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La biche et son chasseur | DEXTER

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Cecil Walsh

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MessageSujet: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Lun 26 Juil 2021 - 9:49

30 juin 1979 - dans la soirée


Cecil était rentré de Pré-au-Lard assez tard. L'espoir, ridicule, étant que son frère était déjà couché pour qu'il n'ait pas à lui donner une énième lettre comptable, accompagnée d'une lettre d'huissier pour factures impayées. Il fallait bien dire que cela passait tout à fait au dessus du jeune homme. Payer des factures, pour quoi faire ? A quoi bon ? Si tout était gratuit, la vie ne serait-elle pas plus simple ? Dans l'esprit très manichéen du sorcier, si. Dans la logique purement économique de la vie, non. Mais allez lui expliquer cela...
Cecil avait donc passé la soirée aux trois balais à discuter avec la jolie Rosmerta. Il la regardait quand même toujours un peu avec les yeux de l'amour, parce qu'elle était si belle et si gentille que ça le dépassait tout à fait. En fait, peut-être avait-il autant d'affection pour elle parce qu'elle était simplement gentille avec lui. Tout le monde ne l'était pas. Mais Rosie était douce et ma foi, le jeune homme avait besoin de cela dans sa vie aussi. Quoiqu'il en soit, les deux lettres glissées dans la poche arrière de son pantalon, elles auraient pu tomber n'importe quand. Que ce soit lorsqu'il s'était assit, lorsqu'il s'était levé. Ne l'avait-il pas un peu espéré ? D'ailleurs, il avait passé discrètement la porte de leur appartement - enfin, de l'appartement de Dexter qu'il squattait allègrement - en touchant son arrière-train pour voir si elles étaient toujours là et... Elles y étaient. Il allait devoir les lui donner.

Le fait est qu'il était incapable de mentir, surtout pas devant le regard sévère de son frère qui savait. Il ne savait pas comment il savait, mais il était toujours au courant de tout, tellement que ça le dépassait tout de même beaucoup. Peut-être que c'était grâce à sa place au Ministère, quoiqu'il en soit, ce serait tout de même très limite question éthique d'espionner son frère. Pas qu'il en ait quelque chose à faire, puisqu'il finissait toujours par tout avouer. Et d'ailleurs, Cecil ferma délicatement la porte de l'appartement dans le but de se diriger vers sa chambre à pas de loup - des fois que son Auror de frangin soit déjà dans les bras de Morphée - mais il passa devant le salon qui était faiblement éclairé et trébucha dans quelque chose qu'il n'identifia pas. Sans doute que c'était quelque chose qu'il avait laissé là - il imaginait mal le très cadré Dexter laisser traîner une paire de pompes... - mais quoiqu'il en soit, il perdit l'équilibre et se raccrocha au mur au dernier moment. Une expression malheureuse sur le visage, il tourna le visage vers le dit salon où les deux yeux sombres de son frère le regardaient fixement. Merde. « Ahah, salut Dexter... » couina-t-il d'une petite voix en cachant ses mains honteuses derrière son dos, au plus proche de ses lettres de créances, « tu as eu une bonne journée dis ? ». C'était fameux comme début de conversation, comme s'il n'était pas assez suspect comme cela, avec son air de biche qui vient de croiser son chasseur. Quel imbécile, mais quel imbé...


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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Jeu 29 Juil 2021 - 20:34

Dexter ne dormait pas. À dire vrai, Dexter ne dormait jamais vraiment beaucoup, et ce depuis peut-être de trop longues années. Ce qui aurait pu être un problème était devenu une habitude et maintenant, l’Auror fonctionnait parfaitement avec ses cinq heures maxi de sommeil par nuit. N’était-ce pas le rythme qu’il avait imposé à son propre corps lors de ses longues soirées à étudier, à l’époque ? Lorsque les potions qu’il prenait le maintenaient désespérément éveillé, car chaque minute à dormir alors lui semblait être une minute de perdue -  philosophie de vie qu’il avait conservée d’ailleurs. Malgré le sevrage, son corps n’avait plus jamais su retrouver le plaisir de dormir. Et quand on faisait un métier comme le sien, c’était une sorte d’avantage, car le crime ne dormait jamais. Combien de soirées écourtées par un hibou urgent, quant à l’époque il avait encore le loisir d’en avoir, avec quelqu’un tout du moins ? Combien de nuits blanches à cogiter sur un dossier ? L’esprit de Dexter n’était jamais au repos, pas à 100% en tout cas. Même en congés, quand on le forçait à en prendre. À chaque instant de sa vie, Dexter pensait aux problèmes des autres, qui devenaient par la force des choses les siens. Les drames ordinaires, les passions dévastatrices, tout ce qu’au fond il ne vivait pas lui-même, par abnégation absolue.

