérarchie.

Il fallait qu’il voit Cecil. Tournant la tête vers la porte, l’Auror se demanda comment interpeller un médecin pour lui faire cette requête. Ce ne fut que là que son regard accrocha le lit à côté de lui. Sous le bandage qui masquait son visage, Dexter reconnut son frère, réveillé, dans les vapes, en larmes. « Cec… » Le prénom ne sortit pas en entier, et il aurait pu en hurler de frustration s’il en avait eu la force. Mais parler déclenchait un feu dans son torse qui l’empêchait de respirer. Aucune importance. Tentant de se redresser, sa grimace parla pour lui et Dexter s’effondra finalement dans son lit après s’en être relevé d’à peine cinq centimètres. Cecil allait bien. Cecil était vivant. Lui homme si peu tactile, il eut l’envie furieuse de bondir de ce maudit lit pour aller serrer ce grand corps contre lui, mais il semblait cloué sur place. « Pardon… » parvint-il à prononcer finalement, la gorge si sèche qu’il avait l’impression de n’avoir pas bu depuis au moins un mois. Ses yeux s’embuaient un peu alors qu’il réalisait la chance qu’il avait de le revoir, la chance d’enfin pouvoir rattraper sa faute passée. « Je voulais… » Non, décidément, faire une phrase de plus de trois mots était au-dessus de ses forces. Il voulait pourtant lui dire à quel point il avait essayé de le sauver. Depuis le début, et pas juste lorsqu’un dragon avait ravagé l’endroit. Son corps semblant plus répondre que sa langue, l’Auror passa son index sur sa propre joue, comme pour demander une réponse à une question que sa bouche ne parvenait pas à formuler. Qu’est-ce qu’ils lui avaient fait ? Qu’est-ce qu’ils avaient osé faire à son frère ?
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MessageSujet: Re: De larmes et de sang | DEXTER De larmes et de sang | DEXTER  EmptyVen 10 Sep 2021 - 9:48

Les larmes ravageaient le visage de Cecil comme les diffindos successifs sur son propre torse. Le regard du jeune homme avait fini par se perdre ailleurs que sur le corps de son grand frère, assoupi dans ce lit d'hôpital. Les images revenaient comme une litanie qui ne s'interrompait jamais. C'était donc comme cela qu'il allait vivre, désormais ? Le jeune homme n'avait jamais rien lu des magasines psychologiques de bonne femme que l'on trouve dans toutes les gares qui se respectent. Un choc post-traumatique à la suite d'un attentat, ça ne lui parlait pas, alors même que les rangs du Seigneur des Ténèbres s'acharnaient sur les citoyens paisibles qu'ils étaient. Qu'il était. Cecil n'avait jamais fait de mal à personne et il suffisait de poser son regard sur son doux visage pendant quelques secondes à peine pour le savoir. Certains avaient l'air bons et étaient en réalité des tortionnaires, mais ce n'était pas son cas. Et sa douce sensibilité le rendait plus vulnérable encore au reste. Les bandages sur son visage ne semblaient pas avoir soigné totalement ses restes de coupure tant l'eau salée provenant de ses yeux lui piquait la peau. Garderait-il une cicatrice ?

Au fond, c'était le cadet de ses soucis.