Mais ce soir-là, ce n’était même pas tant le dossier sur lequel il planchait, à la faible lueur d’une bougie, qui le tracassait. Et lorsque le bruit de la serrure se fit entendre, Dexter dressa l’oreille et s’arrêta tout net d’écrire une de ses notes. Tout de même, il était temps. Un coup d’oeil rapide à l’horloge lui confirma qu’il était bien tard - pas si surprenant vu qu’il l’avait toisée toutes les deux minutes depuis un certain temps. Le bruit qui suivit lui fit lever les yeux au plafond tant il eut l’impression de vivre encore et encore la même scène, à chaque fois. Aussi, son regard était déjà chargé de jugement, et d’une pointe de colère froide, quand Cecil montra enfin sa tête dans l’encadrement de la porte. Il le fixa sans dire un mot, sans même un bonjour alors que pourtant ce matin-là, comme presque tout le temps, il était parti quand son frère dormait encore. Il attendit, patiemment, que Cecil ne parle le premier. Il lui donnait comme souvent l’impression d’être un adolescent qui avait fait une bêtise, et qui craignait le courroux de son père. C’était en fait un peu la dynamique de leur duo. « Bonsoir. » Sa voix était lourde, s’écrasant dans le silence comme un poids mort. Et la question qui lui fut posée lui donna l’occasion de placer ce qu’il ressassait depuis déjà trois bonnes heures. « J’ai passé plus de temps qu’il n’en fallait à ranger le désordre de la goule qui, apparemment, dort avec toi. » Dexter ne faisait jamais dans l’ironie. Enfin, presque jamais. Ca ne lui prenait que lorsqu’il était très énervé, et qu’il avait eu tout le temps du monde pour cogiter une réplique de la sorte. Et à ranger la chambre de Cecil, ce bordel sans nom, il avait eu le temps, ça oui. On aurait pu se dire, logiquement, que c’était sa chambre, et qu’il y faisait bien ce qu’il voulait après tout. Que la maniaquerie de Dexter n’avait pas à opérer ailleurs que dans les espaces communs et sa propre tanière impeccable. Mais non. Le simple fait de savoir que derrière cette porte régnait un capharnaüm innommable, Dexter en était malade. Et chaque fois, il rangeait, pour chaque fois le refaire la semaine qui suivait. Et chaque fois il râlait, et ça ne changeait rien. Pour évacuer sa frustration, il était allé courir, et même ça n’avait pas pu l’aider. Ce soir-là, c’était la fois de trop. Il avait donc bel et bien prévu de lui passer un savon, mais l’attitude tout à fait suspecte de son frère le mit en alerte. D’habitude, il était tout guilleret, mais là… Habiter  avec un Auror, c’était tout de même une sacrée plaie quand on faisait des conneries à la pelle, et qu’on essayait de les cacher. Mais là, même le plus apprenti des apprentis aurait compris qu’il avait quelque chose à se reprocher. Tout en lui hurlait sa faute, et Dexter n’était pas d’humeur à laisser traîner le suspense. Lâchant sa plume, il s’adossa à sa chaise en croisant les bras d’un air sévère. « Je suppose que tu as dépensé l’argent que tu n’as pas chez Madame Rosmerta. » Ca, c’était un coup bas. Gratuit même, mais il était agacé. Profondément agacé, et il savait que ça ne faisait que commencer. « Ça a dû te laisser le temps de réfléchir à comment m’annoncer la chose que tu n’as pas envie de me dire. » Petite pause qu’il rompit de lui-même. « Maintenant. » Etonnamment, il avait fait de longues phrases, la faute à son ironie passive agressive de sortie mais cette fois, c’était un ordre. Et son frère avait sérieusement intérêt à s’exécuter, car sa patience légendaire avait tout de même quelques limites.
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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Sam 31 Juil 2021 - 14:35

Cecil était tout de même un garçon attachant. Que ce soit avec les gens qu'il servait à Scribenpenne, ou bien avec les gens en général, c'était souvent quelqu'un qu'on appréciait, si tant est que l'on soit un peu compréhensif. Et pas méchant. Sans doute que le commun des mortels, avec un air un peu concerné, dirait qu'il était "simplet". Rien n'était plus faux que cela car sous l'air lunaire du jeune homme se cachait surtout quelqu'un de particulièrement sensible mais pas stupide. Son côté tête en l'air le faisait perdre la notion des responsabilités, c'était vrai. Tenir une boutique à Pré-au-Lard relevait de l'exploit qu'il n'aurait jamais pu accomplir sans l'aide généreuse de son frère. Et Cecil lui devait donc tout et le considérait presque comme un Dieu vivant. Son admiration pour Dexter était profonde et réelle. Car tout ce qu'il faisait était brillant, que ce soit professionnellement parlant ou... Bon, son frangin n'avait sans doute pas une vie privée de rêve mais qu'importe après tout. Rien de ce qu'il pourrait faire ne semblait pouvoir le décevoir, c'était presque surréaliste. Même lorsqu'il tempêtait, lui criait dessus - et ça arrivait très souvent - Cecil ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il avait raison et qu'il méritait de se faire crier dessus. Comme le petit chien sur qui on crie pour une bêtise quelconque.

Aussi, il savait que lorsqu'il serait rentré, ce serait pour sa pomme. Sixième sens de l'irlandais ou simple habitude, allez savoir. De toute manière, le résultat serait le même. Et trébucher sur ses chaussures, se faire remarquer de la sorte, ne pouvait que déclencher la colère froide de son frère qui éclaterait bien assez tôt devant les lettres qu'il avait caché dans la poche arrière de son pantalon. Et certaines commençaient à dater peut-être un petit peu... Juste un peu... Le couperet froid de la salutation le fit déglutir comme si Dexter était Voldemort lui-même. Et son sourire crispé envoyé à son frère qui semblait travailler là fut bien vite accompagné d'un tremblement de genoux qu'il ne pouvait empêcher. La vacherie de son aîné ne le fit pas sourire. Il savait qu'il ne supportait pas son désordre et Cecil, malheureusement, avait un réel problème quand il était question de ranger quelque chose. Disons que c'était une case qui ne s'allumait absolument pas dans son cerveau. Ranger, pour quoi faire ? Du moment qu'on retrouve tout, où est le problème ? Ce n'était pas comme si c'était sale en prime, bien que la créature nommée le soit quand même un peu. Les joues rosâtres, le jeune homme ne répondit rien. A quoi bon ? De toute façon, c'était souvent la même rengaine et il préférait ne pas se justifier pour filer dans sa chambre cacher ses lettres. Mais non, le flair de Dexter était incroyable - pas pour rien que son animagus était un chien, d'ailleurs, tiens ! - et la façon qu'il eut de s'adosser contre la chaise fit se ratatiner Cecil sur lui-même. Presque s'il avait perdu 3 centimètres tellement il rentrait sa tête dans les épaules de son corps trop grand. « Rosie me fait des prix » affirma-t-il en hochant la tête, « juré ». Juré, juré, ce n'était pas parce que Rosie lui tendait la note avec le sourire qu'elle lui faisait des ristournes. Mais il fallait parfois le laisser dans son rêve, le pauvre garçon. Et la façon dont son frère appuya sur son ordre le fit vraiment trembler des genoux, cette fois-ci. Cecil pensait rentrer avec l'espoir que Dex soit couché, qu'il ne se rende compte de rien et qu'il puisse remettre à plus tard - oublier plutôt - de lui donner les lettres de créances. Là, sous son regard inflexible et sévère, Cecil ne pouvait rien faire d'autre que de tortiller entres elles ses mains blanches : « Rien de bien important tu sais... » - il laissa une pause, minuscule se passer - « comme d'habitude... ». C'est à dire qu'il n'était pas très difficile de savoir le problème. Le "comme d'habitude" désignant des créances qu'il ne payait jamais parce qu'il oubliait toujours de le faire. Il sentit néanmoins que ce n'était pas le moment idéal pour courir sur le haricot de son aîné et il sortit de sa poche quatre courriers, dont un qui semblait quand même vraiment vieux de quelques mois. Il les posa sur le meuble le plus proche de lui - et loin de son frère - et les poussa un peu comme pour être sûr qu'elles ne tomberaient pas par terre. « Hum, bonne nuit, Dex... ».


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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Lun 2 Aoû 2021 - 20:03

Pour qui connaissait un tant soit peu les frères Walsh, leur colocation n’avait absolument aucune raison d’être, et aucune chance de résister au temps et à la patience du plus exigent des deux. Pourtant, voilà plusieurs années que l’équilibre fragile tenait bon, malgré les sermons et les déceptions qui ne faisaient qu’ajouter un peu plus de tension entre eux. Mais Dexter cédait toujours face au visage angélique et innocent de Cecil, qui avait cette faculté incroyable de savoir réveiller son instinct protecteur, même au plus fort de sa colère. Il était sa famille après tout, et Dexter ne pouvait se résoudre à le laisser affronter ses galères, si fragile qu’il était. Un temps il avait pensé qu’avoir sa propre boutique le responsabiliserait, mais ça avait été là une terrible erreur. Et donc, l’Auror s’était retrouvé à avoir un second travail, par la force des choses, veillant à éloigner les huissiers et à tenir à peu près les comptes pour donner une chance à son frère de faire quelque chose de bien de sa vie. Mais c’était peine perdue. Le cas était trop désespéré, mais le mal était fait, et Dexter ne savait plus comment faire. Aucun des mots qu’il ne disait n’avait d’impact, à part faire frémir son frère qui promettait des choses qu’il ne tenait jamais, encore, et encore, et encore. Et cette rengaine incessante et pénible commençait à mettre sacrément à l’épreuve les nerfs d’acier du plus âgé.

Et ce soir-là, les nerfs de Dexter étaient plus que tendus. Entendre Cecil s’enfoncer dans une chimère à laquelle il croyait sur les ristournes des Trois Balais lui fit serrer la mâchoire. « Arrête de jurer. » Sa voix était glaciale, inflexible. Il ne supportait pas que Cecil lui balance des mensonges en forme de promesses, mensonges dont il n’était même pas conscient d’ailleurs. Dans ces moments-là, Dexter se demandait toujours s’il n’était pas un peu limité, alors qu’il savait bien que tout ça était lié à sa grande sensibilité, et à l’éducation déplorable qu’il avait reçue. Finalement, lui-même avait eu la chance d’échapper à l’emprise néfaste de leur père, mais pas Cecil. Et comme pour contrebalancer, il semblait chercher en lui une figure paternelle qui avait créé cette relation tout sauf saine entre eux. Mais Rosmerta Turner et ses entourloupes était bien le cadet de ses soucis ce soir. Il y avait autre chose, son instinct ne le trompait pas, et tout le langage non-verbal de son jeune frère le lui prouvait. Il tremblait comme un suspect qui se savait incapable de tenir un interrogatoire. Preuve en était sa réponse qui n’en était pas une. Comme souvent, il essayait de mettre de la désinvolture sur un sujet qu’il savait grave, et Dexter détestait ça. Détestait qu’il n’assume pas, ne se sente même pas un peu désolé. Parfaitement immobile, Dexter laissa s’installer un silence pesant alors qu’il le toisait avec sa sévérité habituelle, attendant qu’il comprenne par lui-même que ça ne suffisait pas. Qu’une explication était nécessaire, même si ce comme d’habitude en disait long. Son regard d’acier capta son geste fébrile, appercut les lettres - les lettres, par Merlin… - et il expira un soupir, ses lèvres toujours scellées, soufflant comme un dragon prêt à cracher sa lave dans la minute. La phrase d’après avait son importance, mais ce ne fut rien d’autre qu’une pitoyable fuite. Bonne nuit ? Comment osait-il ? Dans un geste furieux, l’Auror attrapa sa baguette et eut toutes les peines du monde à réfréner son envie terrible de pointer la silhouette de son couard de frère pour le clouer sur place, comme il l’aurait fait avec un vulgaire criminel. Mais il n’en fit rien, bien sûr, et informula un Accio sur les enveloppes qui atterrirent dans sa main. De colère, il les froissa, lui pourtant si soigneux, et prit une minute pour tempérer la rage qui commençait à monter. Dexter n’aimait pas être en colère. Il détestait perdre le contrôle, et avait d’ailleurs appris à rester calme en toute circonstance de par sa formation. Aucun Mangemort, aussi cruel soit-il, ne l’avait jamais fait sortir de ses gonds. Mais Dexter ne vivait pas avec lesdits Mangemorts.