Ses souvenirs se mélangeaient dans sa tête, se superposaient doloris et diffindos comme s'il avait vécu cela dans la même heure ou dans la même journée. Plusieurs jours d'écarts s'étaient pourtant déroulés, mais qu'est-ce que cela changeait de toute manière ? Il avait vécu tout cela et pire encore, il avait souffert tout cela. Cecil avait l'habitude des larmes mais celles-ci avaient un goût différent. Un goût autrement plus traumatique et terrible. Ça n'allait pas, ça n'allait pas du tout, et coincé dans ce lit avec son frère endormi à côté de lui, il avait l'impression qu'il ne pouvait faire aucun mouvement de peur de le réveiller. Une partie de lui aurait pourtant voulu qu'il s'éveille, et lui parle, et le prenne dans ses bras mais ce n'étaient que des choses qu'on lisait dans les romans à l'eau de rose qu'il affichait parfois sur l'étagère du fond de la boutique qui était la sienne. Sa boutique... Pour une fois, le jeune homme se fit la réflexion qu'il devait absolument la réouvrir - depuis combien de temps était-il là ? - qu'il devait absolument reprendre des habitudes comme avant. Comme s'il était enfin saisit d'une forme de responsabilité qu'il ne s'expliquait pas et qui semblait pourtant absente sous sa couche de larmes. La voix finalement très faible de Dexter ramena ses yeux bleus embués de larmes sur son visage souffrant. La gorge pleine de sanglots, Cecil fut incapable de lui répondre, de ne serait-ce que dire son nom. Son excuse se perdit dans les méandres des pensées de l'irlandais. Il ne l'entendit pas, à peine et ses yeux ne discernèrent finalement que très mal la demande silencieuse de son aîné. Conscient qu'il lui faudrait bien un jour parler, le jeune homme se racla la gorge : « J'ai cru que t'étais mort ». Le seul fait de prononcer cela lui coûtait, pas parce qu'il avait honte de l'admettre mais parce qu'il avait l'impression que des couteaux lui avaient été enfoncés dans la gorge. C'était débile qu'il l'ait cru mort alors qu'il était dans un lit d'hôpital et non pas à la morgue. Mais voilà, drogué par les potions, fatigué et souffrant, il avait sauté directement à la pire des conclusions. Le jeune homme sembla brutalement réaliser qu'il était bandé également sur le torse et un gémissement rauque et pathétique s'échappa de ses lèvres alors qu'il essayait de le regarder, son torse. Il n'osa pas toucher, la douleur sur son visage était assez lancinante comme cela. « Y'avait un... » - le formuler à voix haute lui paraissait d'autant plus absurde - « un... un dragon ? ». Qui diable avait bien pu avoir pareille idée ? Incapable de bouger, il laissa son bras pendre mollement sur le côté du lit alors que son regard déviait faiblement vers le plafond.


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MessageSujet: Re: De larmes et de sang | DEXTER De larmes et de sang | DEXTER  EmptyMar 14 Sep 2021 - 20:46

La douleur était une chose avec laquelle Dexter avait appris à vivre. Physique ou mentale, il encaissait sans broncher. C’était, selon lui, l’une des qualités principales lorsqu’on était Auror. Se plaindre ne servait à rien, se lamenter encore moins. L’action guidait sa vie, et se retrouver ainsi cloué dans un lit d’hôpital le frustrait au plus haut point. Cette fois, la douleur le paralysait, et c’était la sensation la plus désagréable qui soit. Être incapable de parler à son frère, le rassurer, lui dire même combien il regrettait leur dernière conversation, c’était une véritable frustration. Lorsque Cecil lui avoua avoir eu peur pour sa vie, il eut envie de lui répondre que la réciproque était vraie, si vraie. 1 mois et demi durant lesquels tous les jours, il avait vécu avec l’horrible sensation qu’il était peut-être désormais privé d’un frère, aussi pénible soit-il au quotidien, tout ça l’avait rongé plus qu’il n’aurait aimé l’avouer. Un collègue lui avait soumis l’idée d’aller parler à un psychomage, mais Dexter avait balayé la proposition d’un silence qui en disait long. Agir, c’était ça qui le libérerait. L’aiderait à avoir sa réponse. Pas discuter des heures de ses peurs. Pas leur donner plus de forces qu’elles n’en avaient déjà.