Le temps que la colère refroidisse un peu, Cecil avait eu tout le loisir de filer dans sa chambre impeccable qu’il saccagerait dès le lendemain, à coup sûr. Et Dexter resta là, assis, contemplant les enveloppes que son frère n’avait même pas jugé utile d’ouvrir. Il faillit le faire, mais finalement, se résigna et se leva avec un peu trop de fébrilité, bouscula au passage la table dans la foulée. Prenant la direction de la chambre de Cecil, il posa sa baguette sur la commode et une fois devant la porte, l’ouvrit sans prendre la peine de frapper, bafouant là les politesses qui lui étaient pourtant si chères. « Ça suffit. » Dans sa voix semblait gronder un orage tonitruant, bien qu’au fond il n’avait même pas crié. C’était peut-être ça le pire. D’un geste ferme et brutal, il rendit les lettres à Cecil, le forçant à les prendre. « Quel nom y a-t-il marqué sur ces enveloppes ? Quel nom Cecil, dis-moi ? » Il ne lui en laissa pas le temps. « À défaut de compter, tu sais au moins lire. » Nouvelle méchanceté gratuite, assénée d’un ton sans émotion aucune. « C’est ton problème, pas le mien. Ça a toujours été tes problèmes, d’ailleurs, et j’ai été suffisamment bête pour les gérer à ta place. » Et pour ça, il était autant en colère contre lui que contre Cecil, même si son regard semblait n’accuser que son cadet. « C’est terminé. » Point. Final. Dexter n’était pas du genre à revenir sur ses décisions, et celle-ci lui parut plus que jamais irrévocable. Cela faisait longtemps qu’il aurait du la prendre, il le savait. Mais peut-être valait-il mieux tard que jamais.
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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Lun 2 Aoû 2021 - 20:46

Cecil voyait bien qu'il faisait les choses de travers. Cela faisait des années que son frère le lui faisait sentir, d'une manière ou d'une autre, par des reproches, des regards, des attitudes. Tout transpirait l'agacement, comme s'il n'en pouvait plus d'avoir à materner un jeune homme de plus de vingt ans. Le fait est que le comportement hautement adolescent du jeune homme le conduisait à se faire parfois détester, parfois adorer. Il ne savait pas pourquoi son frère l'aidait tant, que ce soit avec la boutique ou avec le reste de sa vie.  Sans doute parce que la famille avait une importance certaine pour eux qui n'en avait jamais réellement connu une. Leur paternel avait été un imbécile qui avait laissé des traces dans les coeurs de ses fils. Et Cecil, qui était assurément le plus sensible des deux, était celui aussi qui en avait le plus subi les revers. Toute son enfance expliquait pourquoi il était un homme-enfant. Obligé de se conduire correctement, comme un adulte presque, avec des responsabilités qu'il ne devrait pas avoir, Cecil n'avait pas eu d'enfance. Il n'avait pas connu la joie simple de s'amuser, celle de connaître sa crise d'adolescence si chère au développement équilibré des adultes. Aussi était-il un adulte déséquilibré, forcément. Et le déséquilibre se heurtait férocement à l'équilibre de Dexter, comme si on avait besoin d'une preuve supplémentaire que les deux frères ne portaient que le même nom pour se réunir.
Lorsque la voix de son aîné gronda pour lui demander de ne plus jurer, le plus jeune hocha frénétiquement la tête sans rien dire pour se défendre. Après tout, il ne servait à rien de se défendre contre lui. Il aurait l'ascendant et Cecil savait bien que se lancer dans une argumentation pouvait être quelque chose de particulièrement dangereux pour son matricule. Sachez, mesdames messieurs, que ce pauvre garçon avait déjà cauchemardé que son frère lui donne un coup de pied aux fesses - au sens propre du terme ! Il prit donc soin de prendre la fuite, délaissant ses lettres sur un meuble pour aller s'enfermer dans sa chambre toute propre - quel étrange sentiment ! - et fermer la porte derrière lui. Comme si... Comme si cela allait le protéger du courroux de Dexter qui saurait le retrouver jusqu'au fin fond de la Chine s'il le fallait. Assit sur son lit, dos à la porte, Cecil avait retiré son t-shirt qu'il tortillait entre ses mains. Sa petite lampe de chevet allumée à côté de lui, de loin, on eut dit un homme mature et pensif. Pour le coup, il était pensif, mais toujours aussi immature. Ses joues étaient devenues rosâtres après la colère froide de son aîné, et lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir, il sentit bien son cœur rater un battement.