Les peurs de son frère étaient désormais plus que transparentes. Pauvre Cecil qui avait affronté l’horreur des semaines durant, avait dû faire face à la vision terrifiante d’un dragon venu les libérer, mais à quel prix ? Son frère n’avait pas répondu à sa demande silencieuse, et Dexter ignorait si son frère était désormais à jamais défiguré. Son visage de gamin, marqué pour toujours par cette épreuve là… Il trouverait une solution. Il trouvait toujours. Mais pour l’instant, il n’arrivait pas à trouver comment enchaîner plus de trois mots, et ça le rongeait. « Oui. Ca n’était pas… » Fin de phrase. Au programme ? Ca non. Jamais Dexter n’aurait cautionné un tel plan, il avait d’ailleurs bien insisté sur ce point quand on lui avait vaguement proposé. Une bête incontrôlable pour résoudre une situation sur laquelle ils n’avaient aucun contrôle ? Ridicule. Mais pour le peuple, seul comptait le résultat, et quel résultat ? Libérer, mais à quel prix ? Combien d’innocents morts pour en sauver d’autres ? La vie des gens n’était pas un sacrifice qu’on pouvait se permettre de la sorte.

Dexter en était à se battre contre lui-même pour parvenir à sortir une phrase cohérente quand la porte s’ouvrit doucement, dévoilant la même jeune femme qui s’était occupée rapidement de le rafistoler. « Ah, vous êtes réveillé ! » dit-elle avec une joie qui lui sembla déplacée pour la circonstance. L’un de ses collègues partit du côté de Cecil, et Dexter dut subir exactement ce à quoi il s’attendait : une leçon de morale. « Eh bien Mr Walsh, votre témérité a bien failli vous coûter votre rate ! » Il avait tellement envie de lui répondre, mais rien ne venait. La médicomage prit bien soin de l’examiner, bavardant plus qu’il n’aurait aimé, avant de se rendre compte qu’il n’arrivait pas à parler. « Dégageons un peu ses vilaines bronches ! » lâcha-t-elle d’un air guilleret en lui donnant à avaler le contenu d’une boisson au goût neutre. Qu’est-ce que les bronches venaient faire là-dedans. « Les bronches ? » demanda-t-il donc après avoir toussoté histoire de dérouiller un peu sa voix. « Elles n’ont pas bien supporté le trajet. Eh oui, quand le corps est dans un sale état, transplaner, ça n’est sans dégât ! » Merci, mais il savait tout ça. Et s’en moquait tout à fait sincèrement. « Je sors quand ? » lâcha-t-il sans sympathie aucune envers la médicomage trop enjouée à son goût. « Vos collègues aussi ont bien hâte de vous revoir. Mais avant, repos, repos, repos ! Vous n’allez quand même pas encore salir tout mon travail, hein ? » Il poussa un soupir qui tenait plus du grognement alors qu’elle riait comme si tout ça n’avait aucune importance. Il ne disait pas ça pour ses collègues, par Godric. « Mon frère… » Elle eut un sourire qui se voulait peut-être réconfortant, mais qui ne l’était pas tant. « Sur pied demain, comme vous ! » Ça n’était pas la question, il n’avait pas tellement eu le temps de la poser. « Vous pourriez… vous savez… » Il était presque gêné de demander ce qui n’était pourtant qu’une requête normale. Son regard glissa vers le lit voisin, et la jeune femme comprit tout de même de quoi il s’agissait. « Oh oui bien sûr ! Mais avant… » Et la voilà qui testait ses réflexes à l’en faire frémir d’une façon qu’il n’aimait pas. Mais au moins son corps marchait, et sa tête commençait à faire de même. Lorsque les deux comparses eurent enfin terminé leurs inspections, ils glissèrent le lit de l’Auror vers celui tout à côté, avant de les laisser après ce qui lui parut une éternité.