Le jeune homme prit les lettres dans un silence de plomb alors que ses yeux clairs s'humidifiaient malgré lui. Il aurait aimé avoir la force de caractère de ne pas montrer sa peine mais cela semblait impossible. Il était trop sensible, du plus profond de son être, pour pouvoir envisager retenir ses larmes. L'une d'elles coula d'ailleurs et tâcha l'enveloppe d'une auréole foncée. L'encre de son nom bavait pour former quelque chose d'imparfait : comme lui. Quand son frère continua son sermon, en lui disant que ce n'était plus son problème, cette fois-ci, les yeux de Cecil ne retinrent plus aucune larme. Elles coulèrent brutalement alors qu'il essayait de chercher le courage de prononcer un "oui" minuscule pour que Dexter sorte de sa chambre, le laisse tranquille avec ses problèmes. Et fixant son nom qui se brouillait de plus en plus à cause de ses perles salées, le jeune homme inspira brutalement et fébrilement pour lâcher avec le plus de volonté possible : « D'accord Dexter ». Il renifla avec si peu d'élégance que c'en était révoltant et s'essuya avec sa manche - façon de parler, puisqu'il était torse nu : « Merci quand même ». Il n'était pas ingrat, Cecil. Au contraire et il était conscient, plus que jamais de ce que son aîné avait fait pour lui. Et sacrifié pour le supporter davantage.


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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Lun 2 Aoû 2021 - 22:07

Dans toutes ses relations, Dexter avait toujours été le plus fort des deux. C’était là une attitude terriblement inconsciente, mais c’était ainsi. Personne jamais n’avait eu l’ascendant sur lui, sauf peut-être toute personne ayant un rapport d’autorité avec lui. Ses professeurs autrefois, ses chefs aujourd’hui. L’Auror leur portait un respect tel qu’il n’osait jamais les contredire, ni même les affronter. Le monde tournait ainsi, avec ses strates de hiérarchie bien huilées, alors qui était-il pour oser s’y opposer ? Mais dans un cadre plus intime, ou personnel du moins car Dexter n’aimait pas tellement le concept d’intimité, il était toujours celui qui ne flanchait pas, ne montrait rien des sentiments qui le traversait. Les gens pensaient souvent qu’il était dur, impénétrable, et c’était vrai la plupart du temps. Sauf avec Cecil. Cecil était sa faille, la fissure dans le mur de ses certitudes et ses convictions. Et celui qui le forçait aussi à être chez lui comme au travail, impitoyable et sur le qui-vive en permanence. Le fait qu’il soit debout à le surplomber de son ombre imposante ne faisait que creuser un peu plus le fossé entre eux. Mais la taille n’avait de toute manière jamais rien changé. Même debout, son frère baissait toujours les yeux face à lui, rentrait même sa tête dans ses épaules parfois, ce qui lui donnait cet air dégingandé et absurde que Dexter détestait tant. Combien de fois s’était-il mordu la langue pour s’abstenir de lui dire Tiens-toi droit ! Mais il n’était pas son père, ne voulait pas le devenir. Et pourtant, ce soir-là, ne tenait-il pas le discours qu’un parent aurait envers un enfant qui s’enfermait dans la sphère commode de l’adolescence, alors qu’il était temps de grandir ?

Evidemment, Cecil pleura. Dexter n’en fut pas surpris, ni très ému d’ailleurs. Parfois, il se laissait avoir par ses larmes, baissait alors un peu le ton et prenait la voie des explications plutôt que des sermons. Mais pas ce soir. Fixant le visage décomposé et tordu par les sanglots, Dexter attendit une réponse qui finit par venir, tremblotante mais sincère semblait-il. C’était suffisant pour lui, et alors qu’il s’apprêtait à partir plutôt qu’assister au spectacle pitoyable de son cadet chouinant comme un enfant qu’on venait de gronder, vint le mot de trop.

Pas le merci. Ca, c’était même plutôt appréciable, et tout à fait légitime. Dexter méritait qu’on le remerciait, même si ça n’était pas une récompense qu’il cherchait. Toutefois, c’était une politesse qu’il appréciait, bien moins quand elle était aussi nuancée. Que voulait dire ce quand même ? N’était-ce pas là ce qu’on disait quand on avait réclamé de l’aide, et qu’on ne l’avait pas obtenue ? Quelle ingratitude. Furieux, alors qu’il avait commencé à se retourner, Dexter fit de nouveau face à l’homme enfant qui lui tenait lieu de frère, les sourcils froncés cette fois. La colère n’eut pas le temps de redescendre, plus ardente qu’un Feudeymon incontrôlable qui balayerait tout sur son passage. « Quand même ? » Sa voix était montée d’un ton, comme lorsqu’il sentait qu’un suspect se payait ouvertement sa tête. « Quoi, je n’en ai pas fait assez peut-être ? » Il aurait pu lui décocher une gifle s’il ne répugnait pas autant la violence gratuite. « La vérité, c’est que j’en ai fait trop. Beaucoup trop, et même pas pour un merci Cecil. Je l’ai fait pour toi, mais le pire, c’est que tu ne t’en rends même pas compte. » D’autorité, il dressa son index pour le faire taire si lui venait l’idée saugrenue de l’interrompre. « Si tu t’en rendais compte, tu aurais réagi. Et c’est ma faute, en fait. À régler tes problèmes à ta place, je t’ai fait croire que ça n’avait aucune conséquence. Mais c’est faux. » Il marqua une pause certaine, le toisant de toute sa supériorité dont il abusait sans même s'en rendre compte. « Ça, là, c’est une conséquence. Et il y en aura d’autres si tu continues à vivre dans ton monde de dessins et de parchemins. » C’était un monde qui n’était pas pire qu’un autre, du moins, quand on avait conscience qu’il fallait quelques gallions pour faire tourner tout ça. « Et pleurer ne t’aidera pas. Ca ne marche ni sur les huissiers… » Il hésita un peu avant de dire la suite, et puis, finalement, « … ni sur moi. »
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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Mar 3 Aoû 2021 - 22:40

L'hypersensibilité de Cecil l'avait toujours rendu vulnérable. C'était ainsi, on le faisait finalement pleurer un bon coup en haussant un peu le ton, à plus forte raison lorsqu'il s'agissait de quelqu'un en position d'autorité. Il avait été suffisamment engueulé par ses patrons pour ne plus en faire grand cas. Mais s'il y avait une voix à laquelle il ne s'habituait pas lorsqu'elle montait dans la colère, c'était bien celle de Dexter. Comme si son frère conservait ce super-pouvoir qui lui donnait naturellement l'ascendant sur le plus jeune des Walsh. Et leurs attitudes parlaient pour eux. L'aîné debout, le petit frère assit, l'un dépassant l'autre par sa stature, plus que par sa taille pour lui faire comprendre qui était en charge dans cet appartement. Et les larmes de Cecil coulaient comme s'il y avait une source sans fin. En fait, il ne pleurait pas parce qu'il avait peur des conséquences de ses actes. Le jeune homme n'avait pas assez de sens des responsabilités pour s'inquiéter de voir la sienne engagée quelque part. Le cœur palpitant de ce garçon n'était pas dans cet état parce qu'il était rongé par la peur mais bien au contraire parce qu'il se sentait coupable. Dexter le disputait et Dexter ne l'aidait pas. Et le plus jeune se balançait un peu, d'avant en arrière, dans un mouvement répétitif mais léger, comme si se bercer allait finalement calmer ses nerfs. Et il cru, naïvement, qu'il était sortit d'affaire.

Hélas, les deux frères n'étaient-ils pas deux opposés parfaits ?

Encore une fois, ils ne se comprirent pas. La petite phrase de Cecil n'avait pas vocation à le provoquer, simplement à lui dire "merci". Le sous-entendu légitime que vit son frère ne lui était pas venu à l'esprit - quoi de plus surprenant, avec ce garçon qui ne faisait pas dans ce genre de messages subliminaux ? Il était évident que lui ne lançait pas des sous-entendus pareils, entre deux mots et un remerciement. Non pas qu'il ne soit pas assez fin pour cela, simplement, ce n'était absolument pas dans son caractère. Mais la colère de Dex semblait aveugler sa perspicacité légendaire et il lui sauta dessus comme un molosse enragé. Le plus jeune leva ses yeux clairs, horrifiés, sidérés devant la réaction démesurée de son aîné. Encore une fois, il lui sembla qu'il se rapetissait violemment sous l'assaut agressif de son frangin. « Mais... » - le doigt de l'Auror l'empêcha de caser la suite et les larmes coulaient toujours plus furieusement sur ses joues pâles, crevant les enveloppes qu'il tenait encore entre ses doigts. Lorsqu'il en vint finalement à évoquer les parchemins et les dessins, le cœur de Cecil s'éclata avec violence dans sa poitrine. Le coup de grâce vint ensuite et éberlué, il fixa Dex avec ses yeux mouillés. Pourquoi fallait-il toujours qu'il soit comme cela ? Et pourquoi fallait-il que leurs disputent éclatent toujours comme cela ? Finalement, il bondit sur ses pieds comme un adolescent en colère : « Pourquoi tu me dis ça ? ». Rares étaient les fois où il explosait mais hélas, comme un gamin, il avait parfois ses crises... Ou ses caprices. « J'ai jamais voulu te causer de problèmes ! » continua-t-il alors qu'il le dépassait d'une bonne tête sans pour autant prendre le dessus. Vraiment ? Oh, il partait peut-être du principe que parce que Dex savait gérer, cela ne pouvait pas être un problème et cela ne pouvait pas lui causer de soucis. C'est que Cecil n'avait pas le même charisme que son frère : « Tu m'entends ? ». Il contourna son aîné en tenant bien fermement contre lui ses lettres de créances. Il en profita pour attraper un pull dans le premier placard qui se présentait et il se dirigea vers la porte de sa chambre : « Faut toujours que tu t'énerves, même lorsque je te dis merci » fit-il alors que sa voix était parcourue de trémolos sincères. Il n'ajouta pas, parce qu'il ne voulait pas le blesser, qu'il lui rappelait quelqu'un de qui ils partageaient l'ADN. Encore une fois, ils étaient différents. C'était peut-être au fond ce qui les rapprochait tant, finalement.