Pour autant, maintenant qu’il pouvait parler, Dexter ne savait pas trop quoi dire. Les émotions, tout ça, ça n’était pas son fort. Et puis cette imbécile l’avait chamboulé sans qu’il ne sache dire pourquoi. Il aurait aimé quelqu’un d’un peu plus professionnel, et donc plus distant. « Je suis tellement désolé Cecil… » commença-t-il tout de même d’une voix basse, mais audible malgré tout. « Pour ce que j’ai dit. Pour ne pas… Pour avoir mis du temps à venir te chercher. » Etait-ce seulement sa faute ? Sa main glissa doucement vers le lit voisin, cherchant à tâtons celle de son frère qu’il serra avec les quelques forces qu’il avait, lui l’homme si peu tactile. Son regard cherchait le sien. « Demain, on rentre chez nous. » Chez eux, oui. Car Cecil y avait sa place, plus que jamais. Sa chambre l’attendait, toujours intacte, toujours aussi rangée que le soir où il l’avait désertée. « Je veillerai sur toi. Je te le promets. » Après tout, n’était-ce pas ce qu’il faisait de mieux ? Et ce qu’il comptait bien faire, quel qu’en soit le prix à payer pour ses nerfs à l’avenir. Car Cecil était, et resterait, la personne la plus importante de sa vie. C’était ainsi.
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MessageSujet: Re: De larmes et de sang | DEXTER De larmes et de sang | DEXTER  EmptyHier à 19:19

Cecil n'aimait pas les hôpitaux.

Il ne les avait jamais aimé. Ils étaient synonymes de davantage de peine que de joie. Et s'il comprenait toutefois la vocation qui en poussait certains à faire de la médicomagie leur métier, lui était beaucoup trop sensible pour s'imaginer y travailler. Il n'avait même pas postulé à Sainte-Mangouste pour nettoyer les sols tellement il ne supportait pas cette atmosphère lourde, les gens qui venaient parfois avec l'équivalent d'une corne de licorne sur le front. Il ne supportait pas les cris, les pleurs et tout ce qu'il aurait été amené à voir jour après jour, sans être pourtant au coeur de l'action. Lui qui n'avait jamais rechigné pour travailler - quand bien même il ne gardait jamais très longtemps son travail - avait préféré pourtant ne pas toucher un pécule pendant plus de deux mois plutôt que de venir faire l'aumône ici. Et puis de toute manière, qui sait le nombre de maladies nosocomiales qu'il aurait pu provoquer à lui tout seul ? Mais bon, ça n'aiderait sans doute pas son côté hypocondriaque de penser à tout ça, les maladies, les blessures et la mort. Non non non, il n'allait pas y penser pour ne pas paniquer davantage. Avec tous ses bandages, il avait l'impression d'être une vulgaire momie que l'on montrerait à la face du monde. Entre ceux de son visage et son torse toujours bandé... Des médicomages firent éruption dans la pièce et la voix nasillarde de la femme lui colla instantanément un terrible mal de crâne. Ou était-ce peut-être à cause de l'homme qui s'occupait de ses bandages ? Cecil ne prononça pas un mot et préféra au contraire fermer les yeux pour ne pas voir ce qu'on lui faisait. Le voir, ça le ferait paniquer et il ne fallait pas que ses membres tremblent maintenant qu'il le manipulait. Des larmes silencieuses coulaient toujours sur ses joues, mais le médicomage ne lui posa pas de questions à ce sujet, curieusement. Sans doute parce qu'il savait qu'il l'avait assez shooté avec des potions anti-douleurs pour qu'il n'ait pas mal. Mais Cecil avait mal pour le reste. Pour les images qui restaient dans ses yeux, pour cette étrange sensation d'avoir un résidu de panique. Il pleurait parce qu'il ne voulait pas être défiguré par le diffindo qu'il avait reçu et il ne voulait pas être marqué, de manière générale, sur son corps. Il voulait oublier les deux mois de cauchemars et de pleurs, les deux mois à prier pour sortir de là. Voir des cicatrices tous les jours de sa vie sur son corps, il ne saurait pas le supporter.