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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Mer 4 Aoû 2021 - 5:10

La colère était une émotion que Dexter supportait difficilement. Raison pour laquelle il s’efforçait toujours de réfréner la sienne, car la colère était trop souvent dévastatrice. Les gens devenaient incontrôlables lorsqu’ils étaient soumis à leurs émotions, mais celle-ci était sans doute la pire de toute. Les mots dépassaient les pensées, la voix frappait plus fort qu’un Expulso. Il ne ressortait jamais rien de bon de la colère, et l’Auror avait appris depuis longtemps à maîtriser la sienne. Malgré tout, ce soir, il l’avait laissé poindre un peu, avec froideur et une dose de contrôle qui faisait que, de son point de vue, il n’avait pas dépassé les bornes de la bienséance. Après tout, il pensait chaque mot qu’il prononçait, aussi durs soient-ils. Mais voilà, ménager Cecil ne servait à rien, à part peut-être l’enfoncer un peu plus dans ses illusions. Il avait besoin d’entendre les choses, et si Dexter devait être celui chargé de lui dire, alors soit. D’ordinaire, il s’arrêtait avant de franchir la limite mais ce soir-là, il la traversa sans même craindre justement les fameuses conséquences qu’il évoquait pourtant lui-même. Mais Cecil était devenu pour lui un poids qu’il n’en pouvait plus de supporter. Sa résistance avait tenu des années mais cette fois, tant pis, il laissait tomber. C’était un constat d’échec terrible pour lui, homme au service des autres. Son coeur de Gryffondor le poussait toujours à sauver la veuve et l’orphelin, et Cecil rentrait malheureusement dans cette seconde catégorie. C’était triste, mais la vie était ainsi. Dexter avait lui aussi eu son lot de malheurs, et s’en était relevé. Seul, comme un grand, malgré le soutien de sa mère qui ignorait fort heureusement le plus gros de l’histoire. Car jamais Dexter n’avait voulu faire peser sur un autre que lui le poids de ses problèmes. Seul, il avait identifié son problème d’addiction. Seul, il était allé frappé à la porte de l’institution, s’extrayant du monde qu’il ne pouvait rendre meilleur dans un tel état. Entre ses murs, il avait confié sa vie, au sens propre comme au figuré, à des inconnus, acceptant pour une fois d’être celui qu’on aidait. Mais c’était sa décision, à lui, et hormis lors ce moment de faiblesse dont il avait finalement tiré une force considérable, personne n’avait jamais réellement pris soin de lui. Car personne ne savait les problèmes qu’il traversait, c’était ainsi.

Cecil, lui, était tout l’inverse. Sans imposer volontairement ses problèmes aux autres, il les semait sur son passage. Les lettres posées sur la table qui s’amoncelaient, les visites des huissiers qui ne le réveillaient même pas, les flammes qui s’échappaient de la gazinière parce qu’il était parti à la hâte, en retard à un rendez-vous, les flaques d’eau quand il oubliait de fermer le robinet. Bien sûr, il ne demandait jamais clairement de l’aide, jamais non. Mais tout était toujours si catastrophique, si extrême, que les conséquences de ses actes appelaient une réaction immédiate, sous peine de se retrouver dans un appartement dépouillé de ses meubles ou pire, à la rue parce qu’un incendie aurait dévasté ledit appartement. Tout ça couplé au syndrome du sauveur que Dexter, et voilà qui amenait à cet instant précis, où la fiole était pleine. Peut-être même qu’elle débordait depuis longtemps, mais que l’Auror allergique aux métaphores ne s’en était pas rendu compte, ou avait fait semblant de ne rien voir.

Lorsque Cecil se releva finalement, là où Dexter pensait qu’il allait se rouler en boule dans son lit et continuer à pleurer toute la nuit, l’Auror comprit très vite. La colère que lui-même contenait difficilement avait réveillé celle de son cadet, et chaque fois que cela arrivait, son frère devenait ce gamin incontrôlable, plus encore que d’habitude. Sauf qu’en temps normal, Dexter lui était dans un état plutôt calme. Or, ce soir, les choses étaient différentes. Cecil levait la voix, s’emportait dans une crise puérile à laquelle son aîné n’accorda aucun crédit. Il eut envie de répliquer tout de suite pour mettre fin à ces imbécilités, mais Cecil lui coupa la parole, ce qui eut le don de l’agacer prodigieusement. Entre les pleurs et ses cris, les émotions en face étaient trop fortes pour qu’il y soit insensible, et plutôt que tempérer la situation, Dexter monta dans les tours. « N’inverse pas les rôles ! » tempéta-t-il d’une voix sèche alors que son frère se détournait de lui pour sortir de la chambre où l’ambiance était devenue plus qu’électrique. Le reproche qu’il lui fit, sur ses énervements fréquents, acheva de le faire sortir de ses gonds. « Tu veux que je m’énerve Cecil, hein ? Tu veux que je m’énerve vraiment ? » Bondissant vers la porte, il la claqua avec force, sa main posée contre pour l’empêcher de partir. De fuir, une fois de plus. Se moquant bien que ses voisins puissent entendre - ce qu'il détestait en temps normal, il haussa la voix - criant presque. « Tu es un désastre Cecil ! Un putain de désastre ! » Dexter ne jurait jamais. Jamais. Il avait pourtant craché l’insulte, les dents serrés, son regard planté dans celui brouillé de son frère. « Tu ne causes pas de problèmes, parce qu’en fait, tu es un problème ! Toi, tout entier ! Je n’ai jamais voulu d’enfant, et regarde-moi maintenant, à gérer tes crises d’adolescent puériles ! Tu crois que je n’ai que ça à faire de ma vie ? Tu crois que je n’aurais pas envie de mettre mon énergie dans autre chose que tes conneries ? » Deuxième grossièreté, décidément… Cecil avait réussi là un exploit. « Je risque ma vie tous les jours, et tu sais quoi ? Je suis plus stressé en rentrant le soir qu’en allant en mission, parce que je ne sais jamais ce qui m’attend ! Je ne sais jamais quelle nouveauté tu vas encore avoir inventé pour me gâcher la vie ! » Ouvrant finalement la porte d’un geste brutal, Dexter avança dans le couloir. Il mourrait d’envie d’une cigarette, chose qui ne lui était pas arrivé depuis dix bonnes années.