Ils finirent enfin par partir après un temps infini, non sans avoir poussé le lit de son aîné proche du sien. Ses yeux clairs cherchèrent machinalement des traces de blessures mais les draps cachaient habilement ce qui devait l'être. Sans doute était-ce pour le mieux, par ailleurs. Cecil n'osait pas parler. A quoi bon le faire ? Parfois, il n'y avait pas besoin de mots, surtout pas alors que des larmes mouillaient ainsi ses joues roses cachées par ses bandages. Puis là, la gorge libérée par les bons soins des médicomages, Dexter s'excusa. L'irlandais n'avait pas la rancune tenace en général. Il ne lui en avait pas voulu de lui avoir parlé de la sorte. De l'avoir tourmenté comme il l'avait fait, quitte à ce qu'il s'en aille pour passer la nuit sur une pile de parchemins à Scribenpenne. Le regard du plus jeune se perdit sur sa main que son frère avait saisi et il hocha machinalement la tête, comme un enfant qui avait besoin d'être consolé. La voix pleine de larmes, il répondit : « Je ne t'en ai pas voulu tu sais ». La voix semblait minuscule, si minuscule par rapport à l'être humain si grand qu'il était. Mais non, il ne lui en avait pas voulu. Il lui avait dit la vérité après tout. Cecil était une calamité et on le lui avait assez répété dans sa vie pour qu'il intègre le message. Que son frère le lui dise ne changeait fondamentalement pas grand chose finalement. Sinon que cela ouvrait une blessure qu'il ne désirait pas s'admettre. Parce qu'il avait longtemps cru que la politesse de son aîné empêcherait la vérité de sortir de sa bouche à lui aussi. Comme les autres, il avait fait preuve de patience et l'avait perdu face au cas qu'il était. Ce n'était pas de sa faute si les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres après tout. Comment pourrait-on lui en vouloir d'en avoir eu marre ? Malgré tout, le jeune homme serra sa main un peu plus fort dans la sienne, avec les maigres forces qui lui restaient encore. « J'aime pas les hôpitaux » geignit-il avant de renifler comme un enfant. Il détourna son regard pour qu'il ne voit pas l'expression dans son regard. De trop mauvais souvenirs étaient liés à ces endroits mais Cecil était, comme toujours, un homme très secret. Se confier sur lui ou sur des choses qu'il avait pu vivre ne lui ressemblait pas franchement et puis, de toute manière, Dexter s'en était assez fait comme cela.

Mais s'éterniser à l'hôpital avait assez duré. Ils avaient eu l'autorisation de sortie tous les deux dès le lendemain et se mettre debout avait été une épreuve plus difficile à croire pour Cecil. Son grand corps ne semblait plus avoir d'équilibre et après quelques dangereuses tentatives, il avait finalement réussi à s'avancer timidement sans tomber. S'habiller avait été un autre type d'épreuve mais il avait au moins l'habitude d'être débraillé. Ce dont il avait moins l'habitude, en revanche, c'étaient des cicatrices sur sa peau. On lui avait enfin retiré tous les bandages et son torse était lacéré de marques. Et que dire de son visage ? Une trace rougeâtre qui partait de son sourcil et barrait son visage en diagonale, en passant sur son nez jusqu'au commencement de sa mâchoire de l'autre côté de son visage. C'était épouvantable et plus que jamais, le jeune homme se sentit monstre. Il se sentit monstre et lui qui avait été moqué toute sa scolarité, il attendait patiemment les quolibets que les étudiants de Poudlard lui trouveraient. Sans savoir où il avait puisé la force de ne pas pleurer, Cecil avait reboutonné avec calme sa chemise pour que personne ne voit plus rien et surtout pas Dexter. Ce qui marquait son visage juvénile était déjà suffisant de toute manière. « On y va ? » demanda-t-il en apparaissant de derrière le rideau qui avait été tiré entre leurs deux lits pour leur donner un peu d'intimité. Les pieds rentrés vers l'intérieur et le dos voûté, plus que jamais, il donnait l'impression de porter tous les malheurs du monde.


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