La colère, oui, était une chose dévastatrice. Les mots dépassaient les pensées, la voix frappait plus fort qu’un Expulso. À en briser parfois un coeur - ou deux.
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MessageSujet: Re: La biche et son chasseur | DEXTER La biche et son chasseur | DEXTER 129196351Mer 4 Aoû 2021 - 22:11

Sans doute que le plus grand problème entre les deux frères, outre le fait qu'ils ne se comprenaient pas, était aussi qu'ils attendaient de l'autre une réaction similaire à la leur. Cecil ne comprenait jamais trop pourquoi son frère passait derrière lui pour nettoyer sa chambre, ranger ses affaires, avec une maniaquerie qu'il n'aurait pu avoir même s'il l'avait voulu. Dexter, probablement, attendait de son cadet que celui-ci mûrisse, grandisse, devienne au moins une meilleure version de lui-même. Il ne demanderait d'ailleurs pas grand chose probablement, juste un plus grand sens des responsabilités et un peu plus de propreté. Ce n'était pas grand chose, mais à l'échelle de Cecil, c'était le monde à l'envers. Mais voilà, il avait été seul pour grandir. Ses parents l'avaient confié à quelqu'un qui l'avait détesté et maltraité. Eux-même absents, ils n'étaient qu'un poids pour lui quand ils venaient, ils le traitaient mal sans même s'en rendre compte - comble de la perversité. Et il avait tout subi, pendant des années, et des années, et des années, tête baissée rentrée dans ses épaules. Il pleurait dans son lit le soir, que ce soit à Poudlard après les lettres incendiaires qu'il recevait à cause de ses mauvais résultats. Et il pleurait lorsqu'il dormait chez lui et qu'il avait peur. C'était probablement de là que venait son angoisse des endroits sombres et qui le conduisait souvent à s'éclairer d'un lumos bien faiblard pour y voir quelque chose. Là où son frère semblait capable de tout encaisser et de tout combattre, lui ne parvenait pas à chasser les monstres sous son lit...

Et les monstres en venaient à sortir de dessous le lit. Se disputer avec son aîné, pourquoi pas, dans sa chambre... Cecil aimait s'y enfuir et s'y enfermer pour pleurer de tout son soul, mais il ne le pouvait pas. Il était bloqué dans le seul endroit où il se sentait bien - encore qu'il se sentait mieux lorsque son bordel ne devenait pas organisé sous l'impulsion du propriétaire - et il n'avait d'échappatoire que la porte vers laquelle il se dirigea. Mais c'était stupide, totalement stupide de croire que Dexter allait le laisser s'enfuir et il avait tout juste passé difficilement une tête dans son pull rouge que son aîné claqua la porte sous son nez pour l'empêcher de sortir. Et il avait l'air imbécile, à essayer de se dépatouiller avec les manches trop longues de son habit. La colère ne disparaissait pas pour autant de ses iris verts, aussi ridicule fut la situation. La voix de son aîné tonna comme un orage et les joues du plus jeune prirent dangereusement la teinte du pull qu'il essayait d'enfiler. Lorsque le sens des mot parvinrent à ses oreilles, ce n'était que le début. Mais ils s'enchaînaient comme les wagons d'un train qui nous passe sous le nez.

Désastre.

Problème.

Adolescent.

Puéril.

Conneries.


Il n'y avait donc pas de fin à l'énumération de son frère ? Cecil se prit les mots fois mille, en pleine figure, tant et si bien que pendant quelques instants, le temps de la tirade, ses larmes s'arrêtèrent. Et les yeux grand ouverts, il le regardait comme s'il était la foudre venant pour le foudroyer. Il l'était, foudroyé. Et correctement d'ailleurs. Il ne réagit que lorsque Dexter ouvrit la porte d'un geste brutal et qu'il dû reculer pour ne pas se la prendre dans les pieds. Médusé, sidéré, blessé comme jamais, il ne le suivit pas du regard alors qu'il sortait de sa chambre. Satisfait d'avoir craché son venin ? Aucune idée, aucune idée. Puisqu'il était un désastre, à quoi bon rester ? Cecil ne lui imposerait pas une présence qu'il ne désirait pas et qu'il ne supportait plus. C'était à la fois très mature et insupportablement gamin. Il était vexé comme un pou d'entendre la vérité et il voulait fuir. Fuir, comme il l'avait fait un jour face à ses parents avec qui il avait finalement coupé les ponts brutalement. Mais la franche différence, c'était qu'il affectionnait son frère. Réellement, profondément. Et ce qui lui fit mal, c'était peut-être la réalisation que la réciproque n'était pas vrai, ou qu'il lui causait des soucis alors qu'il ne le voulait pas et qu'il savait qu'il ne le méritait pas. Tirant sur le bas de son pull avec ses mains encore un peu tâchées d'encre, il finit par sortir dans le couloir de leur appartement en fermant la porte délicatement. Pas de trace de son frère dans le couloir, peut-être était-il reparti dans le salon pour travailler, envoyer ses lettres, ou il ne savait quoi encore. Sans réaliser que la lumière de sa chambre était toujours allumée - êtes-vous étonné ? - Cecil marcha simplement droit à la porte de l'appartement et il l'ouvrit. Sans le faire nécessairement exprès, il claqua la porte à en faire trembler les murs de l'immeuble et il transplana pour sa boutique à Pré-au-Lard. Et sans un mot.


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